Oiseaux sauvages

image_pdfimage_print

IMG_1460
Ah ! Les jus de Vallès, véritable volière où des volatiles aqueux circonvolent au-dessus des cris du peuple.
Des plumes trempées dans une encre qui, d’échines en filets, tracent à coup d’anthocyanes des peintures rupestres sur les murs du palais.
Les contreforts des Cévennes comme théâtre de jeu, on y sent la garrigue et la chaleur de l’été.
Un envol a-t-il juste pour plaisir que le regard de celui en embuscade dans un talus qui l’observe au petit matin ?
La gloire de mon verre est d’être le nid de quelques oiseaux rares, réserve ornithologique dont seul mon nez joufflu a le droit d’y mettre les pieds.
La chasse est ouverte, la langue à la fois le fusil et le chien, le four et le plat, le cuisinier et le gourmet.
On y croque ces oiseaux confits, suaves et sapides, avec la délectation de Tonton glissant une bouche tremblante sous sa serviette blanche, petit linceul couvrant l’or pétillant, les fines fesses d’un ortolan.
Les jours en matière de découvertes gustatives sont assez avares et il est important de prendre le temps de savourer lorsqu’au détour d’une lampée, on se retrouve transporté au milieu d’un paysage insolite.
À mettre son oreille contre un coquillage nous murmure la mer, celle au dessus de ces jus fait chanter le Rollier, le Cardinal ou bien encore le Lundi…

IMG_1463
Cui-cui voluptueux, parade amoureuse, véritable chant de sirènes qui nous plongent facilement dans des rêveries imbibées, le balancier de l’horloge en devient feignant et les heures s’étirent.
Il est de ces liquides qui nous invitent à de grandes promenades, il faut le dire le plus souvent accompagnées, où l’on s’amuse à décrire des chemins pris à l’aveugle, le temps d’une gorgée ou celui d’un baiser.
D’un blanc pudique, qui ne dévoile ces formes rondelettes qu’après l’avoir doucement déshabillé, on se régale ensuite. L’exhibant çà et là aux amateurs, comme un tableau dont la beauté n’est point due à d’intenses et délicates couleurs ou quelques traits lâchés par une main leste, mais à avoir réussi à peindre la lumière.
Une lumière qui révèle, grâce à un coup d’œil éphémère, la naissance d’un mamelon, le début d’une fesse ou la frêle cavité d’un nombril dont on aimerait découvrir, et les secrets cachés, et le reste.
Sans véritablement se rhabiller, l’autre chante dans des tons turquoises, choucas de carnaval aux litres chaloupés, la chute de rein en cascade, et moi buvant dans son eau.

IMG_1466
Séant incandescent à la ficelle, on écope, cas banal, la bouteille à la bouche.
Il arrive à l’ouverture perlant, une fine mousse qui ravive les papilles, un petit plein de sucre pour le cervelet.
On sent son corps, qu’au bas du dos remue une appétissante croupe, et l’on écoute crépiter l’été de sa naissance sous les résineux en bataille.
De légères syncopes ponctuent la dégustation, donnant à la matière des saveurs qui disputent tantôt à l’amer, tantôt à l’acide, une place convoitée.
Et c’est là qu’est le plaisir, quand on ne sait plus où nous mènent toutes ces bouteilles en vidange, mais que l’on suit, aveugle, l’odeur des petites gouttes laissées sur le chemin.
Le petit poux que je suis sait qu’à la fin, tout finira poussière, et que jamais à ne se mettre du poids dans la tête est la solution.
Alors, et de ces vins il est question, il faut que chaque gorgée bue soit un voyage, une passerelle, un pont ou même, un tunnel vers une destination excitante, celle de l’exaltation.

L’ivresse est une compagne dont il est difficile de résister, le soir charnelle, érotique et fiévreuse, le matin, sévère et roide à l’instar de ces hivers glacials, pluvieux et sans neige.

IMG_1464

Ormiale

image_pdfimage_print

IMG_1164
Sur le bordereau on aborde un Bordeaux, distingué, teintant les molaires en anagramme.
L’Ormiale jute et nous rappelle que les girondins ont aussi des terroirs…
Merlot enchanteur, Cabernet Franc du collier, une petite quantité produite à savourer sur un dodu gibier, les plumes entre les dents.
Un beau grain, tanné, les crocs dans la chair… J’veux du cuir.
Bronzage naturel, les UV et la carotène au placard.

Car ils ne sont pas tous en scaphandre à fendre les embruns « pesticidés » au milieu d’une tempête de vignes.
Ils ne sont pas tous, non plus, excités par de gras jus vanillés où quelques notes perdues de cannelle évoquent les ringards marchés de Noël.
Et puis pas tous, encore, à rechercher une fausse aristocratie en buvant des cuvées aux prix exorbitants, un ascenseur social pinardesque qui les feraient monter au volant d’une grosse cylindrée histoire d’épater les copains.

D’aucuns sont encore là à défendre ces notoires Carmenets dont on a oublié les saveurs tant ils ont été maltraités, honteusement musclés alors que leur premières prétentions n’étaient que cette finalité, devenir du vin.

Extraits du carnet de bord du professeur Pinard:

« J’avais roulé toute la nuit et l’ennui de l’autoroute m’avait fait prendre une autre route.
Entre deux mets sur une aire, alors que les cousines des carménères depuis longtemps orphelines de leur foudre se baignaient dans du verre, un coup de tonnerre me propulsa près de la Dordogne.

La filant alors, il était l’un de ces doux matins de printemps et je regardais se dandiner en clapotant les petites vaguelettes dessinées par les lamproies. Un mascaret de bien-être envahit mon cœur aux pulsations adolescentes au moment même où au bord de l’eau, arborant un trois pièces rouge bordeaux, je sortais de l’onde une de ces grosses sangsues, l’hiver dans le dos et l’été à l’horizon…

Il fallait que je mijote la bête, au fond du sang, je sus où aller.

Marchant quelques kilomètres, j’allais ma proie en main prendre un bain de vignes pour me mettre en appétit.

Les herbes poussaient en bataille, les papillons faisaient des voltes et les petits lézards me narguaient de leurs queues amputées par les enfants des champs.
Les bourgeons gonflaient le torse, sortant de leur gangue, un petit duvet sur les joues, marque d’une inconsciente et prétentieuse jeunesse.

Je m’allongeais là, les couleurs de l’azur reflétées par mes yeux finirent par m’hypnotiser.

Un gros coup de pompe dans les reins m’installa sur les pattes et je tombais face à un grand type barbu, poivre et sel, qui me demanda ce que je foutais là, avec mon poisson autour du cou…

Mais à la vue de mon tarin rubicond, il s’apaisa et m’offrit en guise de gourde, une magnifique bouteille dont le bout rouge rivalisait avec le mien.

C’est à ce moment précis, prenant la cire pour un mamelon, que je me mis à téter le goulot avec passion.

Entre deux mères, à quel sein allais-je me vouer ?

Sevré depuis longtemps, je succombais au fin amer que la finale me tatouait au fond de la langue.
Je pus compter, sur mes noueux doigts de mains et de pieds, la ribambelle de caudalies, véritable défilé de canons qui résonnait dans les tréfonds de mon cervelet.
À chaque gorgée aspirée avec avidité, je sentais mes entrailles se réchauffer et faisait rouler contre mes gencives les tanins patinés, artistiques, ma bouche un théâtre où se jouait une pièce majeure.
Ah, l’excès m’excite, un accès de folie m’axa sur le carton où se prélassaient les frangines.
Une rixe avec les bouchons, conquis par la première, je ne pris pas de risque.
Quand les cadavres jonchant le champ de bataille ne nous permirent plus de marcher, mon hôte me remercia gentiment, et je repris mon chemin pour croitre, vers de nouvelles ablutions.

Fussé-je comblé par ce moment ? Je n’en ai aujourd’hui encore aucun doute… « 

À la lecture de cet extrait, le professeur a paraît-il posé ses valises sur une petite île, une croupe gironde comme observatoire ou il guette sans relâche les caravanes chargées de ces bouteilles sortir des chais, pour aller les dévaliser, jusqu’à s’affaler, déchet, contre de gros ceps rondouillets.

IMG_1163
À Fabrice et ses magnifiques vins.

www.ormiale.com

Écot graphique

image_pdfimage_print

provoque
Qu’à ses lèvres s’abouche ma bouche ;
Bas rouge, au bout, babouches,
Et qu’œillet coule, à la louche,
Grasse crème de la souche.

Qu’à ses rêves, rives velours,
Quand la langue sur le corps, court,
Et que l’hommage devient fromage,
La grive enlève son plumage.

Les genoux pointant le ciel,
Chatouillés par l’artificielle
Lumière qui danse au plafond
Et répand sur son sexe, ombres.

Alors, aux mouvements saccadés,
S’ajoutent, quelques cris dispersés,
Se perd au fond des draps, le cœur,
La sueur se transforme en du beurre.

Enfin, plantés l’un dans l’autre,
La vie à présent apaisée,
A baisé ! Sortant de l’hôte
Il faudra chez soi rentrer.

provoque
François Écot
Vigneron à Mailly-Le-Château

Large île

image_pdfimage_print

FullSizeRender_1
À la pointe d’une large île, en marge.
Une marche dans l’argile, en nage.
Comme des bêtes de somme, liés à nos impératifs, ivres vers avec les pattes dans la glaise crue.
Marée basse, les mouches ont pied.

FullSizeRender_2
Il en faut du temps pour arriver à tourner, le vent dans les savates sur la grosse roue en bois, les mains appliquées à étrangler la terre.
Il faut alors des litres de vin, une sorte de barbotine que l’on se tartine à grandes lampées, la bouteille dans un seau, légèrement rafraîchie.
Ce n’est qu’après avoir vu s’effondrer maints édifices entre nos mains, et une centaine n’est pas grand chose, que l’on peut prétendre à bâtir un simple bol qui accueillera peut-être du vin.
Et puis lui ne fait pas que cela, il a aussi un jour réussi à enfermer le soleil dans un gros coffre en brique.
Il paraît qu’il lui souffle régulièrement dessus pour ne pas qu’il s’éteigne afin d’y cuire ses pots et ses hippopotames.

FullSizeRender_3
Alors, quand il n’a plus assez de terre pour modeler ses rêves, il grave avec une pointe le poitrail des bouteilles.
C’est aussi pour cela que le liquide rougit, transporté par ces mains qu’il voit à travers le verre, la plume lui chatouillant l’étiquette juste à côté du palpitant.
Il en sort des poissons, la queue dans la mer rouge, pour rappeler ce qu’endurent les émaux enfournés.
Et le jus est comme la lave, on l’avale d’un seul trait pour qu’il nous brûle la gorge lors des étés mouillés.

FullSizeRender
On finit enfin saoul à marcher dans la lande au son du cor de brume, en attendant avec délice les prochaines marées, celles qui amènent le soleil ou, encore mieux dans ces paysages granitiques, les tempêtes.

À toi mon cher Patrick
Et à ce vin que tu m’as présenté.

 

La poterie de Barfleur
Rue du Vast, 50760 Barfleur
Patrick Lefèvbre et Ingrid Guilbert

Julie Brosselin et Ivo Ferreira pour la Marée Basse
Les Cigales dans la fourmilière,
8 rue de la Dysse
34150 Montpeyroux

L’Ostal gît

image_pdfimage_print

L'ostal2
Sur la table, l’Ostal gît…
Souvenir d’un soleil austral.
Gymnopédie intimiste, naturisme spartiate.
Alors que la terre sculptait des vagues en dévoilant ses strates – la robe d’une danseuse de Flamenco – des milliers d’insectes se frottaient les pattes en un concerto de claquettes sur le bois des amandiers.
Au loin, des arbres oranges allumaient sur un fond bleu turquoise les canons du fauvisme.
Méditer l’été, oraison païenne.

L'ostal3
Cas hors des chemins balisés, Cahors disert.
Vin fauve.
Quand la bouteille est une cage, il faut savoir libérer le jus pour qu’il s’épanouisse.
Mettre la bête en carafe.
Cœur de buffle, tomate sauvage, enclos potager.
Aux fruits sucrés je préfère les fleurs, les aromates.
Je ne peux me faire à l’idée de résumer l’aromatique à un vocabulaire pâtissier.
Le langage diabétique me lasse, ces pieds m’ulcèrent, amputons-le.
Il n’y a pas que des salades de fruits dans la vie.

Broche

Et si du tigre on admire la robe, l’âcre odeur d’un grand félin est un baume.
À frotter son nez dans une ménagerie, les images de l’enfance surgissent et vous mordent le cou avec sûrement plus de suavité que les bonbons mangés à la sortie de l’école.
Et du végétal, alors que la pluie disperse ses fragrances, la fougère ou le pin auront ma préférence aux notes de pêches blanches, d’abricots rôtis ou encore, de litchis au sirop.
Le printemps est un tremplin vers l’automne.
Il y a aussi des parfums que l’on oserait traduire en des mots pour ne pas choquer le public qui évoquent sans équivoque des plaisirs fugaces et délicieux.
Enfin, l’amer assèchement dont le coup de langue garde le souvenir est une saveur subtile qui n’a de place que parmi les initiés.
Album zutique.
L’Ostal doit s’apprécier par paires.

Promenade normande

image_pdfimage_print

fenouil
On a vu une jungle de fenouils se perdre à l’horizon
Et dont les bras portaient un ciel gras, sirupeux
On a marché sur les cadavres des hannetons
qui croustillaient sous nos pieds ensablés

On a écouté les vagues concurrencer le tonnerre
Et le vent hurler à nos oreilles
Les pollens à éternuer et les rires des enfants
Voler jusqu’à nous alors que s’ouvraient les nuages

IMG_0826

L’air comme un voile sur la peau
Que l’on écartait de nos mains pour cheminer
Linceul vaporeux de la vie

On a escaladé les restes d’une guerre
Des cercueils de béton éventrés par le temps
Aux armes devenues rouilles, branches brûlées
rampant entre les herbes, glissant sur la dune
Et frappant de tétanos la mémoire commune

IMG_0832
Mais les mûres acidulées,
Ces petites bulles de fruits, ce caviar de la terre
Ces sphères grégaires dans leurs nids de ronces
Furent autant de boules de cristal
à refléter nos visages

Devenus fantômes, nous avons erré
Le bruit d’un bourdon résonnant dans la lande
Celui des restes d’une église
Une ruine envahie de chlorophylle, de souvenirs

On a pensé, émus, à ceux qui s’en sont allés

On a continué à marcher…

IMG_0829

Prémices

image_pdfimage_print

IMG_1217
Les prémices du futur ont déjà commencé…

Le mistral répand une rumeur violette, celle d’un été au printemps.
Ce torrent descendu du ciel a l’écume poussière.
Une sorte de gros ventilateur à ceps.

Les cyprès toscans se courbent à son passage en une haie d’honneur.
De loin, on dirait des pinceaux qui dessinent le paysage…

À l’ombre, épargnés par le soleil, il vient nous chercher.

IMG_0662
Ici, il ne lui manque que la mer.
Alors, d’humide, d’aqueux, il ne nous reste que le vin.
Des vins gorgés de soleil, mais aussi de Mistral.
Des perles de vent, si l’on frappe à la bonne porte.
Il se peut même qu’au détour d’un chemin, on rencontre un homme qui a réussi à enfermer dans sa bouteille, une bourrasque…

IMG_0634
Le bruit du sommelier qui fore le bouchon, les prémices du plaisir.
On a l’impression de boire un vent chaud…
Mais au milieu de ce sirocco, les éléments emportés par ce tourbillon nous laissent dans la bouche la fraîcheur des petites cascades descendues du Ventoux.

IMG_1218
Puis, comme la photo d’un endroit regardée avec nostalgie, on boit chaque gorgée patiemment, s’imaginant encore foulant des pieds ce sol provençal, le Mistral nous invitant à découvrir nos têtes devant des cathédrales en dentelles.
Et le vin s’en va, s’évanouit lentement.
Laissant une pointe saline résonner nous rappelant qu’un jour, ici, il y eu la mer.

Contre le vent, tout s’use.

Éthique quête

image_pdfimage_print

IMG_0205
Mais que fait donc monsieur Pinard… panne de stylos, doigts gonflés par la pression atmosphérique, cocotiers et vacances ?
Épluchons cette lettre reçue la semaine dernière, dont le papier reniflait l’iode et le citron :

« Nantes, un certain mois, un certain jour…

Il ne me tarde pas de retrouver ma vie d’avant, je me sens comme un moût tardif, j’infuse les pieds dans l’eau, et je regarde passer les bateaux.
Les rues de Nantes dont les façades me saluent, m’amènent à rêvasser. De l’Erdre à la Loire, l’air de rien, un vent printanier souffle sur mon melon qui mûrit doucement au soleil marin.
Je chevauche un éléphant dont la trompe arrose de Muscadet la foule. Emportés par cette houle, les enfants ouvrent grand la bouche et rient, en se désaltérant de ce safari urbain.

Ici, les gens savent vivre.

IMG_0298
Et puis, alors que les embarcations se prennent pour des vapürs et Nantes, pour Istanbul, je file à l’ombre des colombages, au loin, la montagne de tuffeaux qui s’élève ressemble à une cathédrale.
Le bout de ses pieds déroule quelques tapis pavés, se scinde en artères et tombe en cascade sur la vieille ville… une coulée de macadam.
Là,  quand le courant charrie mon corps et ne le ménage guère, je m’agrippe à une grosse bouteille qui surgit d’une étrange devanture…

IMG_0193
Après un bouche à bouche avec celle-ci, l’eau m’ayant quelque peu évanoui, je me retrouve dans une pièce à l’aspect sacré. Tintent de partout ses congénères, carillon de printemps, je me laisse bercer par cette mélodie. Vive mélodie d’ailleurs, rythmée par les bouchons qui sautent, je surfe sur le sillon de Bretagne à chaque gorgée.
Chant de sirènes, elles défilent sous mes bras, dociles.

Mais à qui appartiennent-elles ?

IMG_0262
C’est alors qu’entre avec fracas dans ce boudoir douillet, un personnage à la gueule aussi grande que la mienne. Il me tire de ce moment onirique en m’invectivant, m’attrape par le col et me traine à travers la pièce.

Il va falloir payer.

IMG_0265
Il est assez vrai que gît une trentaine de cadavres, je suis gourmand, c’est un défaut.
Je dois à présent passer la toile, le magasin, un champ de bouteilles, et mon hôte, rouge, un chant de bataille.
Mais l’animal se veut aussi bonhomme et, me prenant en pitié, m’aide finalement à ramasser les bris au fur et à mesure jusqu’à ce « pop » familier qui, me retournant ému, dévoile toute l’hospitalité nantaise.

Les bulles roulent dans nos discussions, et les étagères se vident.

IMG_0248
Devenus compères, on se charge de l’inventaire, goûtant ça et là les produits, histoire de voir si tout mérite d’être vendu.
Venus de part et d’autre des vignobles, à chaque flacon ouvert on se prête à voyager, tantôt le maquis, la mer turquoise et les pins parasols, tantôt le granit, l’océan atlantique et les tendres petites huîtres.
Il se peut que l’on s’arrête sur d’anciens millésimes, vieux grimoires où chaque page tournée nous rappelle l’importance de savoir attendre, une histoire se doit d’être lue au bon moment.

IMG_0271
Je resterai bien ici, le temps passe doucement et la vie s’écoule tel un petit ruisseau à la campagne.
Mais je dois m’en aller…
Mon cher Renaud, laisse-moi te saluer et te remercier, tiens bon la barre, ta Contre-Étiquette, éthique quête, peut se vanter de ne pas faire de concession dans ce monde de parements.
Continue à parler du vin comme tu le fais, dessine tes mots, et parcoure encore et encore le corps de ces brûlantes quilles.
Salue Amandine et tes potes, garde-moi aussi de ton vin, il m’a laissé un souvenir touchant, un secret partagé vaut tous les grands vins du monde.
Et puis, salue aussi en amont, en l’hameau de Chantenay, l’âme haute et bienveillante de mes cousin(e)s nantais(e)s, qui ont hébergé l’affreux personnage que je suis.
Affectueusement,
Marius. »

IMG_0275
La Contre-Étiquette
02 40 75 86 39
1 Rue Saint-Denis,
44000 Nantes

Tu veux qu’j’te chante l’amer ?

image_pdfimage_print

33473637836_94c7869234_o

J’fais mon footing au milieu des vagues de ceps comme des coraux
Et je fais la pompe dans les restes d’un vieux bistrot
Je dis bonjour, faut bien que j’me mouille…
J’pense aux dernières surprise-parties, j’m’écrase le nez dans un goulot
Dans l’Comtat, confidences, j’lance les fayots qu’il faut
J’bois un bol, la tronche dans la picole

33473743306_3afd7615bb_o
En sirotant les résidus, je songe ketchup
Un rouquin qui titube à l’arrière d’un pickup
Ça m’fait vrombir, rouge, au panneau stop
Tu sais, tu sais, c’est comme ça que j’me soigne
Pas besoin d’affreux jajas importés d’Espagne
Les tonneaux vides, je r’tourne chez les liquides

33514685595_f5bb95f9d7_o
Mon p’tit Gaby t’as la fraîcheur des jus d’la treille en fines socquettes
Un bon pétard, un feu, habillé en fillette
Tu m’fais craquer, au pieu c’est le pied
Aujourd’hui c’est dimanche, y’a les clébards qui geignent
Moi j’sens qu’j’vais encore mal finir, j’ai les boutanches qui saignent
j’entends, sirènes

33385650471_65f33ee712_o
Gaby, oh mon p’tit Gaby… Je n’devrais pas t’laisser, la nuit
J’peux pas dormir, j’fais qu’des con’ries
Gaby, tu veux qu’j’te chante l’amer ?

32699428483_f245d3849a_o

Discobole

image_pdfimage_print

came
Calme emblème français, vieille croûte fleurie à la patte molle, était-ce toi dans les mains du Discobole ? Tu sais, cet ancêtre du Gloupier qui se baladait à poil avec un gros claquos sous le bras.
Mettons ce mythe au logis, mieux dans le garde-manger, et parlons sérieusement.

Rendre hommage au Camembert, notoire fromage à l’âme en berne.

Il ne suffit pas d’avoir la forme pour avoir le goût. À présent obligé de partager ton nom avec ces ersatz plâtreux qui pullulent sur les rangs des grands magasins ; pâtes insipides roulées dans la farine.
Cette came m’enrhume.
Et puis, pasteurisés, thermisés ou bien allégés, voici toute une ribambelle de leurres proches du plastique que l’on nous sert avant le dessert en parlant terroir, avec du pain sans gluten.
D’aucuns osent même s’octroyer le titre de président…

Qui l’eût cru, le Camembert au lait cru est en voie de disparition.

IMG_0979
Mon cher Camembert, moulé à la louche, mâchouillé à la bouche, tu es le chewing-gum normand.
Quant tu gigotes dans ton petit écrin de bois, véritable berceau sur mesure (des forêts entières sont ravagées chaque année pour fabriquer cette gangue, mais passons), comment ne pas succomber à ton charme ?
De temps à autre, telle une Jeanne D’Arc fromagère, il arrive que ce bois devienne ton bûcher – sûrement une idée d’angliches – alors, les sans-goût te dévorent grasseusement… Leurs pattes pleines de la tienne.
Les délicats, qui considèrent ton cas, non comme un encas ou un casse-dalle, mais plutôt comme une dodue caresse t’accordent à la bulle, pour rythmer ce petit bidon qui te va si bien.

Champagne pour les plus snobs, cidre pour les chauvins…

IMG_0548
Mon cher Camembert, voici un billet bien décousu comme une chemise léguée de frères en frères, de pères en fils, au fil des ans. Un billot en bois de charme pour t’y poser dessus et te décapiter comme il se doit. Un billard pour te disséquer. Une bulle pour te faire parler. Une bise pour t’embrasser.

À table.

cama