Tu veux qu’j’te chante l’amer ?

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J’fais mon footing au milieu des vagues de ceps comme des coraux
Et je fais la pompe dans les restes d’un vieux bistrot
Je dis bonjour, faut bien que j’me mouille…
J’pense aux dernières surprise-parties, j’m’écrase le nez dans un goulot
Dans l’Comtat, confidences, j’lance les fayots qu’il faut
J’bois un bol, la tronche dans la picole

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En sirotant les résidus, je songe ketchup
Un rouquin qui titube à l’arrière d’un pickup
Ça m’fait vrombir, rouge, au panneau stop
Tu sais, tu sais, c’est comme ça que j’me soigne
Pas besoin d’affreux jajas importés d’Espagne
Les tonneaux vides, je r’tourne chez les liquides

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Mon p’tit Gaby t’as la fraîcheur des jus d’la treille en fines socquettes
Un bon pétard, un feu, habillé en fillette
Tu m’fais craquer, au pieu c’est le pied
Aujourd’hui c’est dimanche, y’a les clébards qui geignent
Moi j’sens qu’j’vais encore mal finir, j’ai les boutanches qui saignent
j’entends, sirènes

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Gaby, oh mon p’tit Gaby… Je n’devrais pas t’laisser, la nuit
J’peux pas dormir, j’fais qu’des con’ries
Gaby, tu veux qu’j’te chante l’amer ?

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Discobole

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Calme emblème français, vieille croûte fleurie à la patte molle, était-ce toi dans les mains du Discobole ? Tu sais, cet ancêtre du Gloupier qui se baladait à poil avec un gros claquos sous le bras.
Mettons ce mythe au logis, mieux dans le garde-manger, et parlons sérieusement.

Rendre hommage au Camembert, notoire fromage à l’âme en berne.

Il ne suffit pas d’avoir la forme pour avoir le goût. À présent obligé de partager ton nom avec ces ersatz plâtreux qui pullulent sur les rangs des grands magasins ; pâtes insipides roulées dans la farine.
Cette came m’enrhume.
Et puis, pasteurisés, thermisés ou bien allégés, voici toute une ribambelle de leurres proches du plastique que l’on nous sert avant le dessert en parlant terroir, avec du pain sans gluten.
D’aucuns osent même s’octroyer le titre de président…

Qui l’eût cru, le Camembert au lait cru est en voie de disparition.

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Mon cher Camembert, moulé à la louche, mâchouillé à la bouche, tu es le chewing-gum normand.
Quant tu gigotes dans ton petit écrin de bois, véritable berceau sur mesure (des forêts entières sont ravagées chaque année pour fabriquer cette gangue, mais passons), comment ne pas succomber à ton charme ?
De temps à autre, telle une Jeanne D’Arc fromagère, il arrive que ce bois devienne ton bûcher – sûrement une idée d’angliches – alors, les sans-goût te dévorent grasseusement… Leurs pattes pleines de la tienne.
Les délicats, qui considèrent ton cas, non comme un encas ou un casse-dalle, mais plutôt comme une dodue caresse t’accordent à la bulle, pour rythmer ce petit bidon qui te va si bien.

Champagne pour les plus snobs, cidre pour les chauvins…

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Mon cher Camembert, voici un billet bien décousu comme une chemise léguée de frères en frères, de pères en fils, au fil des ans. Un billot en bois de charme pour t’y poser dessus et te décapiter comme il se doit. Un billard pour te disséquer. Une bulle pour te faire parler. Une bise pour t’embrasser.

À table.

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Le Sextant

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« Je rêve de naviguer dans une mer de vigne, mon Sextant à la main, histoire de faire le point ».

En ces mois humides, pluvieux, je cherche le sec temps.
Car même si le sexe tempère, voire détend, me mouiller pour aller boire commence à m’ennuyer…
S’étendent alors devant moi moults fantasmes vernaux.
Mai, quand reviendras-tu… Je suis en manque de pâquerettes, je brûle d’à nouveau brouter le dru gazon de ma douce Normandie, je saute sur les premiers rais de ce soleil cru qui pénètrent ma peau quand je bulle à la fenêtre de mon douillet logis, j’use de « marcels » en chemisettes pour leurrer mon miroir et lui donner un avant goût d’été.

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Et je bois des jus aux accents printaniers.
Panier de griottes sous forme liquide, que mon gros nez renifle, telle une promenade sous les cerisiers en fleur.

De la fleur au verre.
Fi de la feuille de vigne pour se cacher le sexe tant on sait que dans ce jardin, on peut évoluer nu.
Nu comme un verre vide qui attend de se faire remplir par ce délicat pinot noir.
Oignons-nous mes enfants.
Confus et craintif à l’ouverture, il suffit à le caresser pour qu’il se tendit, devint prolixe.
On le secoua même pour qu’en une mousse, les bulles se perdent, et qu’il s’offre, plus généreusement.
Dégorgé, il passa de bouche en bouche.
Excitant.

Pour que les amateurs de secs s’entendent, accordez-le à une saucisse.
Et un peu de beurre…

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Selosse séant

© Fiona Kristoffersen
© Fiona Kristoffersen

C’est l’oscilloscope qui s’emballe aux premières inhalations.
Le cœur s’émeut, le corps se tend, c’est l’hystérie.
L’apanage des grands vins, donner aux plus idiots quelques instants d’intelligence.
Car ce vin, c’est l’ostéopathe de l’âme.
Cette eau sapide de la terre, c’est l’ostracisme à l’envers.

Mais ces lots sont rares…

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Seul os, donc, le prix.
Mais c’est le jeu.
Car c’est l’ossature, digne d’une Vénus des temps modernes, qui vous donnera le temps d’une gorgée, la sensation de goûter aux plaisirs du jardin d’Eden… Le fruit défendu, une grappe de raisin ?
Evanescent paradis, soixante-quinze centilitres de bonheur, c’est bien court.
En attendant vous salivez, c’est l’osmose totale.
C’est l’osanore changé en or.
C’est l’hostie tartinée de caviar.
C’est Lautréamont, le rubis mousseux du Champagne.

Séveux pour l’année et celles à venir, ça vaut la coupe, quitte à y laisser quelques plumes…

Selosse, c’est long.

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Rognons la faim

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En attendant des jours meilleurs.

La neige a disparu, les rênes se mangent à présent en côtelettes sur les banquettes des enseignes franchisées, le père Noël est alcoolique et son ventre ne lui permet plus de descendre dans les conduits de cheminée…
Les oranges rougissent toute l’année sur les étals et les pauvres vitamines qu’il leur reste errent dans les zestes traités à l’Imazalil.
Ça sent le sapin dans les chaumières et, au pied de ces pauvres êtres mourant dont les épines tombent telles de grosses larmes de tristesse, des cadeaux rutilants se bousculent en cascade.
Leurs emballages ne brûleront pas en feu joie mais termineront sûrement dans la mer, pour nourrir les saumons que nous mangerons au prochain hiver, gavés d’antibiotiques, alors peut-être la grippe nous épargnera à ce moment là.

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Les bûches sont en foie-gras et ne nous réchaufferont plus, seul l’écran plasma se vante à présent d’amener un peu de luminosité dans nos appartements, mais se brûler au néon est l’apanage des mouches à merde, je préfère donc rester dans l’obscurité.

Les pics de pollution ne se comptent plus, faire un footing devient plus dangereux que de fumer trois paquet de Gitanes Maïs par jour. Heureusement, il ne nous pleut pas encore des bombes sur la gueule, mais ça ne saurait tarder, vu la tendance mondiale à offrir le pouvoir au plus con qui se présente.
De toute façon, il n’y a pas vraiment de raison d’être positif quand on voit qu’entre deux publicités pour des appareils auditifs et des tampons, on place avec culpabilité quelques annonces sur la situation à Alep, voilà comment on se donne bonne conscience…

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Et au milieu de tout ça, on rame…
On essaye de trouver des endroits de confort, des moments de plaisir, des instants de bonheur.
On se dit que l’Homme n’est peut-être pas si fou et que demain, il y aura des jours meilleurs.
En attendant, chaque Noël frappe à nos portes tel un compte à rebours, une année de plus vers la tombe, sans que les choses ne changent vraiment.
On continue à voir, à boire et à manger les mêmes horreurs, les mêmes absurdités, les mêmes joies que notre cher système veut bien nous balancer du haut de sa table, miettes éparpillées que l’on reçoit la bouche ouverte, repas frugal histoire de laisser au maigre électorat un peu de force pour aller voter pour le prochain arriviste qui se fera tirer les ficelles, pantin à l’allure de petit employé de bureau, sans charisme…

Sur ce, bonne année, bonne santé et vive le vent.

Ps : Les rognons furent croqués avec voracité, les Pierres Bleues, digne d’un roman de Queneau, une arche de Noé pour sauvegarder les saveurs d’un monde en perte de goût face au déluge qui s’abat sur tout ce qui pourrait avoir d’original, on nivelle, on nivelle, demain, on bouffera des gélules…

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Un voile sur la Loire

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la Closerie délie l’âme.

Un endroit, ceint de verres, où une mystérieuse Belle Poule se pâme à l’intérieur.
De parois en parois, elle se balance au gré de ses soupirs, liquide…
La couleur de sa peau est jaune, ocre.
Son cou, dont s’évadent des accents de noix fraîches, d’épices et de tabac blond, s’offre à qui veut bien y poser les lèvres.
Et humer son parfum nous plonge dans un rêve.

Son style, c’est son cru.

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Le haut, flairé, attardons-nous sur le bas.

Levons le châle.

Le corps girond, onctueux, sucré, est une pâtisserie orientale.
La peau sue légèrement quand de fines gouttes dévalent et se logent dans les creux.
On prend plaisir à y mettre la langue, le miel ainsi lapé nous tapisse la gorge, et rouge pour cette bouche qui nous touche, on salive, à grande mousse.

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Danseuse du ventre…

Entre l’acidité et le sucre, entre la douceur et la brutalité…

Féline, féminine, mais dans quels gosiers tomberas-tu ?

Je l’espère, pas dans ceux des buveurs de mode, qui ne comprendront malheureusement rien à toi, te remplaçant par une autre, quand le vent tournera.
Pas dans ceux dont les tribunes sont aussi grandes que leurs gueules, et qui n’auront d’amour pour toi que la notoriété, du fait de ta rareté, que tu leurs apporteras…
Pas dans ceux non plus, qui te classeront au milieu de leur harem pinardier, nature par snobisme, et qui te déshabilleront sur une table, en ne parlant que de tes formes, en oubliant le fait que tu es là avant tout pour faire vibrer les mots et animer les esprits.
Pas dans ceux enfin, dont le vocabulaire se résume à quelques onomatopées, quelques expressions nivelées, du « glouglou » à l’affreux « ça goûte bien », affligeantes expressions d’illettrés alors que tant de mots s’offrent à nous pour traduire nos émotions…

Je te souhaite d’aimables rencontres, des lèvres curieuses et heureuses, des yeux vifs et pétillants, des conversations audibles et des débats torrides sur les choses de la vie.

Griffe

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Un jus au goût de peau, que l’on griffe, que l’on saigne
Le goulot est une artère coupée au scalpel
Hémorragie
La bouche essaye de cautériser la plaie

On s’abreuve, avide
De cet être, hémophile, qui ne cesse de fuir
L’hémoglobine aux commissures

Les dents se parent d’un voile de satin cramoisi
Sacre d’Automne, le rouge teinte même le dessous des ongles

L’œil aperçoit au fond, comme des ombres qui flottent
Quelques bouts de chairs
Quelques bris de verres

Et puis, des larmes de sang

On marche sur les cadavres
Les os craquent et se brisent, fragiles allumettes
Un champ de morts, le rideau tombe
Et nos gosiers, de sombres tombes
Gardent le souvenir de ce cœur sanglant
Des pulsations qui gonflaient ses artères
De ces griffes enfoncées dans la chair

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Aunis soit qui mal y pense

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À monsieur Tristan Corbières,
Hommage en forme de bouteille.

Qu’ils se payent des républiques,
Hommes libres ! – carcan au cou –
Qu’ils peuplent leurs nids domestiques !…
– Moi, je suis le maigre coucou.

Triste temps, corps en bière,
Cercueil pour gens vivants,
Les fables deviennent os,
Voire, poussières…

Quel linceul pour une pensée ?
Peut-être celui d’une robe rosée…
Alors le poivre, baie orientale,
Pour se saigner, barrière de corail.

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Bois donc, félon.
Confesse-toi à chaque gorgée…
Et que ton cœur aille errer ailleurs,
Loin des sourires railleurs.

Vague sommeil, tropicalisme,
Vibre au soleil des musiques tristes.
Baise, braise de baisers,
Glaise lèvre, brasiers.

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Bois, frêle onde,
Et que résonne tes mémoires,
Qu’on se rappelle de tous ces soirs,
Où tu volais, âme vagabonde.

Rose passe vendômoise,
Le nez dans l’Aunis…
Croque Chidaine.

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Brân cosy

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Brân cosy, corbeau voyageur.
Un oiseau de passage en Normandie,
Noir comme les cheveux de notre président mais sans les frais de coiffeur.
À boire autour d’un bourguignon coiffé d’un pied de cochon,
La langue teintée d’exotisme et des souvenirs plein la bouche.

Crôa, crôa.
Élancé comme l’oiseau de Brancusi,
Le gosier en entonnoir, corbeau,
Fais ton nid dans mon ventre !

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Hommage à toi, heureux père de cet oiseau égaré.
Pourquoi n’ai-je, moi, pas encore parlé de toi ?
Affable que tu es dans les salons, mais souvent débordé
Par le flux et reflux des marrants
Venus te courtiser.

Alors nous nous croiserons, cher Gilles Azzoni !
À zoner dans le monde du vin,
Je finirai bien par te parler.

En attendant je boirai, le corps beau, ciré,
Devant la rade de Cherbourg,
En regardant les châteaux voler,
Et les corbeaux noircir le ciel,
Ton Brân comme une corne de brume, un appeau à vins sauvages.

Ah ! le mal du pays me ronge…

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