Tu veux qu’j’te chante l’amer ?

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J’fais mon footing au milieu des vagues de ceps comme des coraux
Et je fais la pompe dans les restes d’un vieux bistrot
Je dis bonjour, faut bien que j’me mouille…
J’pense aux dernières surprise-parties, j’m’écrase le nez dans un goulot
Dans l’Comtat, confidences, j’lance les fayots qu’il faut
J’bois un bol, la tronche dans la picole

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En sirotant les résidus, je songe ketchup
Un rouquin qui titube à l’arrière d’un pickup
Ça m’fait vrombir, rouge, au panneau stop
Tu sais, tu sais, c’est comme ça que j’me soigne
Pas besoin d’affreux jajas importés d’Espagne
Les tonneaux vides, je r’tourne chez les liquides

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Mon p’tit Gaby t’as la fraîcheur des jus d’la treille en fines socquettes
Un bon pétard, un feu, habillé en fillette
Tu m’fais craquer, au pieu c’est le pied
Aujourd’hui c’est dimanche, y’a les clébards qui geignent
Moi j’sens qu’j’vais encore mal finir, j’ai les boutanches qui saignent
j’entends, sirènes

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Gaby, oh mon p’tit Gaby… Je n’devrais pas t’laisser, la nuit
J’peux pas dormir, j’fais qu’des con’ries
Gaby, tu veux qu’j’te chante l’amer ?

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Le Sextant

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« Je rêve de naviguer dans une mer de vigne, mon Sextant à la main, histoire de faire le point ».

En ces mois humides, pluvieux, je cherche le sec temps.
Car même si le sexe tempère, voire détend, me mouiller pour aller boire commence à m’ennuyer…
S’étendent alors devant moi moults fantasmes vernaux.
Mai, quand reviendras-tu… Je suis en manque de pâquerettes, je brûle d’à nouveau brouter le dru gazon de ma douce Normandie, je saute sur les premiers rais de ce soleil cru qui pénètrent ma peau quand je bulle à la fenêtre de mon douillet logis, j’use de « marcels » en chemisettes pour leurrer mon miroir et lui donner un avant goût d’été.

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Et je bois des jus aux accents printaniers.
Panier de griottes sous forme liquide, que mon gros nez renifle, telle une promenade sous les cerisiers en fleur.

De la fleur au verre.
Fi de la feuille de vigne pour se cacher le sexe tant on sait que dans ce jardin, on peut évoluer nu.
Nu comme un verre vide qui attend de se faire remplir par ce délicat pinot noir.
Oignons-nous mes enfants.
Confus et craintif à l’ouverture, il suffit à le caresser pour qu’il se tendit, devint prolixe.
On le secoua même pour qu’en une mousse, les bulles se perdent, et qu’il s’offre, plus généreusement.
Dégorgé, il passa de bouche en bouche.
Excitant.

Pour que les amateurs de secs s’entendent, accordez-le à une saucisse.
Et un peu de beurre…

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Selosse séant

© Fiona Kristoffersen
© Fiona Kristoffersen

C’est l’oscilloscope qui s’emballe aux premières inhalations.
Le cœur s’émeut, le corps se tend, c’est l’hystérie.
L’apanage des grands vins, donner aux plus idiots quelques instants d’intelligence.
Car ce vin, c’est l’ostéopathe de l’âme.
Cette eau sapide de la terre, c’est l’ostracisme à l’envers.

Mais ces lots sont rares…

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Seul os, donc, le prix.
Mais c’est le jeu.
Car c’est l’ossature, digne d’une Vénus des temps modernes, qui vous donnera le temps d’une gorgée, la sensation de goûter aux plaisirs du jardin d’Eden… Le fruit défendu, une grappe de raisin ?
Evanescent paradis, soixante-quinze centilitres de bonheur, c’est bien court.
En attendant vous salivez, c’est l’osmose totale.
C’est l’osanore changé en or.
C’est l’hostie tartinée de caviar.
C’est Lautréamont, le rubis mousseux du Champagne.

Séveux pour l’année et celles à venir, ça vaut la coupe, quitte à y laisser quelques plumes…

Selosse, c’est long.

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Un voile sur la Loire

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la Closerie délie l’âme.

Un endroit, ceint de verres, où une mystérieuse Belle Poule se pâme à l’intérieur.
De parois en parois, elle se balance au gré de ses soupirs, liquide…
La couleur de sa peau est jaune, ocre.
Son cou, dont s’évadent des accents de noix fraîches, d’épices et de tabac blond, s’offre à qui veut bien y poser les lèvres.
Et humer son parfum nous plonge dans un rêve.

Son style, c’est son cru.

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Le haut, flairé, attardons-nous sur le bas.

Levons le châle.

Le corps girond, onctueux, sucré, est une pâtisserie orientale.
La peau sue légèrement quand de fines gouttes dévalent et se logent dans les creux.
On prend plaisir à y mettre la langue, le miel ainsi lapé nous tapisse la gorge, et rouge pour cette bouche qui nous touche, on salive, à grande mousse.

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Danseuse du ventre…

Entre l’acidité et le sucre, entre la douceur et la brutalité…

Féline, féminine, mais dans quels gosiers tomberas-tu ?

Je l’espère, pas dans ceux des buveurs de mode, qui ne comprendront malheureusement rien à toi, te remplaçant par une autre, quand le vent tournera.
Pas dans ceux dont les tribunes sont aussi grandes que leurs gueules, et qui n’auront d’amour pour toi que la notoriété, du fait de ta rareté, que tu leurs apporteras…
Pas dans ceux non plus, qui te classeront au milieu de leur harem pinardier, nature par snobisme, et qui te déshabilleront sur une table, en ne parlant que de tes formes, en oubliant le fait que tu es là avant tout pour faire vibrer les mots et animer les esprits.
Pas dans ceux enfin, dont le vocabulaire se résume à quelques onomatopées, quelques expressions nivelées, du « glouglou » à l’affreux « ça goûte bien », affligeantes expressions d’illettrés alors que tant de mots s’offrent à nous pour traduire nos émotions…

Je te souhaite d’aimables rencontres, des lèvres curieuses et heureuses, des yeux vifs et pétillants, des conversations audibles et des débats torrides sur les choses de la vie.

Griffe

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Un jus au goût de peau, que l’on griffe, que l’on saigne
Le goulot est une artère coupée au scalpel
Hémorragie
La bouche essaye de cautériser la plaie

On s’abreuve, avide
De cet être, hémophile, qui ne cesse de fuir
L’hémoglobine aux commissures

Les dents se parent d’un voile de satin cramoisi
Sacre d’Automne, le rouge teinte même le dessous des ongles

L’œil aperçoit au fond, comme des ombres qui flottent
Quelques bouts de chairs
Quelques bris de verres

Et puis, des larmes de sang

On marche sur les cadavres
Les os craquent et se brisent, fragiles allumettes
Un champ de morts, le rideau tombe
Et nos gosiers, de sombres tombes
Gardent le souvenir de ce cœur sanglant
Des pulsations qui gonflaient ses artères
De ces griffes enfoncées dans la chair

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Brân cosy

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Brân cosy, corbeau voyageur.
Un oiseau de passage en Normandie,
Noir comme les cheveux de notre président mais sans les frais de coiffeur.
À boire autour d’un bourguignon coiffé d’un pied de cochon,
La langue teintée d’exotisme et des souvenirs plein la bouche.

Crôa, crôa.
Élancé comme l’oiseau de Brancusi,
Le gosier en entonnoir, corbeau,
Fais ton nid dans mon ventre !

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Hommage à toi, heureux père de cet oiseau égaré.
Pourquoi n’ai-je, moi, pas encore parlé de toi ?
Affable que tu es dans les salons, mais souvent débordé
Par le flux et reflux des marrants
Venus te courtiser.

Alors nous nous croiserons, cher Gilles Azzoni !
À zoner dans le monde du vin,
Je finirai bien par te parler.

En attendant je boirai, le corps beau, ciré,
Devant la rade de Cherbourg,
En regardant les châteaux voler,
Et les corbeaux noircir le ciel,
Ton Brân comme une corne de brume, un appeau à vins sauvages.

Ah ! le mal du pays me ronge…

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Pinaryork

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Il a garé son carrosse, s’est frotté les pieds sur le macadam et s’en est allé faire des courses…
Un alien à Gaillac, les poches remplies de violettes et la gueule couleur brique.

vis ma vigne.

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Il a mangé local, un truc dont la forme lui a fait penser à une pizza malgré les étranges bouts roses et carrés qui garnissaient le haut de la pâte et qui, après ingestion, le laissaient encore dubitatif jusqu’à ce qu’il s’écria, sous les yeux ébahis de ses camarades : « J’ai trouvé ! C’est du jambon ! »…

Il a pris la direction de l’ouest, sur la route de Montauban, pour se perdre sous le cagnard indigène.

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Il a faillit sortir un mec de sa voiture parce qu’il roulait en première à 12 km/h dans le rond-point en lui faisant voir de trop près un camion transportant de pauvres veaux (il s’avéra par la suite qu’il était un client du domaine ce qui calma ses pulsions meurtrières) puis, il s’est arrêté devant chez Michel.

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Ah ! chausse tes bottes, on va dans les vignes caresser les insectes.

Ils sont partis pour longtemps, inspectant de manière dermatologique le terroir, histoire de voir si tout allait bien.
La végétation, c’est un peu le système pileux de la terre, ça s’entretient.

Mettez-vous des produits chimiques dans vos cheveux ?

Michel non plus et son domaine a le poil soyeux…

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Mais laissons le capillaire de côté, c’est une notion bien trop étrangère…

Dans les vignes donc, tels des petits poux, ils ont erré.
Admirant ça et là le biotope fourmillant, les vers de terre comme des périscopes dans cet océan vert.

Ici coule la vigne.

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Prunelard, Braucol, Duras, L’En De l’El, Ondenc et bien sûr, Mauzac…

Des statues, des Hommes pétrifiés levant les bras au ciel, peut-être en signe de victoire ?

Une armé de cep, bien rangée, qui chaque année, balance le jus…

Les insectes, piqueurs ou non, s’affairent tranquillement dans ce théâtre de verdure et jamais ils ne subiront quoique ce soit comme attaque à l’arme chimique.
Comme ce fut répété maintes fois par ce cher Michel, ici, toutes les bestioles sont les bienvenues, elles s’équilibrent, les grosses mangent les petites, et tout ce microcosme participe au bon équilibre du domaine.
Il leur a même créé des espaces, des zones tampons écologiques qui, en périphérie des vignes, permettent, entre autre, de faire diversion, de réguler.
De temps en temps, un gros lézard vert vient te croquer la patte, marque d’affection, il suffit de mettre un peu de vin sur la blessure et tu repars en trottinant.
La diversité créé la richesse.
Tout ce petit monde vit en harmonie et les maladies sont rares.
La vigne est drue, forte et vivace.

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« Vous avez le droit de ne pas aimer ce vin »

Vous avez tous les droits… Le droit de manger chez McDo, le droit de perdre votre temps à lire des livres d’hommes politiques en mal d’amour, le droit de regarder D8, d’acheter un 4×4 ou encore, le droit de boire du Roche Mazet !

Vous avez aussi le droit de goûter ces vins, de vous rendre compte que vous ne pouvez que les aimer.

Ah ! Longue gamme de rouge ceinte d’un peu de blanc…

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Le professeur Pinard, dont le gros pif s’écrase sauvagement dans les verres, s’arrête un moment pour méditer, les narines rougies par le Prunelard : « Un torrent de cailloux roule sur la langue et remonte du fond du gosier, une violence qui bouillonne aux parfums de violettes ! J’ai l’impression de boire une lumière de corail ! »

Lyrisme effrayant aux accents de plagia…

Mais il est sûr que cet hiver, on l’accompagnera de champignons.

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Il est des vins qui portent bien leur nom.

Un Jaune de Gaillac ! Un vin élevé sous voile pendant dix ans que vous pourrez, par exemple, emmener à la plage sans risquer de vous le faire enlever par les bleus du coin.

Un jus rare et précieux qui, cet hiver encore une fois, accompagnera une poularde bien farcie.

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Il y aurait tant de choses à raconter sur cet Astérix du vin mais je dois aller bosser et ça fait tellement longtemps que je n’ai pas écrit que je suis heureux de réserver cette place de rentrée scolaire au domaine de la Ramaye dont je reparlai encore et encore comme dirait Francis.

Michel, je vous remercie de tout ce temps que vous nous avez accordé et je vous souhaite une belle et longue vigne !

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Michel Issaly,
Domaine de la ramaye,
817 Route de la Ramaye,
Lieu-dit Sainte Cécile d’Avès,
81600 Gaillac

Les doigts dans le Pif

Bourré
Prendre la direction de Bourré, une fois dedans, en sortir, vite.
Et puis, à Monthou, serrer la main des troglodytes, s’enfoncer dans un trou.
Attendre, en écoutant les jus ronfler, que le tuffeau nous champignonne.

Au hasard des vignes, un camion a serpenté jusqu’ici.
Croisant buses et biches, sans embûches et sans filets, se fiant à son pif.

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Un bon vigneron, ça se mérite.
Alors, on a pris le temps.

J’irai boire chez vous.

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Bienvenue au domaine.

La Piffaudière chez Olivier Bellanger, éleveur de pifs de compétition.
À peine nous pénétrâmes dans la roche que le pinard nous fut offert sous perfusion.
Dialyse à l’Aunis, au Gamay, au Sauvignon.
Nuits blanches en perspective…

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Chaque fût fut inspecté avec soin, la pipette chauffait, le verre se teintait.
À l’instar des fromages, on parla affinage, de vins de pâturages ou d’étable.
À chaque saison, son breuvage.
L’été appelle la vivacité, la fraîcheur, la fluidité, quoi de mieux que ce petit jus nerveux pour jouer de la guitare en pensant à tous ces Michel que l’année 2016 nous a enlevé.
Si « Mon tout rouge » était un met, ce serait une petite côtelette d’agneau.

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Il faut dire que je les aime comme ça, les rouges.
Quand ils sont fins, élancés et que de légères notes poivrées leur donnent du rythme.
Lorsqu’un petit grain vient à rouler sur ma langue pour me rappeler la peau qui jadis les protégeait.
Tous ces mois passés dehors, portés par la vigne, à braver les intempéries.
Et puis, une fois pressés, humer avec plaisir un jus épanoui.
La terre donne chaque année l’occasion de se taire.
La magie du terroir.

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Entends-tu retentir les refrains des dimanches ?

De tonneau en tonneau, de verre en verre, on avançait à tâtons.
Déguster avec le vigneron, c’est boire ses paroles ; et celles d’Olivier sont sages.
Un travail délicat où la nature est au centre de tout.

Des vins précis, sans artifice mais jamais déviants, vous ne trouverez pas d’odeur de souris, ni de poneys ou encore moins de basse-cour dans la palette aromatique de ces pinards.

Et c’est une bonne chose, assurément.

À force de bain de bouche, nos canines n’eurent plus rien à envier à Nosferatu.

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Le professeur Pinard mit son costume d’écolier et son acolyte anonyme, le roi de la pêche à la mouche, celui de photographe.

Se roulant dans la moisissure qui jalonnait le sol, il contre-plongeait pour rendre au plus juste les images que nos yeux découvraient, en pétillant, naturellement.

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La bulle amène la joie et le vin, la faim.

Notre hôte, nous voyant la bouche sèche et l’œil torve, nous invita à rompre le pain dans ses quartiers…
Fusse une bonne idée ?

Sa réserve de fromage savoyard qu’il avait ramené avec gourmandise se trouva torpillée par les deux éviers que nous sommes.

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Mais sans tout ceci, aurions-nous pu trouver la force de reprendre la route, pour filer dans un sud où les montagnes se déchaînent ?

Merci à toi cher Olivier, merci de nous avoir si bien reçu, merci pour tous ces vins divins et comme dirait celle qui a la main molle, merci pour ce moment !

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Histoire Caucase

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Wine is bright.

C’est comme un soleil, dans le bleu du ciel…

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Un beau matin de juillet, sans réveil, en Normandie.
Un beau matin à décanter le vin de midi.
Du géorgien pour le homard.
La perspective d’une fête, familiale.
Le pif à jeun, l’odeur brute des amphores, les rais du soleil invitaient enfin l’été dans la demeure.

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Le blanc et le rouge.

Entends-tu retentir les refrains dans la Manche ?

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Le nez à l’Est.

Blanc aux tons ocres, à la bouche suave et saline.
Rouge, cassis, terreux, aux tanins qui fondent comme du beurre sur une poêle.

Crustacé à l’anis et aux citrons verts.

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Un feu d’artifice à table.
Une sieste.
Un léger coup de soleil sur les bras.

Une douce digestion, bercé par le bruit des tondeuses à gazon, les réminiscences des parfums caucasiens.

Et puis…

Nice.