Prémices

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Les prémices du futur ont déjà commencé…

Le mistral répand une rumeur violette, celle d’un été au printemps.
Ce torrent descendu du ciel a l’écume poussière.
Une sorte de gros ventilateur à ceps.

Les cyprès toscans se courbent à son passage en une haie d’honneur.
De loin, on dirait des pinceaux qui dessinent le paysage…

À l’ombre, épargnés par le soleil, il vient nous chercher.

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Ici, il ne lui manque que la mer.
Alors, d’humide, d’aqueux, il ne nous reste que le vin.
Des vins gorgés de soleil, mais aussi de Mistral.
Des perles de vent, si l’on frappe à la bonne porte.
Il se peut même qu’au détour d’un chemin, on rencontre un homme qui a réussi à enfermer dans sa bouteille, une bourrasque…

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Le bruit du sommelier qui fore le bouchon, les prémices du plaisir.
On a l’impression de boire un vent chaud…
Mais au milieu de ce sirocco, les éléments emportés par ce tourbillon nous laissent dans la bouche la fraîcheur des petites cascades descendues du Ventoux.

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Puis, comme la photo d’un endroit regardée avec nostalgie, on boit chaque gorgée patiemment, s’imaginant encore foulant des pieds ce sol provençal, le Mistral nous invitant à découvrir nos têtes devant des cathédrales en dentelles.
Et le vin s’en va, s’évanouit lentement.
Laissant une pointe saline résonner nous rappelant qu’un jour, ici, il y eu la mer.

Contre le vent, tout s’use.

Éthique quête

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Mais que fait donc monsieur Pinard… panne de stylos, doigts gonflés par la pression atmosphérique, cocotiers et vacances ?
Épluchons cette lettre reçue la semaine dernière, dont le papier reniflait l’iode et le citron :

« Nantes, un certain mois, un certain jour…

Il ne me tarde pas de retrouver ma vie d’avant, je me sens comme un moût tardif, j’infuse les pieds dans l’eau, et je regarde passer les bateaux.
Les rues de Nantes dont les façades me saluent, m’amènent à rêvasser. De l’Erdre à la Loire, l’air de rien, un vent printanier souffle sur mon melon qui mûrit doucement au soleil marin.
Je chevauche un éléphant dont la trompe arrose de Muscadet la foule. Emportés par cette houle, les enfants ouvrent grand la bouche et rient, en se désaltérant de ce safari urbain.

Ici, les gens savent vivre.

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Et puis, alors que les embarcations se prennent pour des vapürs et Nantes, pour Istanbul, je file à l’ombre des colombages, au loin, la montagne de tuffeaux qui s’élève ressemble à une cathédrale.
Le bout de ses pieds déroule quelques tapis pavés, se scinde en artères et tombe en cascade sur la vieille ville… une coulée de macadam.
Là,  quand le courant charrie mon corps et ne le ménage guère, je m’agrippe à une grosse bouteille qui surgit d’une étrange devanture…

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Après un bouche à bouche avec celle-ci, l’eau m’ayant quelque peu évanoui, je me retrouve dans une pièce à l’aspect sacré. Tintent de partout ses congénères, carillon de printemps, je me laisse bercer par cette mélodie. Vive mélodie d’ailleurs, rythmée par les bouchons qui sautent, je surfe sur le sillon de Bretagne à chaque gorgée.
Chant de sirènes, elles défilent sous mes bras, dociles.

Mais à qui appartiennent-elles ?

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C’est alors qu’entre avec fracas dans ce boudoir douillet, un personnage à la gueule aussi grande que la mienne. Il me tire de ce moment onirique en m’invectivant, m’attrape par le col et me traine à travers la pièce.

Il va falloir payer.

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Il est assez vrai que gît une trentaine de cadavres, je suis gourmand, c’est un défaut.
Je dois à présent passer la toile, le magasin, un champ de bouteilles, et mon hôte, rouge, un chant de bataille.
Mais l’animal se veut aussi bonhomme et, me prenant en pitié, m’aide finalement à ramasser les bris au fur et à mesure jusqu’à ce « pop » familier qui, me retournant ému, dévoile toute l’hospitalité nantaise.

Les bulles roulent dans nos discussions, et les étagères se vident.

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Devenus compères, on se charge de l’inventaire, goûtant ça et là les produits, histoire de voir si tout mérite d’être vendu.
Venus de part et d’autre des vignobles, à chaque flacon ouvert on se prête à voyager, tantôt le maquis, la mer turquoise et les pins parasols, tantôt le granit, l’océan atlantique et les tendres petites huîtres.
Il se peut que l’on s’arrête sur d’anciens millésimes, vieux grimoires où chaque page tournée nous rappelle l’importance de savoir attendre, une histoire se doit d’être lue au bon moment.

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Je resterai bien ici, le temps passe doucement et la vie s’écoule tel un petit ruisseau à la campagne.
Mais je dois m’en aller…
Mon cher Renaud, laisse-moi te saluer et te remercier, tiens bon la barre, ta Contre-Étiquette, éthique quête, peut se vanter de ne pas faire de concession dans ce monde de parements.
Continue à parler du vin comme tu le fais, dessine tes mots, et parcoure encore et encore le corps de ces brûlantes quilles.
Salue Amandine et tes potes, garde-moi aussi de ton vin, il m’a laissé un souvenir touchant, un secret partagé vaut tous les grands vins du monde.
Et puis, salue aussi en amont, en l’hameau de Chantenay, l’âme haute et bienveillante de mes cousin(e)s nantais(e)s, qui ont hébergé l’affreux personnage que je suis.
Affectueusement,
Marius. »

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La Contre-Étiquette
02 40 75 86 39
1 Rue Saint-Denis,
44000 Nantes

Pinaryork

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Il a garé son carrosse, s’est frotté les pieds sur le macadam et s’en est allé faire des courses…
Un alien à Gaillac, les poches remplies de violettes et la gueule couleur brique.

vis ma vigne.

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Il a mangé local, un truc dont la forme lui a fait penser à une pizza malgré les étranges bouts roses et carrés qui garnissaient le haut de la pâte et qui, après ingestion, le laissaient encore dubitatif jusqu’à ce qu’il s’écria, sous les yeux ébahis de ses camarades : « J’ai trouvé ! C’est du jambon ! »…

Il a pris la direction de l’ouest, sur la route de Montauban, pour se perdre sous le cagnard indigène.

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Il a faillit sortir un mec de sa voiture parce qu’il roulait en première à 12 km/h dans le rond-point en lui faisant voir de trop près un camion transportant de pauvres veaux (il s’avéra par la suite qu’il était un client du domaine ce qui calma ses pulsions meurtrières) puis, il s’est arrêté devant chez Michel.

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Ah ! chausse tes bottes, on va dans les vignes caresser les insectes.

Ils sont partis pour longtemps, inspectant de manière dermatologique le terroir, histoire de voir si tout allait bien.
La végétation, c’est un peu le système pileux de la terre, ça s’entretient.

Mettez-vous des produits chimiques dans vos cheveux ?

Michel non plus et son domaine a le poil soyeux…

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Mais laissons le capillaire de côté, c’est une notion bien trop étrangère…

Dans les vignes donc, tels des petits poux, ils ont erré.
Admirant ça et là le biotope fourmillant, les vers de terre comme des périscopes dans cet océan vert.

Ici coule la vigne.

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Prunelard, Braucol, Duras, L’En De l’El, Ondenc et bien sûr, Mauzac…

Des statues, des Hommes pétrifiés levant les bras au ciel, peut-être en signe de victoire ?

Une armé de cep, bien rangée, qui chaque année, balance le jus…

Les insectes, piqueurs ou non, s’affairent tranquillement dans ce théâtre de verdure et jamais ils ne subiront quoique ce soit comme attaque à l’arme chimique.
Comme ce fut répété maintes fois par ce cher Michel, ici, toutes les bestioles sont les bienvenues, elles s’équilibrent, les grosses mangent les petites, et tout ce microcosme participe au bon équilibre du domaine.
Il leur a même créé des espaces, des zones tampons écologiques qui, en périphérie des vignes, permettent, entre autre, de faire diversion, de réguler.
De temps en temps, un gros lézard vert vient te croquer la patte, marque d’affection, il suffit de mettre un peu de vin sur la blessure et tu repars en trottinant.
La diversité créé la richesse.
Tout ce petit monde vit en harmonie et les maladies sont rares.
La vigne est drue, forte et vivace.

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« Vous avez le droit de ne pas aimer ce vin »

Vous avez tous les droits… Le droit de manger chez McDo, le droit de perdre votre temps à lire des livres d’hommes politiques en mal d’amour, le droit de regarder D8, d’acheter un 4×4 ou encore, le droit de boire du Roche Mazet !

Vous avez aussi le droit de goûter ces vins, de vous rendre compte que vous ne pouvez que les aimer.

Ah ! Longue gamme de rouge ceinte d’un peu de blanc…

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Le professeur Pinard, dont le gros pif s’écrase sauvagement dans les verres, s’arrête un moment pour méditer, les narines rougies par le Prunelard : « Un torrent de cailloux roule sur la langue et remonte du fond du gosier, une violence qui bouillonne aux parfums de violettes ! J’ai l’impression de boire une lumière de corail ! »

Lyrisme effrayant aux accents de plagia…

Mais il est sûr que cet hiver, on l’accompagnera de champignons.

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Il est des vins qui portent bien leur nom.

Un Jaune de Gaillac ! Un vin élevé sous voile pendant dix ans que vous pourrez, par exemple, emmener à la plage sans risquer de vous le faire enlever par les bleus du coin.

Un jus rare et précieux qui, cet hiver encore une fois, accompagnera une poularde bien farcie.

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Il y aurait tant de choses à raconter sur cet Astérix du vin mais je dois aller bosser et ça fait tellement longtemps que je n’ai pas écrit que je suis heureux de réserver cette place de rentrée scolaire au domaine de la Ramaye dont je reparlerai encore et encore comme dirait Francis.

Michel, je vous remercie de tout ce temps que vous nous avez accordé et je vous souhaite une belle et longue vigne !

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Michel Issaly,
Domaine de la ramaye,
817 Route de la Ramaye,
Lieu-dit Sainte Cécile d’Avès,
81600 Gaillac

Os à moi

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De mon râtelier osanore, je suce dans la moelle.
L’autre, édenté, peut toutefois satisfaire entre les trous béants laissés par ses molaires, son appétit.

Un osso buco à la paille.

Dans le bouillon où chaque bulle explose en libérant parfums d’épices, d’agrumes et de tomates, mon jarret se fait tendre.
Que j’aime à voir cher indolent de ton corps si veau se moirer les os.
Ah ! Un cuisinier me voyant cuisiner s’arracherait sûrement les cheveux tant je cède à l’empirisme devant un piano.

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Surtout, ne faîtes point cette mine de dégoût devant l’aspect « ragoût » de mon œuvre.
L’important, c’est le goût… Ça me rappelle un slogan pourri entendu ça et là sur les ondes…

Donnant la part belle au mijoté, je dois dire que même si les bouts se délitent, la viande fond dans la bouche.
Si j’étais chien, je croquerais les os.

Mais pourquoi cet aparté transalpin de cheval ?

Pour évidemment introduire un dur à cuire qui surfe sur la sauce, enrobe la chair et dilate les narines avec dextérité.

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Si tu veux me faire plaisir, donne-moi du Piémont.

Mon dernier vestige du temps où sévissait Rita, prêtresse sarde vous confessant dans sa boutique de l’avenue Parmentier… Quel gâchis de ne plus pouvoir passer de bons moments à déguster dans ce religieux lieu où le vin d’Italie dégoulinait jusque sur les trottoirs de la rue Oberkampf !

Oui, tout ceci est très 11ème…

Où vais-je maintenant déguster sur le pouce, Barolo, Barbaresco, Brunello et Vino Nobile de Montepulciano ?

Évidemment, il reste de beaux endroits dans la capitale mais disons que je voulais rendre hommage à Rita qui, toutes ces années durant, répandit la belle parole de son fief « parmentiersien ».
Les samedis tu passais et paf, on te collait un grand verre dans la main qui se remplissait comme par magie de Corvina, de Sagrantino, de Malvasia, de Negro-Amaro, de Sangiovese ou encore, de Nebbiolo.

Tu demandais quelques précisions que l’on t’offrait sur un plateau, tu repartais en titubant, guilleret, manquant de te faire renverser par scooter.
Ton sac faisait gling-gling et, dans le bus, on te prenait pour un pochtron, le bon temps quoi.

C’était bien, mais c’est fini…

Les temps changent.

Merci chère Rita.

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On va déguster

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Alors que j’exécutais avec le professeur Pinard un petit footing matinal, lui me racontant comment la menthe poivrée pouvait apaiser l’esprit les lendemains difficiles, nous aperçûmes au loin un type à la tronche étoilée.
Il trimballait une glacière tout en se dirigeant vers la maison de la radio.
Nous le suivîmes, discrètement.
Promenant nos nez dans les méandres de la déserte bâtisse, on pista le mec.
D’ascenseurs en escaliers, nous nous retrouvâmes à l’intérieur même d’un aquarium.
Les boissons rouges y tournaient déjà en rond.
Pommettes rosées et babines gonflées, une chaise pour nos fesses, on s’assit, sages, dans un coin.
Un bouquet de micros fleurissait la table.
Le ballet de mots commença.
Notre bonhomme était là, au milieu d’autre, sa glacière déballée.
Ça parlait 17ème siècle, festins, ripailles, Vatel, Versailles, vin, vie et même « vit végétal ».
Enfin, disons plutôt asperge…

Pour une fois ma bouche resta close, excepté pour recevoir, ravi ; vin, vie et même vit, végétal… euh, asperge.

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Croquantes, craquantes même, toutes droites et tout droit sorties du jardin françois, nous les moussâmes d’une sorte de sabayon…

De quoi asperger ces vigoureuses plantes dont la ressemblance avec des pinceaux nous donna envie de les tremper directement dans le verre ?

Peut-être que de temps en temps, avoir recours à un accord mets-vins peu commun, peut faire mouche… Les poils imbibés, voici ce qui se déroula réellement ce dimanche vingt-deux mai, en lettre de sang de cailloux.

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Un certain chroniqueur manchot avait ramené de sa Normandie une gueule de bois si monumentale que la sécurité prit d’abord sa tête pour un tonneau.
Il fallut pousser de toutes nos forces le personnage pour réussir à le faire rouler dans l’ascenseur.
Quelques algues accrochées derrière son falsard attestaient d’une nuit tourmentée.
Son sac tintait, des traces de côt dans le cou, les bouteilles avaient vraisemblablement été ouvertes la veille…
Le mot « pétanque » jaillissant de sa bouche devait selon ses dires nous éclairer.

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Après une partie d’escrime avec le professeur Pinard, les végétaux comme des fleurets, il s’attabla gaiement, des tire-bouchons à la place des doigts.
Confondant d’ailleurs ceux-ci avec les asperges, il suçait tantôt l’un, tantôt l’autre, le Cahors comme médiateur.
Il faut dire que le jus sudiste, d’un naturel absolu, « eau de raisin », s’arrangea une place de choix, délivrant une amertume et une acidité qui finalement se marièrent avec surprise avec « l’ivoire à manger ».
Pas con.

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Et puis, tout s’accéléra, de sablés en abricots, de pimprenelles en citrons, d’informations en chansons, l’émission arrivait à son terme.
Le grand gourou, légèrement hirsute en ce jour de pleine lune, animait avec passion tout ce petit monde tel un chef d’orchestre, une oreille bloquée dans le casque, l’autre attentive aux burps du professeur qui sifflait tout le stock de malbec s’étant échoué à ses pieds…

Avant de sortir, nous mâchâmes (deux accents circonflexes ce n’est pas rien aujourd’hui) du maxillaire gauche dans une grotte qui avait du chien.

Une cuvée bien particulière dont le gêne de la vendange 2014 trempa dans un jus un peu oublié de 2004… Le tout fut élevé pendant dix-huit mois en fût, chacun s’apprivoisant pour finir dans les gosiers de citadins en mal de campagnes ou d’instants sauvages.

Vieux procédé pour donner au vieux un peu de jeune, sorte d’élixir de jouvence.
Le professeur et moi-même remercions toute l’équipe d’on va déguster qui nous laissa pénétrer dans ce sanctuaire qu’est un plateau de radio, nous ne vous écouterons plus jamais comme avant, poil au dent.

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« Fiume tue »

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Samedi 30 avril, Salon Rue89.

4ème Édition.
« Soûlez-vous, les pavés avinent »

« Mise à mort du Parmesan »

Quarante kilos soulevés par deux gros bras transalpins, la bête est belle.
Des grands coups dans les flans et se fissure l’épaisse carapace.
La foule fait des grands « Ah » et tous ses yeux brillent, comme fanatisée par le massacre.
Les copeaux volent, le picador se fend de grosses veines sur le front et son derme se teinte.
On dirait un jambon de Parme.
Découpée sur place, nous plongeons nos mains fébriles dans les boyaux de l’animal et avalons, hyènes sur une charogne, sans laisser la place aux nouveaux arrivants.
Le temps que les doigts se graissent et nous filons à l’étage, où la sueur gagne le cou pour ne plus l’abandonner.

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« Le vin est un long fleuve tranquille »

Fricando, vin blond.
Amphore des Danaïdes, je te boirais jusqu’à plus soif.
Si je devais emmener un vin sur une île déserte, ce serait peut-être celui-ci.
À peine versé, on a l’impression que le verre s’enflamme, tremblantes, les mains peinent à l’amener à la bouche.
Faites-moi couler cet or dans le gosier, supplice d’aztèques.
Un entonnoir s’il-vous-plaît !
Je suis prêt pour la torture.

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« Je me sens vachement rital en ce moment »

Il y a tellement à raconter ou à vivre dans ce salon que je laisserais la place à d’autres, histoire de lire maintes histoires et saliver, tel un bon chien chien.
Je veux juste rendre hommage aux italiens.
Je n’en ai goûté que des bons ces derniers temps et, ce samedi, cerise sur le panettone…
« Al di là del fiume » m’a tué, encore une fois…

Non pas que vos vins soient les meilleurs du monde, les plus insolites ou encore les plus rares, juste parce que ça faisait longtemps que mon palais n’avait pas éprouvé cette sensation qui m’avait définitivement converti au culte du pinard.

J’aime vos pifs, j’en suis amoureux, et comme l’amour est rare en ce monde, je souhaitais vous le dire.

Je vous décerne le césar du meilleur jus du salon (oui, j’ai une influence considérable).

Merci.

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« À ma zone »

Après avoir descendu le stock de bolognaise en amphore, un tour chez les indiens d’Amériques.
Jus de terre, où comment boire un fleuve à Paris sans devenir tout jaune.
La trachée, sorte d’anaconda urbain, engloutit le breuvage brésilien.
Le nez du professeur, d’habitude de rouge vêtu, passa au vert.

L’impression de relire l’oreille cassée.

En revanche, ça ne bourre pas la gueule, je le sais car, les trois kilos de poudre avalés, sniffés ou encore injectés en intra-veineuse m’ont laissé de marbre.

Je retourne au pinard.

Enfin, comme clin d’œil à la « Slow Food », je suis allé me boire un « Slow Wine », du genre Slovène

Merci maître Iommi et tout ton crew, l’année prochaine, je squatterais le salon jusqu’à ce qu’on me vire, histoire de voir si le vin naturel à des limites…

Santé !

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Ceint d’amour

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Cher Gustave,

Sache que je m’adresse à toi car je sais que tu diras aux autres combien je les estime, même le gros.

Est-ce d’ailleurs ton côté breton et donc, sûrement marin, qui t’a projeté l’autre soir en véritable figure de proue, essuyant les avis de chacun ?

De cette blonde velue de poils vêtue qui imprimait sur son verre l’empreinte de ses lèvres en tempêtant que ça manquait d’effets spéciaux et de boules de feu à ce vieux monsieur dont la peau traduisait une véritable passion pour les rayons UV trouvant que « le belge était moins drôle que d’habitude », en passant par les yeux de biche de cette jeune demoiselle visiblement amusée qui se plissaient et habillaient son visage d’une tendresse qui, pour toi mon cher Gustave, témoignait un amour secret – te demandant d’ailleurs tout en rougissant si « c’était son vrai zizi qui dépassait de son slip » – Ah ! je me doute que toutes ces pertinentes questions durent te fatiguer à la longue.

Mais mon cher, c’est la rançon de la gloire comme disait l’autre…

D’ailleurs, tu ne t’en es pas plaint à une seule seconde.

©RogerArpajou
©RogerArpajou

Le fessard confortablement massé dans les fauteuil du club 13, dont un seul d’entre eux peut rivaliser avec la taille de mon appartement, quelques notes de Tellier nous décrassèrent les oreilles en nous plongeant dans le salon de l’agriculture où deux bouseux se bourraient la gueule, Cène pathétique.

Buvez, ceci est mon stand.

Saint-Amour n’est pas un film sur le Beaujolais ni sur le vin en général, Saint-Amour est un film du cru.
Benoît Poelvoorde est impeccable dans son rôle d’agriculteur alcoolique dépressif et son père, Gérard Depardieu, dont les cheveux rivalisent ici avec les plus belles moumoutes de la rue des Dames, bon comme un gros charolais.

Une sorte de « Bonheur est dans le pré » en plus sombre, plus crade, plus vineux…

Comme un joli petit miroir tendu devant nos faces verdâtres et stressées, on se balade dans une France grisonnante et pluvieuse jusqu’à ce que les pinards bus nous écœurent.
Ne vous attendez pas à de délicates dégustations dans des caves propres comme des trous de hobbits mais plutôt à des beuveries aux réveils douloureux les yeux en trous de …

La fin m’a laissé sur la mienne, j’aurais aimé plus qu’une chute, un effondrement total mais en ces temps troublés peut-être est-ce mieux de se raccrocher à quelques douces rêveries…

Nous sommes tous des culs terreux.

©RogerArpajou
©RogerArpajou

Pour conclure en beauté, le générique agissant comme du sel sur nos papilles, un bataillon de vignerons nous attendait dans un coin du club, magnum à la main.

Cernés avant l’heure, pas moins de douze crus cupidonesques aéraient leurs aisselles sur les tables.

Mon professeur que je n’avais pas vu de la soirée surgit de derrière l’un d’eux, le tricot de peau du film tel un turban sur le crâne et le pif comme un gros cœur de Neufchâtel qu’on aurait trempé dans un crachoir.
« J’ai bu le film jusqu’à la fin » m’expliqua-t’il, sourire en coin, la voix en proie à la mue.

Ah, que nous fûmes ceint d’amour pendant ces quelques heures !

Merci chère Corinne Koszczanski, le Cru Saint-AmourLe Pacte et mon cher cousin (grand compositeur bipède devant l’éternel) pour cette soirée pré-valentine où tous les vins coulaient, où tous les cœurs s’ouvraient tel un grand festin.

©RogerArpajou
©RogerArpajou

Fine, l’épicerie

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Belleville !

Je ne peux me balader ici sans avoir les accords du morceau éponyme de Django qui dégringolent en boucle dans ma tête et saccadent mes pas sur les vestiges de pavés n’ayant manifestement pas été tous rendus, un par un et avec élan, dans la gueule des flics.

Un petit mai 68 en 2016 ?

En attendant, affublé d’un beau nez rouge, je tague à l’ombre.

« No go zone »… Ahaha ! Ils sont vraiment trop drôles ces amerloques !
Je préfère m’endormir bourré sur un banc ici, qu’en plein Champs-Élysées.
Mais si ça peut éviter de voir débarquer une cohorte de crétins…

Passons.

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Tout à coup, une vitrine que se disputent le regard d’un scooter, celui furtif d’un passant marchant sur la pointe des pieds avec un sac rose dans la main gauche et les gros phares d’une voiture dont l’antenne, dressée comme un foc, pointe les neiges éternelles de cette chère ville dans la ville ; une vitrine dis-je, me fait de l’œil.

Ça sent le pinard !

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Des vins d’autoroutes, de bastons, de boucheries, il y en a pour tous les goûts à condition d’aimer la nature ; ça tombe bien, j’ai toujours affectionné les bêtes.
Quand tout petit, avec mon grand frère, nous nous amusions à introduire des pétards dans des taupes mortes… Euh… Je m’égare…

Donc, de boucherie, par exemple cette tranche de monsieur Jambon.
De pays évidemment et avec la couenne, du gras pour l’hiver.
L’accord parfait ? des coquillettes bien sûr !
En tout cas, rare est ce cochon en la capitale alors profitons-en.

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Mais une bonne épicerie ne doit pas seulement séduire le tarin couperosé d’un éthylique apatride.
Elle doit aussi faire saliver l’amateur de tatins retournées et de crottins au lait entier.
Et chez Fine, ceux-ci comme ceux-là seront satisfait.

Continuons.

Pour finir la parenthèse liquide, mentionnons ces bières tatouées d’un bestiaire fantastique.
Brasserie de l’Être, nouvelle brasserie parisienne non loin du canal de l’Ourcq d’où ils puisent, paraît-il, la délicieuse eau…

Sur les bras d’un hipster, une grosse salamandre ?

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À présent, donne-moi du nougat !

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Nātif  de Syrie, non loin d’Alep, il fut bercé ensuite dans tous les coins du bassin méditerranéen, comme notre chère vigne, au passage.

L’occasion de sortir ces bouteilles de vendanges bien tardives qui font remonter la glycémie à des niveaux olympiques et qui, décidément, n’en font pas du tout des vins de grand-mère…

Enfin, cet aparté nous amène à un petit tour de piste avant le vestiaire.

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De la sèche, des câpres, du saucisson, des thés, des huiles, du fromage, des bidules, des trucs et des machins !

Et pour quelques roubles, vous pouvez vous faire tailler un sandouiche sur mesure…

C’est pas beau ça ?

Fine, l’épicerie
30 rue de Belleville
75020 PARIS
tel: 09 81 17 95 88

Les étangs de Corot

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L’automne se fait sentir, les feuilles roussissent doucement et dans l’étang les perches attendent.
Ville d’Avray, qui vit naître en son sein le bon Boris, vend du rêve à qui lui tend la main.
La campagne à deux pas de la capitale.
Corot n’erre plus depuis longtemps dans les parages mais, ceci étant, son nom reste gravé dans l’eau de ces grandes mares.
Face à elles, une demeure telle une étape après quelques coups de rames, vous invite à venir vous restaurer, dormir ou même vous prélasser.

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Arrivé à 11h pétante, le professeur escalade la grille verte côté étang et écorche son jean couleur corail contre la petite barrière.
Cors au pied, il chausse des claquettes, revêt un peignoir et prend la direction du spa.
En bon chien abandonné, il espère trouver une tendre maîtresse qui pourra prendre soin de lui.
Après une grande gamelle de croquettes aux pépins de raisin, une décoction de pruine de petit verdot et un court passage de ses poils dans le hammam, le voilà allongé sur une table de massage.
Enduit d’huile de vendange, il s’endort pour un temps.

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Réveil au bar, muscaté.

Un étrange cocktail, sorte de spritz français à base de Sauternes, d’eau gazeuse pour tennisman et de citron lui rappelle ses sensibilités gastriques…
En revanche, les petits fours ne croisent aucun obstacle pour se faufiler dans son ventre, antre à mets.
Les papilles chauffées, bousculant ça et là les convives, le voilà maintenant assis autour d’une grande table au milieu de cet ancien relais de chasse.
Le cri des petits gris en cuisine chatouille ses oreilles et fait gargouiller son estomac.

À table !

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De coquilles, les escargots n’ont plus que cette gangue croustillante, le potiron limaçant pour le corps et la bave persillée, tel un tapis de bryophytes, une trainée pour les pister…
Les antennes du professeur en émoi, voilà que sa bouche mousse, aussi.
Son verre, lui, s’apprête à accueillir en son sein, un doux vin.

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Encore au coude à coude avec les colimaçons, on lui colle devant sa serviette en guise de licou, une liqueur de caillou.
Chou, il bout à genoux devant ce joujou aux joues dorées comme un bijou en se grattant les poux.

Petite description du nectar par le professeur :

Une salade de fruits à chair blanche rehaussée par de fines touches acidulées, puis, comme un clin d’œil pagnolesque, de la badiane, du caramel et des épices… En une gorgée, un voyage au milieu des Landes, l’été.

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Est-ce l’empreinte baveuse de mollusques telluriques, comme une redondance verte, qui trahirait leur passage sur ce gros cannelloni fourré au tourteau, rouleau de pinces tendres ?
Friands de chlorophylle, cela ne nous étonnera point.
Un nouveau Smith, eh ouais, sonne et résonne sur la glotte de notre épicurien.
Cloche dermique, ding-dong, le prof a la frite.

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Et puis voilà la viande qui pose ses bagages sur un rouge à l’air grave.
L’aspect épuré de cette assiette, la petite purée envahie par le vert et cette empreinte, une tache de sang où se trempe le bout des pieds de notre agneau ne sert qu’à une chose, se concentrer sur la délicatesse des produits qui fondent sur la langue de notre académicien.
Rémi Chambard, le chef, ne s’ennuie pas de froufrous et c’est tant mieux.

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Sérieux au bord de l’eau, un verre de Bordeaux et le menu en bordereau, en train d’analyser sa journée, le prof médite.
Sa chemise ôtée à cause de fuites, transpiration due à l’émotion, le voilà brassant le flot tendre qui le détend, au milieu du plan d’eau.

Sa tête tel un périscope, il vise une petite embarcation safranée…

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Après avoir ramé sur cette galère de roi, il regagne la rive, ne voulant pas attraper la fève si jeune… (après maints hésitations, le comité valide cette phrase).

Suite et fin :

Il court dans les couloirs, son corps n’ayant que le souvenir de son peignoir, un livre à la main.
Attentant à la pudeur, on le sèche et le plonge dans un véhicule noir, direction la capitale.

Il se réveillera plus tard, humant l’air de sa chambre en se demandant avec un accent belge :
« Ça sentirait pas un peu Lafitte… »

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Le professeur et moi-même remercions chaleureusement AliceJérôme Tourbier ainsi que l’équipe des Étangs de Corot et ce cher Éric Touchat pour ce moment au bord de l’eau si parfait.
Nous étions alors qu’en automne et les arbres se vantaient encore d’avoir quelques feuilles…

Les étangs de corot,
55 Rue de Versailles,
92410 Ville-d’Avray
01 41 15 37 00

Moi mon tonton, celle que j’préfère…

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Non loin du métro glacière, alors qu’un moelleux automne réchauffait la capitale, d’anciens flacons vinrent se livrer à moi.

Un lundi comme les autres, un banal 9 novembre.

Des breuvages ayant connu des guerres, des crises et des procès injustes, comme peut-être une annonce à ce qui allait arriver, se mirent à me raconter leurs histoires.

La langue comme un canapé, je les laissais s’allonger pour parler.

Psychothérapie olfactive…

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Si d’aucuns étaient là pour analyser voire disséquer les nectars de nos grands-pères, je choisis la voie de l’émotion ; sachant que je n’aurai pas souvent l’occasion de me titiller les muqueuses avec des vins d’un âge canonique.

Breuvage du passé, mâcher le jus à remonter le temps.

Ça humait les fleurs fanées, les épices, l’orange amère. On avait l’impression de sentir la chaleur d’un vieux soleil oublié, comme si l’on buvait une photo un peu usée où quelques tâches sanguines commençaient à faire disparaître l’image.

Boire le jus d’une vigne ayant fleuri à la libération…

Vivre la guerre… Est-ce toujours une joie pendant ces moments d’ouvrir de grands vins ?

Quand aujourd’hui, celles engagées loin de chez nous viennent brutalement nous rappeler leurs existences, le réflexe n’est pas à jouer du tire-bouchon.

Pourtant, boire du pinard à la terrasse d’un café en ce moment s’avère presque un acte de résistance.

Avant que cette bande de tarés défoncés au captagon butent à tout va, je flânais, les artères relayant les battements de mon cœur et rythmant mes pas dans les rues de Paris. J’errais ivre le soir, rentrant quand il me semblait que le temps était venu de me mettre en pause. Je ne me posais pas la question si, en l’espace de quelques secondes, mon corps pouvait servir à certains de défouloir.

Mes petites préoccupations ne servaient qu’à alimenter en noir et blanc des écrits plus ou moins bons sur une feuille de papier virtuel en attendant que le temps passe.

Maintenant qu’ils ont définitivement percé à coup de kalach’ notre bulle d’occidentaux vivants sur le dos du tiers-monde depuis des siècles, que va-t’il se passer ?

Parce que la solution n’est sûrement pas aussi simple que d’aller exploser Raqqa et Mossoul tous en chœur.

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Retour aux sources, de vin, parlons.

Le 13 janvier 1898, le journal L’aurore publie l’article « J’accuse…! » d’Émile Zola.

Le 9 novembre 2015, cent-dix-sept ans plus tard, « J’écluse…! » du professeur Pinard.

« Le passé ressurgit dans mon pif…
On dirait la sève d’un vieux chêne, gorgée de sucre, le sang d’un arbre diabétique.
J’ai l’impression d’être une grosse boule de mozzarella enduite d’un précieux vinaigre balsamique.
Une mine qui subirait un coup de grisou.
Une flaque de naphte où se reflète mon visage en monochromie. »

Au pays de l’or rouge, la came en berne et l’appétit court.
Il n’est décidément pas toujours facile de lever son coude.

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Soufflons sur les braises sans dramatiser, pensons encore au passé.

Le pinard des poilus, quelques explications empiriques.

L’origine du mot « pinard » viendrait de pinot… Argot pileux.

« Le pinard c’est de la vinasse. Ça réchauffe là oùsque ça passe. Vas-y, Bidasse, remplis mon quart. Vive le pinard, vive le pinard ! »

À l’instar de ces drogues de synthèses utilisées dans nos guerres modernes, le vin suait au front en grande quantité pour que la bleusaille parte guillerette, la baïonnette pointant l’ennemi buveur de schnaps.
Dès octobre 1914, on se dit que la guerre sera longue et afin d’améliorer le moral dans les tranchées, chaque soldat se voit octroyer un quart de litre par jour.
1916… On double !
Les derniers instants de la « der des ders » offrent à nos bons poilus trois quart de litre, c’est à dire, si vous suivez bien, 0,75 cl, que l’on nomme, inspiration du moment, un canon !
Il faut quand même bien avouer que le vin n’est pas une drogue de guerre, drôle de guet même, d’attendre le fusil en main, chancelant en chantant des airs paillards !
Si une armée de pochtrons nous attaquait, je saurais me défendre, et une joyeuse bacchanale ferait office de chant de bataille.

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Fin.

Je n’achèterai jamais du Gérard Bertrand, pour des raisons personnelles, surtout qu’il m’a été impossible de savoir l’origine de ces vins, le commercial en face de moi faisant planer le mystère…

À plusieurs centaines d’euros la bouteille, aurait-il des choses à cacher ?

Mais je dois dire que faire descendre dans ma trachée ce vin de tranchées ne me donna pas envie de cracher…

Moi mon tonton, c’est sûrement ça que je préfère !