Moi mon tonton, celle que j’préfère…

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Non loin du métro glacière, alors qu’un moelleux automne réchauffait la capitale, d’anciens flacons vinrent se livrer à moi.

Un lundi comme les autres, un banal 9 novembre.

Des breuvages ayant connu des guerres, des crises et des procès injustes, comme peut-être une annonce à ce qui allait arriver, se mirent à me raconter leurs histoires.

La langue comme un canapé, je les laissais s’allonger pour parler.

Psychothérapie olfactive…

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Si d’aucuns étaient là pour analyser voire disséquer les nectars de nos grands-pères, je choisis la voie de l’émotion ; sachant que je n’aurai pas souvent l’occasion de me titiller les muqueuses avec des vins d’un âge canonique.

Breuvage du passé, mâcher le jus à remonter le temps.

Ça humait les fleurs fanées, les épices, l’orange amère. On avait l’impression de sentir la chaleur d’un vieux soleil oublié, comme si l’on buvait une photo un peu usée où quelques tâches sanguines commençaient à faire disparaître l’image.

Boire le jus d’une vigne ayant fleuri à la libération…

Vivre la guerre… Est-ce toujours une joie pendant ces moments d’ouvrir de grands vins ?

Quand aujourd’hui, celles engagées loin de chez nous viennent brutalement nous rappeler leurs existences, le réflexe n’est pas à jouer du tire-bouchon.

Pourtant, boire du pinard à la terrasse d’un café en ce moment s’avère presque un acte de résistance.

Avant que cette bande de tarés défoncés au captagon butent à tout va, je flânais, les artères relayant les battements de mon cœur et rythmant mes pas dans les rues de Paris. J’errais ivre le soir, rentrant quand il me semblait que le temps était venu de me mettre en pause. Je ne me posais pas la question si, en l’espace de quelques secondes, mon corps pouvait servir à certains de défouloir.

Mes petites préoccupations ne servaient qu’à alimenter en noir et blanc des écrits plus ou moins bons sur une feuille de papier virtuel en attendant que le temps passe.

Maintenant qu’ils ont définitivement percé à coup de kalach’ notre bulle d’occidentaux vivants sur le dos du tiers-monde depuis des siècles, que va-t’il se passer ?

Parce que la solution n’est sûrement pas aussi simple que d’aller exploser Raqqa et Mossoul tous en chœur.

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Retour aux sources, de vin, parlons.

Le 13 janvier 1898, le journal L’aurore publie l’article « J’accuse…! » d’Émile Zola.

Le 9 novembre 2015, cent-dix-sept ans plus tard, « J’écluse…! » du professeur Pinard.

« Le passé ressurgit dans mon pif…
On dirait la sève d’un vieux chêne, gorgée de sucre, le sang d’un arbre diabétique.
J’ai l’impression d’être une grosse boule de mozzarella enduite d’un précieux vinaigre balsamique.
Une mine qui subirait un coup de grisou.
Une flaque de naphte où se reflète mon visage en monochromie. »

Au pays de l’or rouge, la came en berne et l’appétit court.
Il n’est décidément pas toujours facile de lever son coude.

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Soufflons sur les braises sans dramatiser, pensons encore au passé.

Le pinard des poilus, quelques explications empiriques.

L’origine du mot « pinard » viendrait de pinot… Argot pileux.

« Le pinard c’est de la vinasse. Ça réchauffe là oùsque ça passe. Vas-y, Bidasse, remplis mon quart. Vive le pinard, vive le pinard ! »

À l’instar de ces drogues de synthèses utilisées dans nos guerres modernes, le vin suait au front en grande quantité pour que la bleusaille parte guillerette, la baïonnette pointant l’ennemi buveur de schnaps.
Dès octobre 1914, on se dit que la guerre sera longue et afin d’améliorer le moral dans les tranchées, chaque soldat se voit octroyer un quart de litre par jour.
1916… On double !
Les derniers instants de la « der des ders » offrent à nos bons poilus trois quart de litre, c’est à dire, si vous suivez bien, 0,75 cl, que l’on nomme, inspiration du moment, un canon !
Il faut quand même bien avouer que le vin n’est pas une drogue de guerre, drôle de guet même, d’attendre le fusil en main, chancelant en chantant des airs paillards !
Si une armée de pochtrons nous attaquait, je saurais me défendre, et une joyeuse bacchanale ferait office de chant de bataille.

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Fin.

Je n’achèterai jamais du Gérard Bertrand, pour des raisons personnelles, surtout qu’il m’a été impossible de savoir l’origine de ces vins, le commercial en face de moi faisant planer le mystère…

À plusieurs centaines d’euros la bouteille, aurait-il des choses à cacher ?

Mais je dois dire que faire descendre dans ma trachée ce vin de tranchées ne me donna pas envie de cracher…

Moi mon tonton, c’est sûrement ça que je préfère !

 

La Quincave

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Hurlant, beuglant, glapissant, tous clopin-clopant, cahin-caha, se ruant vers la lumière, et vautrés dans la fange comme des limaces après la pluie, de grosses bouteilles vides à leurs pieds, le bidon à découvert, de la bave aux commissures des lèvres.
D’aucuns tétant encore le goulot de cadavres étripés, le nez et les paupières rougis par le nectar, les mains bleuies par le froid et le teint verdâtre.
Jaillissant de la bouche vomissante du métro Vavin, cette horde de zombies s’engouffre dans une maigre rue.

Des moustiques attirés par le sang…
Les voilà qui s’agglutinent contre la vitrine vineuse d’une discrète échoppe.
Grattant les parois, bousculant les huisseries et, quand ils ne peuvent entrer par la trop petite porte, se coupent sur le verre des carreaux cassés pour dégouliner jusque dans la pièce aux liquides.

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Toute la cour regarde, depuis le fin matin, défiler les bossus, les borgnes, les bigles, les aveugles, les manchots, les bancals, les bancroches, les boiteux, les tortus, les cagneux, les culs-de-jatte.

Image profane et grossière, une fourmilière assoiffée colonise à présent les lieux.

Cana eût sa noce, Bréa a sa Cène.

Sauf qu’ici, le Jésus, on le mange.

Et cette pesteuse masse boursouflée compte bien descendre jusqu’à l’os, du boyau de chair au boyau de verre, tous les contenus de ce refuge qu’on appelle ici-bas, la Quincave.

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Un adipeux glouton, ayant retrouvé l’usage des mots, se goinfre en jacassant telle une pie voleuse. Ses gras doigts boudineux rosis par le saucisson marquent de leurs empreintes la bouteille qu’il serre contre son sein. Dactylogramme alcoolique.

Une dodue mégère, les nichons rubiconds ne demandant plus qu’à s’évanouir hors du corsage, tète de ses grosses lèvres un melon iodé.

D’autres sirotent une « came marrante », assis sur les tonneaux ; mauve et tendre est leur peau.

Certains se rabattent sur de sûrs vices comme ces aqua vitæ alsaciennes, quilles de survie alors que leur langage se binarise.

Se risquer dans le blizzard, se marier au bizarre…

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Du Jura au Beaujolais en passant par quelques litrons de littoral, comme une montgolfière, la boutique petit à petit s’envole, allégée de toutes ces disparitions.

Quand il ne reste plus rien, que le verre pilé a transformé le sol en tapis de fakir et que la cave se trouve au niveau du ballon de météo de Paris, le calme dans le quartier enfin revient…

Un costaud sort de son camion et dépose de gros ballasts roussillonnais pour faire redescendre la grotte de vin.

Alors, semblable à des bruissements d’insectes, se font entendre dans les souterrains quelques échos et murmures annonçant de nouveau, la tempête…

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La Quincave,
17 Rue Bréa, 75006 Paris,
01 43 29 38 24

Le Pily

Si, désorienté, déconfit et affamé, vous vous égarez dans les dédales d’une cité navale.
Que votre parapluie fuit et que votre piercing en titane chic luit grâce aux éclairages publiques.
Que vos deux neuves chaussettes gonflent comme des éponges sous les trombes d’eau qui plongent.
Que de grands « flocs » rythment vos pas dans les flaques.
Suivez donc ces galets noirs qu’un gros poucet a laissés sur le trottoir, après s’être rassasié cet été.

Arrivé au 39 rue Grande Rue, faites-vous annoncer.

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Les présentations achevées, attablez-vous.
Commencez par commander un breuvage qui arrosera votre repas en grignotant quelques accras.

Voici la méthode à suivre :

Le professeur ayant je-ne-sais-quels démêlés avec la justice, une demi-bouteille est choisie.
Choit-elle à peine sur la nappe que son nom évoque ces matins difficiles où nous avons tant parlé la veille ; vieilles histoires et rengaines populaires, quand les gens normaux dorment déjà à poings fermés.

Tête d
e cru.

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« fussé-je surpris quand fuit en mon bec ce fruit mâconnais ?
Crus-je, la tête dans le jus, avoir affaire à un grand cru ? »
Ces interrogations du professeur Pinard ne m’alarment qu’au moment où je découvre les cadavres d’une demi-douzaine de ces petites mignonnettes sous la table.
Les brioches andalouses trempées dans le gaspacho transitoire le remettent sur pied.
Mais passons aux entrées…

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Je prends le tataki de bœuf ; domino de chairs formant de grassouillets matelas où des crevettes grises, lascives et décortiquées, dorment sur des oreillers en dés de gras-foie.
Fonte des grasses matières juteuses.
Pour lui, une délicieuse pyramide en taboulé de légumes avec ses câpres pris dans le blanc fromage. Sarcophage pour un saumon.
Le nez vert titille la coriandre.
Le raz-el-hanout comme fard à omble.
Réchauffement gastronomique.
Pas de résistance.

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Ripaille navale.
Engloutie dans un tourbillon de purée d’aubergines un peu has-been (pardonnez cet anglicisme), une belle dorade vaporisée louvoie entre de vieilles (et succulentes) tomates coiffées de pata-negra.
Carnaval de riottes où chaque mets s’invective de manière colorée.
En vieux loup de mer, le prof s’empiffre.

Puis, la volaille avale cette bataille.
Comme des capelines d’humus, les fines tranches de champignons couronnent les cuisses confites.
Le homard maté dans une camisole de chips, du basilic comme paravent et quelques pommes de terre en vue.
Je sauce les restes de gallinacé de mes doigts boudinés.

Le pouilly épuisé, nous cherchons un autre puits.

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Deux verres pour accompagner les pâtisseries, pas plus.
Passavant givré, sur le Layon, je danse et tangue.

Au passage, le professeur sort la tête de son assiette et zieute : « L’atmosphère est un peu froide… »
Ses gros yeux espionnent pendant qu’il biberonne son coteaux avec passion.
« Sûrement un coup des inspecteurs du Michou… » 
Il est vrai que le lieu nous paraît un tantinet flegmatique.
L’arrivée des desserts chasse ces interrogations.

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Je finis par une petite duchesse aux accents espagnols qui se pare de figues et de fraises.
Parfumée de pinot noir, crémée avec amour par de diplomatiques mains, elle vogue sur le cours ligérien sans encombre.
Plus sérieux, le financier de rhubarbe à la caboche yaourtière est littéralement aspiré par mon acolyte ânonnant de brèves onomatopées…

Quelques mignardises pour la route, histoire de braver l’automne qui commence à poindre son nez de feuilles mortes à travers les vitres.

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Le professeur et moi-même remercions chaleureusement Pierre Marion et toute l’équipe du Pily.
Nous reviendrons.

Le Pily,
39 Rue Grande Rue,
50100 Cherbourg-Octeville
02 33 10 19 29

M’acclimater

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De retour sur le terrain, minet je me sentis à côté de cet impressionnant bourguignon dont la gueule, excusez ma vulgarité, nous distilla vieilles histoires icaunaises et nouvelles ampélographiques du côté de Vincelottes.
Mais, commençons par le début.
Le restaurant « Les Climats », dont j’eus déjà le plaisir de fouler le sol et de croquer les mets, m’accueillit à nouveau en son sein.
Cette fois-ci pour un exercice original, un repas-dégustation autour d’un cépage bourguignon à la notoriété laissant le plus souvent dans la mémoire des gens, acidité venimeuse et dédain chronique.
L’aligoté.
Douze pinards passèrent sous les fanes voltigeant du pif du prof.

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Fichet au grand œnolisme, un aligoté limpide à boire lors d’apéritifs ensoleillés en tournant son verre avec assurance.
Tremper dedans quelques gougères « moutardées », le pouce et l’index comme une pince, et mâchouiller en faisant de grands bruits.
Pour les amateurs de cosmétiques, ajouter un peu de rouge à lèvres.
Pour les autres, servir sec.

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Au milieu des liquides d’introduction, un autre se tailla la pierre de la roche.
Est-ce la présence de mon voisin, sa bonhommie aidant, qui orienta mon choix ?
Ou peut-être la nostalgie… Quand j’étais marmot, lors de nos escapades en petite Renault, mes parents achetaient crèmes et onguents bulleux aux caves de Bailly-Lapierre.
Sur la pointe des pieds, je trempais au passage, grâce aux verres abandonnés ça et là, mes lèvres chastes dans une farandole de crus.
Je suis un sentimental.

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Bonite, alors, s’invita à la table dont nous avions fraîchement honoré le mobilier qui l’entourait de nos derrières enthousiastes. Laquée, la cousine du thon fondait dans la bouche. Empalée de nos fourchettes et marinée au troisième nectar marquant, un Chevalier accompli qui ne fit pas l’unanimité.
Je dois avouer que son bouquet de fruits mûrs, voire confits, le rendait un peu bedonnant…
Personnellement, n’ayant rien contre les formes, j’en repris.

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Puis vint le veau.
Extrait de son lange, le pauvre petit, fut dévorée sa longe.
Ah… ! Quand je pense à sa mère, j’avoue ne pas me sentir toujours tranquille.
Mais avec des girolles, de mignons gnocchis et de légères feuilles rubicondes, clin d’œil automnal en plein été, je me sentais vorace.
Comme dirait la loi bovin, consommez de la viande avec modération.

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Le dernier vin qui souleva en moi un élan de sympathie franc et spontané, fut ce Tilleul sous lequel mon verre se reposait à l’ombre.
Solaire, un léger bois lui donnait du grain… Juste assez, il faut dire qu’avec ce genre de cépage on arrive rapidement à des caricatures.
Les fromages s’en aspergeaient me rappelant les batailles d’eau lors de mon examen au brevet des collèges. On était bien, on ne crachait plus, « juste en n’dans » comme disent certains bourguignons. Ceux-là même dont la couleur, tirant sur le prune, m’ont initié au « chabrot » matinal… Je vous raconterais cette expérience une autre fois, la trivialité de l’affaire méritant un billet complet.

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Ah… ! Et puis il faut bien partir. Poser sa serviette sur la table, comme un chiffon que l’on agite sur le quai d’une gare et dire au revoir.

Cette dégustation, bien que je n’ai seulement cité les bouteilles les plus appréciées, aura montré que ce petit cépage peut tout à fait boxer dans la cour des grands, soutenir un repas raffiné et même se patiner avec le temps, à l’instar d’une belle paire de godasses dont on ne se lasse…

Je remercie le restaurant Les Climats pour cet accueil toujours aussi agréable.
On se sent tellement bien sous cette verrière où l’art décolle quand Julien Boscus larde les codes !
Bernadette Vizioz, le BIVB, les Vignerons avec un grand V, Frank-Emmanuel le sommelier et toutes les personnes ayant contribué à cette dégustation, sachez que je vous estime comme dirait Jean-Luc (Clin d’œil insistant).

À l’aligoté, à la voie basse de manière sobre je dirais même, arigatou gozaimazu.

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Sauvage

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Ne donnez pas à manger aux animaux.
Dans cette réserve de vins sauvages, les fiasques en liberté ronronnent à l’ombre des clayettes, s’épouillent en famille ou encore migrent tels des troupeaux enjambant la rue du cherche-midi, sans se soucier des crocodiles qui les guettent.
Crossing de choix.
Le gardien du parc n’est pas Gérard, figure slave emblématique de cette veine qui prend racine au pied des bijoux de famille d’un centaure « césarisé », mais Sébastien Leroy, réservé et naturel, dont le regard pourrait rappeler un certain Anthony Hopkins.
Visitons la tanière de cet Hannibal pinardier…

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Camouflé derrière un feuillage carné, brise-bise de saucissons, j’observe la faune.
Chasser le naturel, le pister au goulot.
Safari gastronautique.
Quelques gras « Grenache » noirs, cheptel meuglant nourri à la bouse de gnou fermentée dans des cornes de buffles, broutent placidement. D’autres solitaires « Bouschet » se font les griffes sur des fromages en guise de baobabs, attendant avec impatience l’arrivée de leurs proies. De pacifiques « Gamay », vins de prairie, se relaient pour guetter les vautours quand de grosses « Syrah » barrissent dans le cosmos.

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Soudain, le guide pose une main sur mon épaule et d’un signe m’invite à ne plus faire de bruit. Dans le silence, voilà que se dessine au loin la silhouette d’un spécimen assez rare…
Châlonnais sombre… Je vise de mon tire-bouchon la bête.
Paf ! En plein raisin.
Scalpel en main, le liège souffre et coule le jus.
Tiens, voilà du boudin.

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Après m’être délecté du sang de cet animal, offrande au lieu, je continue mon aventure machette en main. Tranchant à tour de bras les saucisses sèches pour me frayer un chemin, une étonnante surprise force le corps expéditionnaire à faire étape.
Au coeur des ténèbres.
Une Grosse Miche dodue et savoureuse étalée là.
Entrave exquise, sacre de printemps.
Comme des picadors, les autochtones tournent autour d’elle, l’achevant de leurs armes, terribles couteaux à pain.
Un étrange personnage orchestre la mise à mort de la bête.

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Se tournant vers moi, le crâne dégarni et le profil légèrement prognathe, je reconnais ce Marlon Brando des bacs à sable.
Professeur Pinard !
L’affreux m’ayant laissé depuis quelques jours, feintant une cure réparatrice dans des thermes hongrois à laquelle je ne croyais guère, s’est en fait improvisé chaman.
Ah ! Pauvre cas d’hypnose.
Peut-être sont-ce les litrons déversés comme du napalm qui ont fait de lui un meneur en ces contrées sauvages ?

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Un Grain
Devenu fou, l’amour de ses fidèles le grisant plus que le vin, peu de choix me reste.
Les quelques trophées glanés ça et là me permettent de l’appâter.
Une fois hors du champ de bataille, je lui administre un remède de zèbre.
Assaut vache, reconnais-je, les verres sauvages emmagasinés dans ce pauvre corps lui font l’effet de piment oiseaux sur un touriste cauchois.
Finalement, la couperose re-déborde et les petits vaisseaux affleurent. Le teint de notre ami retrouvé, les derniers jus le désaltèrent.
Le vague à l’âme nous gagne lorsque nous quittons ce petit pays.
Saudade

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Sauvage,
60 Rue du Cherche-Midi,
75006 Paris

06 88 88 48 23

Paris mai

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Soûl, épave, l’aviné dans la ville franchi avec peine en ce lundi 4 mai 2015 la porte de la Bellevilloise.
Petit rapporteur du genre Rintintin au pays du pinard, l’appareil au poing, un récit façon journalisme de garage, le seul bois est dans la gueule.
Brèves éthyliques.
Qui a dit que le vin naturel n’occasionnait aucunes hémicrânies pulsatiles ?
Réponse de Théophile Milan : « ce n’est pas le vin naturel qui est en cause Marius, c’est l’alcool. »
Fou que je suis, et dire que j’ignorais ceci…
Ma céphalée pour les nuls à présent comprise, la voilà qui m’accompagne tout au long de la journée. Chacun un verre à la main, on est bien.
Dégustation.

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Tonique Taras Boulba pour se mettre la bouche en jambe.
Apérobic matinal mâtiné de malt et d’amour, mes pores en tremblent.
Une tartine de bière à 4,5%, pour le petit déjeuner du professeur Pinard, sorte de Yul Brynner des crachoirs, et l’immersion dans le salon se trouve totale.
Je ne viendrais plus jamais pas rasé.
Le ton est donné.
Au suivant.

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Du champagne de Georges Laval, le bien nommé.
À grandes gorgées les cuvées s’avalent, dévalent dans l’évier que forme maintenant ce qui me sert d’habitude à communiquer, voire pire. Des vins de Cumières qui valent largement le beurre, l’argent du beurre et le… Euh, reprenons. Foulés par les pieds de jeunes champenoises en petite tenue (information glanée ça et là au détour de quelques bulles), le rosé, de la couleur d’une délicieuse peau un peu frottée, sent le doux mollet fraichement découvert, comme une invitation à la caresse. Celui que l’on croque à pleines dents en bavant tout en dissertant sur… Hum… Ça commence à sentir le hors-sujet, passons.

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À ce stade de la progression saloonesque, la concentration vacille.
Auriez-vous l’esprit ailleurs cher professeur ?
S&X, des grenaches noirs bien mûrs, une vendange sur-maturée, un écoulage en barrique…
Mais est-ce pour autant que cette cuvée tannique est amère ? Non, bien évidemment.
Une MILF amatrice de pif, qui courait entre les cierges, m’a même confiée qu’elle donnait une deuxième vie à ces bouteilles, la douce mélopée de Mélanie m’envahie.
Brassens n’est jamais bien loin.
À boire à la bougie dans une ambiance boudoir, style Donatien Alphonse François.

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Mais peut-on évoquer tout cela sans parler de vit, euh, de Vie ?
Le fruit est aqueux mais la matière est là, un accord spongieux ? Un gâteau au yaourt.
Il m’est arrivé de rencontrer des ex-soixante-huitards, légèrement mystiques, qui buvaient ces bouteilles de manière très personnelle.
Il masse « hot » ce vin, confiait une très ancienne amie qui tient un petit salon de bien-être dans le coin de Belleville où j’ai mes habitudes, à mes esgourdes imberbes mais attentives.
Ne passez pas à côté de votre Vie.

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El Bandito.
On attend là un jeux de mots à donner quelques maux surtout après ce road-trip porn-wine outrancier.
Que nenni ! Tournant radical, la deuxième partie, la digestion aidant, n’est plus sous le signe « dépravé ».
Sous les pavés, la vigne.
Voyageons tel des pigeons parisiens.
El Bandito, macération pelliculaire à faire frémir les plus talentueux vendeurs de shampooings.
Sur les Chenins africains, des blancs métisses, vous avez dit bizarre ?
Pour les amateurs de reflets verts, peut-être.
Méditons sur cette phrase :
La bouteille donne la même couleur aux gens (Laurent Bouzy).

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Aparté à l’heure du vin.
Pendant ce temps, un étrange personnage, Ze son of ze pritcheur wine, harangue la foule.
Non, pas monsieur Bongiraud, bourguignon serbe et apothicaire talentueux que l’on aperçoit au premier plan dans sa belle chemisette rosé de saignée en train d’imiter Fabrice Lucchini lors de ces lectures de Céline.
Au passage, sous les yeux de sa femme, monsieur se permettait de vendre ses vins à de débutantes œnologues sans aucuns Screwpull (blague en forme de queue de cochon).
Non je vous parle du BOSS de la rée-soi, Antonin Iommi-Amunategui.
Blogueur pénitent et dégustateur vertébré, un mec qui trempe ses bras dans le jus.

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Tout ce beau monde naturel ne serait pas ici sans lui et je me dois de lui tirer mon bouchon en forme de chapeau de liège pour cette remarquable prestation, Quel talent ! Amenez moi le cirage s’il vous plaît.
Son âme habite le salon, il suffit de voir les bruyantes olas qui lui sont dédiées à chacun de ses passages pour s’en rendre compte.

Si vous êtes arrivé(e)s jusqu’ici, permettez moi de vous offrir un amuse-bulle, ça fait mousser.

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La bouche lavée, ragaillardi, je plonge dans la foule tel un jean-marc Barr dans le petit bleu.
Mon museau s’arrête quand je tombe nez à nez avec un fabriquant de potion magique d’obédience « METAAAALLL » ! Moi qui n’écoute en boucle que l’invention N°4 de Johann Sebastian Bach interprétée par Glenn Gould, le choc est titanesque.
La Bòria, à boire en tenant le verre avec l’index et l’auriculaire comme sur la photo ci-dessous.
Imaginez le verre…

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Après moult discussions sur l’héritage des Bettencourt et la place du petit pois dans la grande cuisine, un hug chaleureux en signe de « au revoir » me rend à mon statut d’orphelin des allées.
À nouveau seul, j’erre.
Mon regard se pose sur une jolie quille qui se prélasse dans un bain de glaçon, le goulot à l’air.
Je lui fais du gringue.

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Bébé boit mes paroles.
L’heure de l’apéro s’approche…
Le bus 96 en verlan, sorte de carton à bouteille géant, s’apprête à ramener ma bouille teigne dans mes appartements.
Un p’tit coup d’Perraud ?

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Enfin, il faut bien finir.
Comment cela se peut-il, m’interrogé-je…
Je ne pourrais pas goûter à tous ces vins en une seule journée ?
La petite chaise vert-pomme où je méditai sous le soleil de midi va rester orpheline de mes fesses pour au moins une année ?
Le parquet qui grince sous les pas de mes modèles R.Dumas que j’arrose abondamment – le vin naturel est excellent pour le cuir – couinera-t’il encore ?
Les journalistes de la RVF, embusqués de toute part, resteront-ils immortalisés dans les pellicules numériques de mon reflex ?
En attendant, vive le vin divers !

Les grilles se referment, il est temps d’ouvrir les vins.
Mai, mai, mai, Paris, mai, mai, mai, mai, Pariiiiiiiis.

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Vivre livre

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À défaut d’avoir été un couillon puéril, ce dimanche ligérien me vit en sot mûr.
Retour en arrière, sur les pavés, des pages. Un salon ivre où ma peau lardée de soleil réclame aujourd’hui des attentions nouvelles, crèmes et onguents sur le derme rubicond.

Journal de bord :
Après avoir embarqué en gare Montparnasse dans le train numéro 8471 vers les 8h22, je me retrouve à la place numéro 16 en face de la délicieuse et bavarde Anne-Marie Wimmer accompagnée de ce cher Alexandre Zahnbrecher avec qui nous dissertons sur l’Alsace, De Vinci et les furets abandonnés.
À 8h46 notre train se meut tel un gros serpent vers l’ouest, Paris n’est plus qu’un souvenir.
Au niveau du château de Chamerolles et de son fameux concours de trompe, le rythme de la conversation s’accélère. Vient alors sur le tapis de la voiture 17 l’histoire de la secrétaire de Jean Moulin, Laure Diebold-Mutschler, racontée avec panache par notre captivante strasbourgeoise.
Arrivé à Saint-Pierre-des-Corps, nous apprenons qu’un petit encas sera servi en car, décor de colo pour alcoolos lettrés.
Je roupille un peu.
Le château de Saumur se dresse enfin devant moi et une promenade maritime avant de rejoindre les écuries du Cadre Noir nous emmène sur la Loire.
On y déguste quelques crémants…
Le grammage est léger.

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Une fanfare de gentilles personnes accueille à coup de coulisses et autres vents le paisible troupeau.
On assiste à une scène croustillante où Gonzague de Sauvignon de Saint-Bris agite son caleçon de bain comme un lanceur de lasso et arrose généreusement notre notoire présentatrice aimée de tous. Il vient d’infuser dans le fleuve et, généreux, nous en fait profiter. Une façon cavalière d’hydrater l’assemblée.
Un fou-rire m’empêche de mitrailler la scène, vous n’aurez le droit qu’à Françoise se grattant le pif.
Ah ! Les prunes comptent pas pour des burnes.

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Au loin se dessine à la craie micacée à grain fin un cadre doré ; les écuries.
Je me prends un instant pour un cheval, comment ne pas être ému dans ces conditions ?
Un visage familier et prometteur, une moue accentuée par le mordillement satisfait d’un cure-ratiche, voilà mon cher Gautier Battistella. À jeun, ce promeneur, dans le chant de marche que nous servent les cuivres, m’attend le bidon gargouillant. D’ici une petite heure il recevra le prix Jean-Claude Brialy.
Vous reprendrez bien des escargots ? Saumur en était garni…
On remarquera que Gonzague est sec alors que PPDA s’est encore échappé du musée Grévin.
Ah ! Le soleil angevin.
Le grammage monte.

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La tablée rit.
Rite des journées du livre et du vin, une tripotée de mollusques bivalves bavent dans un dodu plat.
Et ça fait des grands slurps…
De terrines en asperges, je découvre moult accointances avec mon voisin de tribord, à commencer par sa crinière toute aussi flamboyante que la mienne.
Mais aussi son goût prononcé pour le jus de tuffeau d’un vieux Chenin dont j’ai, ah ! horreur impardonnable, oublié le nom… nous lie à jamais pour la journée.
Philippe Di Folco, voilà son blase.
Napolitain cristolien et hédoniste convaincu venu signer des autographes criminels aux angevines qui bouquinent.

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Sandra Reinflet nous parle de ses hommes et de Prévert en décimant minutieusement une famille entière d’huîtres… Quelle avanie, et Françoise ? Elle a disparue.
Quand, soudain, comme monté sur des bottes de sept lieues, hirsute et vraisemblablement bougon ; Gérard.
Il s’assied, enfile la joue de boeuf mijotée, le gratin dauphinois et boit du vin pour faire couler.
En vingt minutes c’est plié, il est déjà reparti… Et moi qui voulait trinquer avec lui.
Il faut dire qu’une cohorte d’appareils photos bien plus gros que le mien ne laisse aucune place pour l’aborder. Le seul cliché que j’ai de lui, c’est le dos de papas rassis qui voulaient à coup sûr prendre son cap, que dis-je, sa péninsule en macro…

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La suivante vient d’un autre mec.
Plus protocolaire mais le sujet est mieux cadré, il faut le reconnaître.
On voit bien que Saint-Nectaire, derrière, se met sur la pointe des pieds.
« Gonzague, tu te prends pour Balzac ! » hurle notre baryton indrien.
Après d’autres compliments plus développés sur le style de notre amateur d’ablutions fluviales au patronyme canonique, voilà maintenant Gargantua qui livre à la ville enivrée en guise de conclusion ces mots doux :
« Buvez et bourrez-vous la gueule ! »
Superbe.

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Revenons à nos moutons, en attendant un moment plus propice à lever le coude avec Gégé, je vais me balader dans un Saumur aux allures estivales. Un vieux papy sur un banc qui regarde les gens déambuler dans sa ville me conseille le chapeau, j’aurais dû l’écouter.
Non loin de la manifestation littéraire se tient une différente assemblée.
Plutôt paisible si ce n’est qu’ils écoutent une musique répétitive dans leurs engins, vitres fermées et caisson de basse exploité à son maximum.
Utilisant les mêmes sens que nos chers lecteurs, ils rougissent devant des véhicules rutilants aux couleurs chamarrées qui ressemblent à des skis neufs. Les textes sur les ailes ou les vitres sont d’un genre pamphlétaire.

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Nouvelle excursion près de la fanfare. Dans l’enceinte de la mairie nos joyeux drilles s’époumonent encore. Des heures qu’ils jouent sous le cagnard et aucun signe de fatigue n’est décelable.
Ce sont de futurs médecins, habitués à des terribles orgies arrosées de mauvais whisky et de véritable coca-cola, voici certainement l’explication à cette endurance olympique.
Je leur tire donc mon chapeau imaginaire.
Plus tard, vous me soignerez petits troubadours.

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Puis, passant sous le porche de la mairie, je tourne à gauche et m’engage dans l’escalier protégé par un physionomiste moustachu fort sympathique et lourdement armé. Après mon vingt-deuxième passage, il se rappelle enfin de moi, quel chic type !
Au beau milieu du salon VIP trône une petite fée à robinette extrêmement dangereuse lors de ce genre de manifestation. Je renifle l’affaire histoire d’honorer le sage amnésique l’ayant oubliée là.
« Rien à inhaler monsieur l’agent ? » Demande une personne ( bien trop connue pour que je prenne le risque de la citer ) à notre maton mateur. Rires bruyants qui ricochent sur le parquet et sur les tableaux représentant des vèneries princières. Travesti en professeur Pinard, j’en profite pour m’enfuir.

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Comme une journée passe vite…
Et ce bleu bus qui galope vers Angers, nous comme des petits tonneaux brinquebalés à l’intérieur, passent les vignes en revue dehors et le soleil s’éteint doucement. Le train résonne des histoires d’une incroyable drôlerie du professeur Pinard, peinard dans son siège. Un peu de Quincy jaune en son verre, dixit le napolitain grand imitateur de Marielle devant l’éternel, lui rafraîchit la glotte.
Une visite des compartiments voisins permet, pour finir, d’apprécier l’ancien mobilier de la SNCF.
Une datation au carbone 14 révèle le millésime, 1969.
Arrivée à Montparnasse, 22h et pas mal de brouettes.
Je remonte avec le professeur Pinard la rue de Rennes, il est intenable.
Obligé de lui enlever ses chaussures, il se réveillera tout habillé.
Qui boit du mur-sau ne vit ni ne meurt sot ( MC Solaar ).

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Merci à Corinne GIESSINGER et Jean-Maurice Belayche d’organiser cet incroyable évènement, vive le livre et vive le vin.