La malle aux épices

Auderville, Goury, le bout du monde…

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Il est des endroits où l’on ne débarque pas par hasard, des culs-de-sacs, des voies sans issues, des impasses où vous n’auriez même pas l’idée d’aller passer vos vacances. Ajoutez l’usine de retraitement de la Hague pas loin et cet endroit devient une zone contaminée où il ne fait vraiment pas bon d’y trainer les pieds…
Et pourtant, il serait bien bête de ne pas s’y attarder un peu, la côte déchirée par les vents et la mer toujours en mouvement inventent des paysages rarement idiots à apprécier aux gentils spectateurs que nous sommes.L1080110

A part l’herbe, la pierre et les vaches rien ne pousse ici.
Et puis une adresse qui ne paye pas de mine au premier abord…
La malle aux épices.

Bar, tabac, papeterie, restaurant, on s’imagine à première vue qu’il vont nous servir des vieilles crêpes aux champignons avec une béchamel industrielle, accompagnées de quelques pauvres feuilles de salades oxydées… Et bien non, après avoir pénétré dans le restaurant, on nous emmène dans une petite salle où de gros canapés et fauteuils attendent sagement de recevoir l’empreinte de nos merveilleuses fesses.
L1080113Un menu découverte, quelques plats à la carte, une cuisine bariolée fortement influencée par l’Asie, on y mange très bien et ce n’est pas étonnant, le chef, Christophe Barjettas est passé chez les plus grands avant d’échouer ici.

Son look de corsaire, derrière ses fourneaux, à deux pas du chemin des douaniers battu L1080119par les vents, liaison parfaite entre sa cuisine et le paysage « Aurevillyen », la précision de ces assiettes composées, la simplicité du cadre et du service, ont fait de cet endroit un véritable refuge pour tous les mammifères qui, après une longue promenade sur le littoral hostile, après s’être fait fouetter par les embruns glacés, après avoir remarqué qu’une collection incroyable de coquillages s’était retrouvée dans leurs caleçons,L1080120 après encore tellement d’aventures délicieuses et passionnantes ont besoin de se réchauffer l’estomac, d’engloutir tels des razs toutes sortes de petites embarcations gastronomiques, de se gargariser de tempuras « wazabités », de s’épuiser à manger.

RGO assurés pour les sensibles estomacs… oui, mais dans la vie il faut prendre des risques, surtout que le patron affectionne la canne à sucre distillée, ti’punch à l’apéro ou rhum arrangé, quelques cocktails maisons pour se mettre en situation.L1080123Il y a un seul hic et cela ne me plaît pas de le dire tant j’aime passer du temps dans cet établissement, mais la carte des vins n’est pas à la hauteur des plats, quelques références plus adéquates seraient les bienvenues, des vins avec plus de mordant, quelques alsaciens, jurassiens ou autres références soigneusement choisies en fonction des plats rendraient cette étape encore plus délicieuse…

La malle aux épices, 71 Rue de l’ Eglise, 50440 Auderville, 02 33 52 77 44

Couleur café

Café sud, quand un patron jongle entre deux pianos…

Quelques livres trônent ça et la sur des étagères, la salle est pleine et au milieu, un piano. Un trio incroyable se met à nous jouer des standards de jazz, le batteur, un certain Victor Rebibo, doté d’une terrifiante technique prend les choses en main et nous dispense un spectacle brut et obsédant. Il est maintenant seul, percute tout ce qui passe à sa portée, passe de table en table, trinquant les verres, testant la solidité des murs, grattant les semelles des clients avec une virtuosité époustouflante, il finit par épouser le sol avec ses baguettes, court jusqu’à sa batterie, fait un petit signe au saxophone de Dobia Yombo et au piano de Michael Grossman et le concert reprend devant une salle béate…

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Voilà pour l’ambiance, à présent l’entrée que nous n’attendions plus, le resto était tellement bondé que je me permets de balancer ce petit pic, l’entrée donc, nous arrive en pleine poire, ciselée, délicate et terriblement appétissante qu’elle ne pourra converser avec notre belle tablée que quelques instants… pour ma part, un ballet de petits artichauts  gambadant dans la salade, lustrés, rondouillets et prêts à être exterminés sans broncher, un vrai petit plat kamikaze !

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Le patron s’installe devant le piano et fait le boeuf pendant qu’en cuisine on prépare le notre… Jean-Luc Younès, voilà comment se prénomme notre hôte, se met à nous jouer quelques mesures composées, des morceaux de Dave Brubeck qu’il taille sous ses doigts comme un chef, un entre plat en quelque sorte, on boit sa musique en se rinçant le gosier à coup de St Julien, le second de chez Gruaud Larose, un poil jeune à mon goût mais particulièrement en accord avec ce filet qui arrive maintenant devant moi, saignant, fumé au copeaux de bois aromatiques. Je revis des moments que j’aime, l’âtre d’une cheminée, la douceur d’une chair tendre, ce plat est un vrai voyage nostalgique, il se mange trop vite et c’est bien son problème !

 

Le dessert reste dans le ton, un duo de crèmes brulées, il ne manque vraiment qu’une seule chose à ce restaurant, c’est une cheminée !Attachment-1

Pour conclure, on nous sert un vieux margaux, château Lascombes 1981, le bouquet est légèrement fâné, en bouche des notes de safrans me titillent le palais… j’aime ce vieux bordeaux.

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Café sud, 12 rue de Castellane, 75008 Paris, à deux pas de la madeleine…

On a redéshabillé la marquise

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Une nouvelle fois, cette chère marquise… accompagnée de sa petite soeur délicatement vêtue de sopressa, saucisson vénitien aillé…

 

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La famille apprécie la jarretelle, nous aussi !

 

Et puis… une entrée, trittico di saor…

Filet de sole, langoustine et sardine « in saor » de vinaigre blanc, légumes et oignons marinés, quelques cédrats confis, délicieux…

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Et le vin dans tout ça, un blanc… eh bien non un rouge, vénitien lui aussi, enfin au nord de Trévise, pas loin…

Azienda agricola cecchetto gorgio, raboso piave, qui est aussi le nom du cépage du coin, 2006, une bonne nervosité, un bouquet nous rappelant le sud, la garrigue, quelques notes balsamiques, bref tout ce petit monde s’accordait à merveille.

 

Un plat, risotto castraure,

Risotto Vialone nano ( le seul riz possédant le label européen IGP, produit en Italie) « delle antiche riserie Abbadesse » à une cinquantaine de km à l’ouest de Venise…

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Accompagné des rares artichauts « castraure » et de homard… pour les gros mangeurs, je n’ai pas pu le finir !

 

 

 

 

 

Un dessert et un très bon petit liquoreux du même producteur que la bouteille précédente, un liquoreux rouge issu de raisins passerillés…

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Massimo Mori avec sa verve et son enthousiasme nous reçoit toujours aussi bien, on passe une soirée excellente en dégustant des produits exceptionnels, merci à lui et à toute son équipe!

Tout va très bien, madame la Marquise

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La marquise Pallavicina, encore de cochon vêtue, mais nous parlerons d’elle un peu plus tard…

Un verre…

Une robe étincellante, un rouge profond, des reflets rubis invitent l’appendice nasal à se pencher de plus près pour en examiner les fragrances…

Hum, un nez sur la pâtisserie du genre « tarte à la fraise », des notes torréfiées, un peu café mais sans excès, puis des parfums rappelant le cassis apparaissent, sûrement la forte proportion de Cabernet Sauvignon ( à peu près deux tiers)

IMG_0711D’autres de cerises, de prunes soutenus par quelques notes fraiches de violettes, le Sangiovese se fait une place ( l’autre tiers)

Le quatrième tiers ( merci César ) est parait-il une toute petite proportion de merlot mais le domaine ne le mentionne pas…

En bouche on retrouve tout ce petit monde accompagné d’une matière soyeuse et délicate, c’est bon, c’est à boire, c’est le Difese millésime 2009, la « défense » en italien, peut être un hommage au foot, va savoir.

Pour le situer, c’est le 3ème petit frère de Sassicaia, un nom mythique.

Elaboré par le domaine du marquis Incisa Della Rocheta, Tenuta san guido, eh oui!IMG_0718

Une écurie à super Toscans, évidemment ça ne plaira pas à tout le monde…

Un reproche? Le barolo suivant lui a mis une raclée…IMG_0717

 

Voulez-vous danser Marquise, voulez-vous danser le menuet…

Un lieu…

Le Mori Venice Bar, place de la Bourse où la vie s’arrête un instant, nous laissant rêveur dans une atmosphère feutrée, déshabillant une marquise qui contrairement à une certaine « star » n’expose pas sa robe dans un musée mais dans nos palais…

Faite de fines tranches de jambon cru de petits cochons noirs importé directement, comme la majorité des produits ici, par Monsieur Massimo Mori, on se régale à picorer et à savourer l’onctuosité de cette charcuterie traditionnelle chic.IMG_0724

Au départ nous étions là pour boire un verre…

Et puis, finalement, quelques pâtes sont venues jusqu’à nous.

Tajarin, c’est leur nom, comme des tagliatelles raffinées et fondantes, originaire des Langhe.

Agrémentées de calamaretti ( petits calamars qui, un jour domineront le monde ) et d’une sorte d’endive douce et amère dont j’ai malheureusement oublié le nom…

Délicieux moment…

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Encore plus délicieux d’ailleurs quand le brunate 2008, de chez Batasiolo, jeune Barolo fringuant, au nez de zan et de belles notes végétales un peu mentholées nous fût présenté par monsieur Mori, dispensant pour l’occasion un cours magistral sur le piémont et ses vins…
A la votre!