Ceint d’amour

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Cher Gustave,

Sache que je m’adresse à toi car je sais que tu diras aux autres combien je les estime, même le gros.

Est-ce d’ailleurs ton côté breton et donc, sûrement marin, qui t’a projeté l’autre soir en véritable figure de proue, essuyant les avis de chacun ?

De cette blonde velue de poils vêtue qui imprimait sur son verre l’empreinte de ses lèvres en tempêtant que ça manquait d’effets spéciaux et de boules de feu à ce vieux monsieur dont la peau traduisait une véritable passion pour les rayons UV trouvant que « le belge était moins drôle que d’habitude », en passant par les yeux de biche de cette jeune demoiselle visiblement amusée qui se plissaient et habillaient son visage d’une tendresse qui, pour toi mon cher Gustave, témoignait un amour secret – te demandant d’ailleurs tout en rougissant si « c’était son vrai zizi qui dépassait de son slip » – Ah ! je me doute que toutes ces pertinentes questions durent te fatiguer à la longue.

Mais mon cher, c’est la rançon de la gloire comme disait l’autre…

D’ailleurs, tu ne t’en es pas plaint à une seule seconde.

©RogerArpajou
©RogerArpajou

Le fessard confortablement massé dans les fauteuil du club 13, dont un seul d’entre eux peut rivaliser avec la taille de mon appartement, quelques notes de Tellier nous décrassèrent les oreilles en nous plongeant dans le salon de l’agriculture où deux bouseux se bourraient la gueule, Cène pathétique.

Buvez, ceci est mon stand.

Saint-Amour n’est pas un film sur le Beaujolais ni sur le vin en général, Saint-Amour est un film du cru.
Benoît Poelvoorde est impeccable dans son rôle d’agriculteur alcoolique dépressif et son père, Gérard Depardieu, dont les cheveux rivalisent ici avec les plus belles moumoutes de la rue des Dames, bon comme un gros charolais.

Une sorte de « Bonheur est dans le pré » en plus sombre, plus crade, plus vineux…

Comme un joli petit miroir tendu devant nos faces verdâtres et stressées, on se balade dans une France grisonnante et pluvieuse jusqu’à ce que les pinards bus nous écœurent.
Ne vous attendez pas à de délicates dégustations dans des caves propres comme des trous de hobbits mais plutôt à des beuveries aux réveils douloureux les yeux en trous de …

La fin m’a laissé sur la mienne, j’aurais aimé plus qu’une chute, un effondrement total mais en ces temps troublés peut-être est-ce mieux de se raccrocher à quelques douces rêveries…

Nous sommes tous des culs terreux.

©RogerArpajou
©RogerArpajou

Pour conclure en beauté, le générique agissant comme du sel sur nos papilles, un bataillon de vignerons nous attendait dans un coin du club, magnum à la main.

Cernés avant l’heure, pas moins de douze crus cupidonesques aéraient leurs aisselles sur les tables.

Mon professeur que je n’avais pas vu de la soirée surgit de derrière l’un d’eux, le tricot de peau du film tel un turban sur le crâne et le pif comme un gros cœur de Neufchâtel qu’on aurait trempé dans un crachoir.
« J’ai bu le film jusqu’à la fin » m’expliqua-t’il, sourire en coin, la voix en proie à la mue.

Ah, que nous fûmes ceint d’amour pendant ces quelques heures !

Merci chère Corinne Koszczanski, le Cru Saint-AmourLe Pacte et mon cher cousin (grand compositeur bipède devant l’éternel) pour cette soirée pré-valentine où tous les vins coulaient, où tous les cœurs s’ouvraient tel un grand festin.

©RogerArpajou
©RogerArpajou

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