Éthique quête

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Mais que fait donc monsieur Pinard… panne de stylos, doigts gonflés par la pression atmosphérique, cocotiers et vacances ?
Épluchons cette lettre reçue la semaine dernière, dont le papier reniflait l’iode et le citron :

« Nantes, un certain mois, un certain jour…

Il ne me tarde pas de retrouver ma vie d’avant, je me sens comme un moût tardif, j’infuse les pieds dans l’eau, et je regarde passer les bateaux.
Les rues de Nantes dont les façades me saluent, m’amènent à rêvasser. De l’Erdre à la Loire, l’air de rien, un vent printanier souffle sur mon melon qui mûrit doucement au soleil marin.
Je chevauche un éléphant dont la trompe arrose de Muscadet la foule. Emportés par cette houle, les enfants ouvrent grand la bouche et rient, en se désaltérant de ce safari urbain.

Ici, les gens savent vivre.

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Et puis, alors que les embarcations se prennent pour des vapürs et Nantes, pour Istanbul, je file à l’ombre des colombages, au loin, la montagne de tuffeaux qui s’élève ressemble à une cathédrale.
Le bout de ses pieds déroule quelques tapis pavés, se scinde en artères et tombe en cascade sur la vieille ville… une coulée de macadam.
Là,  quand le courant charrie mon corps et ne le ménage guère, je m’agrippe à une grosse bouteille qui surgit d’une étrange devanture…

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Après un bouche à bouche avec celle-ci, l’eau m’ayant quelque peu évanoui, je me retrouve dans une pièce à l’aspect sacré. Tintent de partout ses congénères, carillon de printemps, je me laisse bercer par cette mélodie. Vive mélodie d’ailleurs, rythmée par les bouchons qui sautent, je surfe sur le sillon de Bretagne à chaque gorgée.
Chant de sirènes, elles défilent sous mes bras, dociles.

Mais à qui appartiennent-elles ?

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C’est alors qu’entre avec fracas dans ce boudoir douillet, un personnage à la gueule aussi grande que la mienne. Il me tire de ce moment onirique en m’invectivant, m’attrape par le col et me traine à travers la pièce.

Il va falloir payer.

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Il est assez vrai que gît une trentaine de cadavres, je suis gourmand, c’est un défaut.
Je dois à présent passer la toile, le magasin, un champ de bouteilles, et mon hôte, rouge, un chant de bataille.
Mais l’animal se veut aussi bonhomme et, me prenant en pitié, m’aide finalement à ramasser les bris au fur et à mesure jusqu’à ce « pop » familier qui, me retournant ému, dévoile toute l’hospitalité nantaise.

Les bulles roulent dans nos discussions, et les étagères se vident.

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Devenus compères, on se charge de l’inventaire, goûtant ça et là les produits, histoire de voir si tout mérite d’être vendu.
Venus de part et d’autre des vignobles, à chaque flacon ouvert on se prête à voyager, tantôt le maquis, la mer turquoise et les pins parasols, tantôt le granit, l’océan atlantique et les tendres petites huîtres.
Il se peut que l’on s’arrête sur d’anciens millésimes, vieux grimoires où chaque page tournée nous rappelle l’importance de savoir attendre, une histoire se doit d’être lue au bon moment.

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Je resterai bien ici, le temps passe doucement et la vie s’écoule tel un petit ruisseau à la campagne.
Mais je dois m’en aller…
Mon cher Renaud, laisse-moi te saluer et te remercier, tiens bon la barre, ta Contre-Étiquette, éthique quête, peut se vanter de ne pas faire de concession dans ce monde de parements.
Continue à parler du vin comme tu le fais, dessine tes mots, et parcoure encore et encore le corps de ces brûlantes quilles.
Salue Amandine et tes potes, garde-moi aussi de ton vin, il m’a laissé un souvenir touchant, un secret partagé vaut tous les grands vins du monde.
Et puis, salue aussi en amont, en l’hameau de Chantenay, l’âme haute et bienveillante de mes cousin(e)s nantais(e)s, qui ont hébergé l’affreux personnage que je suis.
Affectueusement,
Marius. »

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