Fond de teint

IMG_2922
Pour les vendredis pinardesques de ce mois-ci, monsieur André Fuster, propose que l’on croque un pif qui nous ressemble.
Ai-je la gueule d’un vin ?
Peut-être.
Surtout quand les beaux jours approchent et que mon teint se fend du tien, ô toi homme hâlé à qui, l’hiver, j’aimerais ressembler.
Quand mes lèvres s’assèchent et ne me reste de l’été qu’un gros nez rouge en guise de bronzage, le vin comme seul soleil…

J’ai la gueule au vin, au bon, depuis toujours ou presque.
Mais pas n’importe laquelle.
Celle de bois, souvent, contrairement aux vins que je bois.
Celle, commode, à la moue meuble, laissant sur elle flotter diverses expressions quand je déguste du nouveau.
Celle de tiroir, de temps en temps fermée à clefs, à double tour mais le plus souvent bien ouverte, offerte aux calembours et aux camemberts aussi.
Alors ce vin au nom évocateur, dont le léger élevage fait penser à ces secrets enfouis au fond de la table de nuit, à ces lettres décachetées qu’une fois et dont on se rappelle tous les mots, ce vin, dis-je, errant dans ma chambre en parlant tout haut, me ressemble.

IMG_2928
Range ta chambre ma gueule.
Je me rappelle d’une anecdote quand petit, mon grand frère et moi, archéologues en culotte courte, nous organisions fouilles et excavations dans la grande maison burgonde familiale.
Lui, avait trouvé sans me consulter une pièce de choix dans un recoin reculé.
Rentrés dans notre Rotomagus natal, il avait pris soin de planquer sa découverte dans son tiroir à double fond…
Curieux que j’étais, j’attendis patiemment que certaines sollicitations extérieures l’emmenèrent hors du berceau indigène.
Il ne me fallut pas longtemps pour commettre mon larcin.
Déchirant avec hâte le papier journal vieilli qui servait de sarcophage au trésor fraternel, un cri de joie non retenu fit résonner la pièce qui me servait de chambre.
Un flingue !
Un vrai, lourd et rutilant.
Ce fut à mon tour de le dissimuler sous mes cahiers, au fond de mon tiroir, après avoir pris soin de loger quelques obus dans le compost naissant, pas loin du vieux pommier…

Ma mère, interpelée par les excitations de mon frère qui cherchait quelque chose dont il ne pouvait parler et moi, les muscles zygomatiques contractés à force de retenir mes récentes prouesses, ne tarda pas à endosser le rôle de limier.
Rentrant quelques temps plus tard d’Allemagne, où j’étais allé saluer avec toute ma classe mon correspondant mangeur de « blaque vourste », une bonne raclée m’attendait à la maison.
Ma pauvre maman s’en voulut par la suite : elle avait oublié d’enlever ses bagues.

Tiens, mais ne serais-je pas un peu hors-sujet ?

IMG_2922

Laisser un commentaire