Fruits de mère

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Suis-je le fruit de ma mère ?
Si j’écris ça et qu’elle le lit, pas sûr que la mère hic.
Un fruit amer comme la beauté sur les genoux d’une saison en enfer, serait-ce un poil prétentieux ?
Un fruit de mer comme le homard, noble met de mer, où quand trop de mémères maquillées mangent mal ces mols morceaux issus de multes mues, et moi faisant la moue à défaut d’autres manies, maugréant en mastiquant à côté de ces gens qui n’y voient que manière ?
Non, le homard est une fête et, malgré l’enthousiasme de certains au vu de son prix actuel et le cuisinant bêtement, il faut lui rendre hommage et le préparer avec soin.
Que la bête meure.

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Pauvre crustacé, dans le bouillon de l’enfer, écartant ses petites pattes pour ne pas plonger dans la fournaise, une sorte d’Haroun Tazieff éphémère, il n’aura vu qu’une fois son premier volcan.
Mais, en tant qu’être, que bête se nourrissant d’autres, devons-nous céder à la pitié ?
Le débat reste ouvert et la nature cruelle, malheureusement pour ce petit bleu, je n’ai pas encore réfléchi à tout ça et le beurre frétillant dans la poêle, prêt à accueillir son hôte, fait que je reporterai à plus tard ces questionnements et je croquerai dans la chair chérie de ce cher « crabidé ».

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Il avait pourtant levé les pinces au ciel, animiste qu’il était, priant je ne sais quel dieu, peut-être invoquant Poséïdon, le roi poisson de lui venir en aide.
La mer monte, c’est à peu près sûr, mais pas encore assez pour que les gens s’en soucient, ni ne sourcillent d’un oeil, tout ceci reste encore un débat mondain pour passer pour sensible en société, enfin, veut-on nous faire croire.
La cuisine de ma mère, quand elle cuisine la mer, je fais partie des enfultes qui jurent encore par celle-ci. Latin, peut-être trop…
Il n’empêche que tout le monde n’a pas la chance de goûter encore à la vraie gastronomie.
M’égaré-je ? Point ! Tout ceci est extrêmement millimétré !

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D’aucuns préconiseraient le blanc, d’autres les bulles et ils auraient raison.
Parfaite harmonie d’un bon bourgogne, fin champagne ou grands autres blancs d’ailleurs, gras et structurés pour envelopper comme un cadeau les morceaux juteux et fondants de notre crustacé. Mais ils oublieraient la fantaisie, les chemins non-balisés, les moments d’égarement qui ont créé la cuisine française !
Quand sur une erreur naît un mythe…
Evidemment, ce n’est pas tout à fait le cas ici.
Mais, cuisine de la mer pour la cuisine de ma mère, un rouge un peu svelte et sans prétention se tailla la part du décapode.

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Le ballon rouge était fermé, j’ai donc chiné ce chinon dans un Cherbourg un peu désert et, ma foi, je fus agréablement surpris de découvrir ce jus de tuffeau non loin de l’Arsenal.
Evidemment, de tanins il n’en avait point et c’est aussi pour cela que l’alliance fut bonne.
C’est aussi peut-être grâce à la Loire et ses anciennes accointances avec l’Océan.
C’est finalement parce qu’à l’aveugle on ne pense plus chromatique et que les sens acceptent bien d’autres associations.
Comme quoi, il n’y pas vraiment de code et l’on peut aisément sauter des barrières, même de corail, en accordant sans broncher un nez de terre aux vents marins.
Pour finir, je citerai un grand môssieur ayant une gueule aussi grande que son appétit : « Quand on mange sain, sans produits chimiques, il n’y a jamais de contre-indications ».

2 opinions sur “Fruits de mère

  1. Quelle délicieuse chances que d’avoir des amis pareils !
    Ces mets délicats ont fait frétiller mes papilles !
    Merci encore Professeur Pinard (et à sa maman qui a loupé sa carrière de cuisinière) !

  2. Un article qui met l’eau à la bouche et qui nous donne le sourire! Le ton y est, les bonnes choses aussi. Tout est dit, nous n’avons plus qu’à tenter de reproduire cette magnifique recette… On vous en dira des nouvelles, comptez sur nous 😉

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