Goncourt-Ternes, Paris guest

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Quand me mordillant les cuisses tout en balbutiant quelques phrases inaudibles, mon cher professeur Pinard faisait tout pour que je lui prête attention, je regardais de mon côté le plan de métro parisien tel un touriste en short, chaussettes et chaussures de randonnée aux pieds.

Ah ! Que pourrais-je bien faire ce soir me dis-je ?

J’avais l’impression d’être un de ces oiseaux d’Apollinaire, ne possédant qu’une aile et devant fusionner avec un autre pour espérer décoller du sol, planer candidement au-dessus de toute cette fange.
Mon professeur, lui, dépourvu d’aile, rampait à terre en haletant.
La soif le rendait grognon.

C’est alors qu’un tintement de verre fit que sa truffe se dressa en l’air et s’aidant de ses quatre pattes, le voilà qui partit vers ces rassurantes mélopées comme un chien pour un bâton.
L’oasis accueillait un gallinacé beaujolais.

Le professeur aboyait.

Il priait Goncourt.

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Une fois dans la basse-cour, je le voyais renard, courant après des poules à tête de liège.
Elles comme des appeaux, le bruit du liquide dans le verre faisant bondir notre animal.
Il roucoulait.

Son verre se teintait en rouge, de la salive sur les bords, on aurait dit une gamelle de chien.
Moi je dégustais un peu à l’écart, n’éveillant ainsi aucun soupçon sur une possible amitié entre nous deux.

Mais quand il disparut, je dus bien le suivre et dans les couloirs du métro, les taches de vin comme les cailloux du Petit-Poucet, je retrouvais mon ami avachi dans une rame de la ligne 2.
L’arrêt Ternes mit un terme à notre interminable trajet souterrain.

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Deux mecs aux tronches patibulaires nous invectivèrent.

Un écrabouilleur de limaces et un fanatique de la gâchette.

Ils faisaient les cents pas devant un estaminet et avaient l’air de vouloir engager la conversation.
Le professeur, d’une sociabilité sans limite, leva sa jambe et urina sur une poubelle non loin d’eux en signe de salutation. Il ne leur en fallut pas plus pour nous inviter à souper avec eux.

Je dois dire que le poulet avait creusé en mon ventre une tranchée que je devais à présent remblayer au risque de regretter le lendemain ma fâcheuse tendance à jouer avec ma faim.

Je fus comblé.

Thon…

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Soupe de gastéropodes à la salsepareille.

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Auroch en voie de disparition.

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Quand tout à coup, j’entendis comme un caquètement…

Cette odeur de volatile qui émanait des dessous de bras du professeur n’était pas congénitale !
Une grosse poule surgit de son veston et couva la table de ses dodues fesses.

Ni une, ni deux, j’administrais la fameuse coupe Louis XVI à l’animal.

Une fois vidée de son sang, je regagnais mes pénates laissant le professeur vadrouiller avec ses nouveaux amis…

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Il paraîtrait qu’on l’a retrouvé au petit matin, dans le coin de Strasbourg-Saint-Denis en train de chanter les plus grands tubes de Michel Delpech avec quelques affreux loubards du genre chanteur de rap

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