Large île

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À la pointe d’une large île, en marge.
Une marche dans l’argile, en nage.
Comme des bêtes de somme, liés à nos impératifs, ivres vers avec les pattes dans la glaise crue.
Marée basse, les mouches ont pied.

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Il en faut du temps pour arriver à tourner, le vent dans les savates sur la grosse roue en bois, les mains appliquées à étrangler la terre.
Il faut alors des litres de vin, une sorte de barbotine que l’on se tartine à grandes lampées, la bouteille dans un seau, légèrement rafraîchie.
Ce n’est qu’après avoir vu s’effondrer maints édifices entre nos mains, et une centaine n’est pas grand chose, que l’on peut prétendre à bâtir un simple bol qui accueillera peut-être du vin.
Et puis lui ne fait pas que cela, il a aussi un jour réussi à enfermer le soleil dans un gros coffre en brique.
Il paraît qu’il lui souffle régulièrement dessus pour ne pas qu’il s’éteigne afin d’y cuire ses pots et ses hippopotames.

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Alors, quand il n’a plus assez de terre pour modeler ses rêves, il grave avec une pointe le poitrail des bouteilles.
C’est aussi pour cela que le liquide rougit, transporté par ces mains qu’il voit à travers le verre, la plume lui chatouillant l’étiquette juste à côté du palpitant.
Il en sort des poissons, la queue dans la mer rouge, pour rappeler ce qu’endurent les émaux enfournés.
Et le jus est comme la lave, on l’avale d’un seul trait pour qu’il nous brûle la gorge lors des étés mouillés.

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On finit enfin saoul à marcher dans la lande au son du cor de brume, en attendant avec délice les prochaines marées, celles qui amènent le soleil ou, encore mieux dans ces paysages granitiques, les tempêtes.

À toi mon cher Patrick
Et à ce vin que tu m’as présenté.

 

La poterie de Barfleur
Rue du Vast, 50760 Barfleur
Patrick Lefèvbre et Ingrid Guilbert

Julie Brosselin et Ivo Ferreira pour la Marée Basse
Les Cigales dans la fourmilière,
8 rue de la Dysse
34150 Montpeyroux

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