Le Pily

Si, désorienté, déconfit et affamé, vous vous égarez dans les dédales d’une cité navale.
Que votre parapluie fuit et que votre piercing en titane chic luit grâce aux éclairages publiques.
Que vos deux neuves chaussettes gonflent comme des éponges sous les trombes d’eau qui plongent.
Que de grands « flocs » rythment vos pas dans les flaques.
Suivez donc ces galets noirs qu’un gros poucet a laissés sur le trottoir, après s’être rassasié cet été.

Arrivé au 39 rue Grande Rue, faites-vous annoncer.

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Les présentations achevées, attablez-vous.
Commencez par commander un breuvage qui arrosera votre repas en grignotant quelques accras.

Voici la méthode à suivre :

Le professeur ayant je-ne-sais-quels démêlés avec la justice, une demi-bouteille est choisie.
Choit-elle à peine sur la nappe que son nom évoque ces matins difficiles où nous avons tant parlé la veille ; vieilles histoires et rengaines populaires, quand les gens normaux dorment déjà à poings fermés.

Tête d
e cru.

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« fussé-je surpris quand fuit en mon bec ce fruit mâconnais ?
Crus-je, la tête dans le jus, avoir affaire à un grand cru ? »
Ces interrogations du professeur Pinard ne m’alarment qu’au moment où je découvre les cadavres d’une demi-douzaine de ces petites mignonnettes sous la table.
Les brioches andalouses trempées dans le gaspacho transitoire le remettent sur pied.
Mais passons aux entrées…

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Je prends le tataki de bœuf ; domino de chairs formant de grassouillets matelas où des crevettes grises, lascives et décortiquées, dorment sur des oreillers en dés de gras-foie.
Fonte des grasses matières juteuses.
Pour lui, une délicieuse pyramide en taboulé de légumes avec ses câpres pris dans le blanc fromage. Sarcophage pour un saumon.
Le nez vert titille la coriandre.
Le raz-el-hanout comme fard à omble.
Réchauffement gastronomique.
Pas de résistance.

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Ripaille navale.
Engloutie dans un tourbillon de purée d’aubergines un peu has-been (pardonnez cet anglicisme), une belle dorade vaporisée louvoie entre de vieilles (et succulentes) tomates coiffées de pata-negra.
Carnaval de riottes où chaque mets s’invective de manière colorée.
En vieux loup de mer, le prof s’empiffre.

Puis, la volaille avale cette bataille.
Comme des capelines d’humus, les fines tranches de champignons couronnent les cuisses confites.
Le homard maté dans une camisole de chips, du basilic comme paravent et quelques pommes de terre en vue.
Je sauce les restes de gallinacé de mes doigts boudinés.

Le pouilly épuisé, nous cherchons un autre puits.

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Deux verres pour accompagner les pâtisseries, pas plus.
Passavant givré, sur le Layon, je danse et tangue.

Au passage, le professeur sort la tête de son assiette et zieute : « L’atmosphère est un peu froide… »
Ses gros yeux espionnent pendant qu’il biberonne son coteaux avec passion.
« Sûrement un coup des inspecteurs du Michou… » 
Il est vrai que le lieu nous paraît un tantinet flegmatique.
L’arrivée des desserts chasse ces interrogations.

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Je finis par une petite duchesse aux accents espagnols qui se pare de figues et de fraises.
Parfumée de pinot noir, crémée avec amour par de diplomatiques mains, elle vogue sur le cours ligérien sans encombre.
Plus sérieux, le financier de rhubarbe à la caboche yaourtière est littéralement aspiré par mon acolyte ânonnant de brèves onomatopées…

Quelques mignardises pour la route, histoire de braver l’automne qui commence à poindre son nez de feuilles mortes à travers les vitres.

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Le professeur et moi-même remercions chaleureusement Pierre Marion et toute l’équipe du Pily.
Nous reviendrons.

Le Pily,
39 Rue Grande Rue,
50100 Cherbourg-Octeville
02 33 10 19 29

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