Les doigts dans le Pif

Bourré
Prendre la direction de Bourré, une fois dedans, en sortir, vite.
Et puis, à Monthou, serrer la main des troglodytes, s’enfoncer dans un trou.
Attendre, en écoutant les jus ronfler, que le tuffeau nous champignonne.

Au hasard des vignes, un camion a serpenté jusqu’ici.
Croisant buses et biches, sans embûches et sans filets, se fiant à son pif.

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Un bon vigneron, ça se mérite.
Alors, on a pris le temps.

J’irai boire chez vous.

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Bienvenue au domaine.

La Piffaudière chez Olivier Bellanger, éleveur de pifs de compétition.
À peine nous pénétrâmes dans la roche que le pinard nous fut offert sous perfusion.
Dialyse à l’Aunis, au Gamay, au Sauvignon.
Nuits blanches en perspective…

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Chaque fût fut inspecté avec soin, la pipette chauffait, le verre se teintait.
À l’instar des fromages, on parla affinage, de vins de pâturages ou d’étable.
À chaque saison, son breuvage.
L’été appelle la vivacité, la fraîcheur, la fluidité, quoi de mieux que ce petit jus nerveux pour jouer de la guitare en pensant à tous ces Michel que l’année 2016 nous a enlevé.
Si « Mon tout rouge » était un met, ce serait une petite côtelette d’agneau.

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Il faut dire que je les aime comme ça, les rouges.
Quand ils sont fins, élancés et que de légères notes poivrées leur donnent du rythme.
Lorsqu’un petit grain vient à rouler sur ma langue pour me rappeler la peau qui jadis les protégeait.
Tous ces mois passés dehors, portés par la vigne, à braver les intempéries.
Et puis, une fois pressés, humer avec plaisir un jus épanoui.
La terre donne chaque année l’occasion de se taire.
La magie du terroir.

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Entends-tu retentir les refrains des dimanches ?

De tonneau en tonneau, de verre en verre, on avançait à tâtons.
Déguster avec le vigneron, c’est boire ses paroles ; et celles d’Olivier sont sages.
Un travail délicat où la nature est au centre de tout.

Des vins précis, sans artifice mais jamais déviants, vous ne trouverez pas d’odeur de souris, ni de poneys ou encore moins de basse-cour dans la palette aromatique de ces pinards.

Et c’est une bonne chose, assurément.

À force de bain de bouche, nos canines n’eurent plus rien à envier à Nosferatu.

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Le professeur Pinard mit son costume d’écolier et son acolyte anonyme, le roi de la pêche à la mouche, celui de photographe.

Se roulant dans la moisissure qui jalonnait le sol, il contre-plongeait pour rendre au plus juste les images que nos yeux découvraient, en pétillant, naturellement.

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La bulle amène la joie et le vin, la faim.

Notre hôte, nous voyant la bouche sèche et l’œil torve, nous invita à rompre le pain dans ses quartiers…
Fusse une bonne idée ?

Sa réserve de fromage savoyard qu’il avait ramené avec gourmandise se trouva torpillée par les deux éviers que nous sommes.

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Mais sans tout ceci, aurions-nous pu trouver la force de reprendre la route, pour filer dans un sud où les montagnes se déchaînent ?

Merci à toi cher Olivier, merci de nous avoir si bien reçu, merci pour tous ces vins divins et comme dirait celle qui a la main molle, merci pour ce moment !

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