Les étangs de Corot

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L’automne se fait sentir, les feuilles roussissent doucement et dans l’étang les perches attendent.
Ville d’Avray, qui vit naître en son sein le bon Boris, vend du rêve à qui lui tend la main.
La campagne à deux pas de la capitale.
Corot n’erre plus depuis longtemps dans les parages mais, ceci étant, son nom reste gravé dans l’eau de ces grandes mares.
Face à elles, une demeure telle une étape après quelques coups de rames, vous invite à venir vous restaurer, dormir ou même vous prélasser.

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Arrivé à 11h pétante, le professeur escalade la grille verte côté étang et écorche son jean couleur corail contre la petite barrière.
Cors au pied, il chausse des claquettes, revêt un peignoir et prend la direction du spa.
En bon chien abandonné, il espère trouver une tendre maîtresse qui pourra prendre soin de lui.
Après une grande gamelle de croquettes aux pépins de raisin, une décoction de pruine de petit verdot et un court passage de ses poils dans le hammam, le voilà allongé sur une table de massage.
Enduit d’huile de vendange, il s’endort pour un temps.

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Réveil au bar, muscaté.

Un étrange cocktail, sorte de spritz français à base de Sauternes, d’eau gazeuse pour tennisman et de citron lui rappelle ses sensibilités gastriques…
En revanche, les petits fours ne croisent aucun obstacle pour se faufiler dans son ventre, antre à mets.
Les papilles chauffées, bousculant ça et là les convives, le voilà maintenant assis autour d’une grande table au milieu de cet ancien relais de chasse.
Le cri des petits gris en cuisine chatouille ses oreilles et fait gargouiller son estomac.

À table !

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De coquilles, les escargots n’ont plus que cette gangue croustillante, le potiron limaçant pour le corps et la bave persillée, tel un tapis de bryophytes, une trainée pour les pister…
Les antennes du professeur en émoi, voilà que sa bouche mousse, aussi.
Son verre, lui, s’apprête à accueillir en son sein, un doux vin.

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Encore au coude à coude avec les colimaçons, on lui colle devant sa serviette en guise de licou, une liqueur de caillou.
Chou, il bout à genoux devant ce joujou aux joues dorées comme un bijou en se grattant les poux.

Petite description du nectar par le professeur :

Une salade de fruits à chair blanche rehaussée par de fines touches acidulées, puis, comme un clin d’œil pagnolesque, de la badiane, du caramel et des épices… En une gorgée, un voyage au milieu des Landes, l’été.

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Est-ce l’empreinte baveuse de mollusques telluriques, comme une redondance verte, qui trahirait leur passage sur ce gros cannelloni fourré au tourteau, rouleau de pinces tendres ?
Friands de chlorophylle, cela ne nous étonnera point.
Un nouveau Smith, eh ouais, sonne et résonne sur la glotte de notre épicurien.
Cloche dermique, ding-dong, le prof a la frite.

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Et puis voilà la viande qui pose ses bagages sur un rouge à l’air grave.
L’aspect épuré de cette assiette, la petite purée envahie par le vert et cette empreinte, une tache de sang où se trempe le bout des pieds de notre agneau ne sert qu’à une chose, se concentrer sur la délicatesse des produits qui fondent sur la langue de notre académicien.
Rémi Chambard, le chef, ne s’ennuie pas de froufrous et c’est tant mieux.

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Sérieux au bord de l’eau, un verre de Bordeaux et le menu en bordereau, en train d’analyser sa journée, le prof médite.
Sa chemise ôtée à cause de fuites, transpiration due à l’émotion, le voilà brassant le flot tendre qui le détend, au milieu du plan d’eau.

Sa tête tel un périscope, il vise une petite embarcation safranée…

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Après avoir ramé sur cette galère de roi, il regagne la rive, ne voulant pas attraper la fève si jeune… (après maints hésitations, le comité valide cette phrase).

Suite et fin :

Il court dans les couloirs, son corps n’ayant que le souvenir de son peignoir, un livre à la main.
Attentant à la pudeur, on le sèche et le plonge dans un véhicule noir, direction la capitale.

Il se réveillera plus tard, humant l’air de sa chambre en se demandant avec un accent belge :
« Ça sentirait pas un peu Lafitte… »

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Le professeur et moi-même remercions chaleureusement AliceJérôme Tourbier ainsi que l’équipe des Étangs de Corot et ce cher Éric Touchat pour ce moment au bord de l’eau si parfait.
Nous étions alors qu’en automne et les arbres se vantaient encore d’avoir quelques feuilles…

Les étangs de corot,
55 Rue de Versailles,
92410 Ville-d’Avray
01 41 15 37 00

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