M’acclimater

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De retour sur le terrain, minet je me sentis à côté de cet impressionnant bourguignon dont la gueule, excusez ma vulgarité, nous distilla vieilles histoires icaunaises et nouvelles ampélographiques du côté de Vincelottes.
Mais, commençons par le début.
Le restaurant « Les Climats », dont j’eus déjà le plaisir de fouler le sol et de croquer les mets, m’accueillit à nouveau en son sein.
Cette fois-ci pour un exercice original, un repas-dégustation autour d’un cépage bourguignon à la notoriété laissant le plus souvent dans la mémoire des gens, acidité venimeuse et dédain chronique.
L’aligoté.
Douze pinards passèrent sous les fanes voltigeant du pif du prof.

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Fichet au grand œnolisme, un aligoté limpide à boire lors d’apéritifs ensoleillés en tournant son verre avec assurance.
Tremper dedans quelques gougères « moutardées », le pouce et l’index comme une pince, et mâchouiller en faisant de grands bruits.
Pour les amateurs de cosmétiques, ajouter un peu de rouge à lèvres.
Pour les autres, servir sec.

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Au milieu des liquides d’introduction, un autre se tailla la pierre de la roche.
Est-ce la présence de mon voisin, sa bonhommie aidant, qui orienta mon choix ?
Ou peut-être la nostalgie… Quand j’étais marmot, lors de nos escapades en petite Renault, mes parents achetaient crèmes et onguents bulleux aux caves de Bailly-Lapierre.
Sur la pointe des pieds, je trempais au passage, grâce aux verres abandonnés ça et là, mes lèvres chastes dans une farandole de crus.
Je suis un sentimental.

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Bonite, alors, s’invita à la table dont nous avions fraîchement honoré le mobilier qui l’entourait de nos derrières enthousiastes. Laquée, la cousine du thon fondait dans la bouche. Empalée de nos fourchettes et marinée au troisième nectar marquant, un Chevalier accompli qui ne fit pas l’unanimité.
Je dois avouer que son bouquet de fruits mûrs, voire confits, le rendait un peu bedonnant…
Personnellement, n’ayant rien contre les formes, j’en repris.

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Puis vint le veau.
Extrait de son lange, le pauvre petit, fut dévorée sa longe.
Ah… ! Quand je pense à sa mère, j’avoue ne pas me sentir toujours tranquille.
Mais avec des girolles, de mignons gnocchis et de légères feuilles rubicondes, clin d’œil automnal en plein été, je me sentais vorace.
Comme dirait la loi bovin, consommez de la viande avec modération.

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Le dernier vin qui souleva en moi un élan de sympathie franc et spontané, fut ce Tilleul sous lequel mon verre se reposait à l’ombre.
Solaire, un léger bois lui donnait du grain… Juste assez, il faut dire qu’avec ce genre de cépage on arrive rapidement à des caricatures.
Les fromages s’en aspergeaient me rappelant les batailles d’eau lors de mon examen au brevet des collèges. On était bien, on ne crachait plus, « juste en n’dans » comme disent certains bourguignons. Ceux-là même dont la couleur, tirant sur le prune, m’ont initié au « chabrot » matinal… Je vous raconterais cette expérience une autre fois, la trivialité de l’affaire méritant un billet complet.

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Ah… ! Et puis il faut bien partir. Poser sa serviette sur la table, comme un chiffon que l’on agite sur le quai d’une gare et dire au revoir.

Cette dégustation, bien que je n’ai seulement cité les bouteilles les plus appréciées, aura montré que ce petit cépage peut tout à fait boxer dans la cour des grands, soutenir un repas raffiné et même se patiner avec le temps, à l’instar d’une belle paire de godasses dont on ne se lasse…

Je remercie le restaurant Les Climats pour cet accueil toujours aussi agréable.
On se sent tellement bien sous cette verrière où l’art décolle quand Julien Boscus larde les codes !
Bernadette Vizioz, le BIVB, les Vignerons avec un grand V, Frank-Emmanuel le sommelier et toutes les personnes ayant contribué à cette dégustation, sachez que je vous estime comme dirait Jean-Luc (Clin d’œil insistant).

À l’aligoté, à la voie basse de manière sobre je dirais même, arigatou gozaimazu.

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