Moi mon tonton, celle que j’préfère…

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Non loin du métro glacière, alors qu’un moelleux automne réchauffait la capitale, d’anciens flacons vinrent se livrer à moi.

Un lundi comme les autres, un banal 9 novembre.

Des breuvages ayant connu des guerres, des crises et des procès injustes, comme peut-être une annonce à ce qui allait arriver, se mirent à me raconter leurs histoires.

La langue comme un canapé, je les laissais s’allonger pour parler.

Psychothérapie olfactive…

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Si d’aucuns étaient là pour analyser voire disséquer les nectars de nos grands-pères, je choisis la voie de l’émotion ; sachant que je n’aurai pas souvent l’occasion de me titiller les muqueuses avec des vins d’un âge canonique.

Breuvage du passé, mâcher le jus à remonter le temps.

Ça humait les fleurs fanées, les épices, l’orange amère. On avait l’impression de sentir la chaleur d’un vieux soleil oublié, comme si l’on buvait une photo un peu usée où quelques tâches sanguines commençaient à faire disparaître l’image.

Boire le jus d’une vigne ayant fleuri à la libération…

Vivre la guerre… Est-ce toujours une joie pendant ces moments d’ouvrir de grands vins ?

Quand aujourd’hui, celles engagées loin de chez nous viennent brutalement nous rappeler leurs existences, le réflexe n’est pas à jouer du tire-bouchon.

Pourtant, boire du pinard à la terrasse d’un café en ce moment s’avère presque un acte de résistance.

Avant que cette bande de tarés défoncés au captagon butent à tout va, je flânais, les artères relayant les battements de mon cœur et rythmant mes pas dans les rues de Paris. J’errais ivre le soir, rentrant quand il me semblait que le temps était venu de me mettre en pause. Je ne me posais pas la question si, en l’espace de quelques secondes, mon corps pouvait servir à certains de défouloir.

Mes petites préoccupations ne servaient qu’à alimenter en noir et blanc des écrits plus ou moins bons sur une feuille de papier virtuel en attendant que le temps passe.

Maintenant qu’ils ont définitivement percé à coup de kalach’ notre bulle d’occidentaux vivants sur le dos du tiers-monde depuis des siècles, que va-t’il se passer ?

Parce que la solution n’est sûrement pas aussi simple que d’aller exploser Raqqa et Mossoul tous en chœur.

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Retour aux sources, de vin, parlons.

Le 13 janvier 1898, le journal L’aurore publie l’article « J’accuse…! » d’Émile Zola.

Le 9 novembre 2015, cent-dix-sept ans plus tard, « J’écluse…! » du professeur Pinard.

« Le passé ressurgit dans mon pif…
On dirait la sève d’un vieux chêne, gorgée de sucre, le sang d’un arbre diabétique.
J’ai l’impression d’être une grosse boule de mozzarella enduite d’un précieux vinaigre balsamique.
Une mine qui subirait un coup de grisou.
Une flaque de naphte où se reflète mon visage en monochromie. »

Au pays de l’or rouge, la came en berne et l’appétit court.
Il n’est décidément pas toujours facile de lever son coude.

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Soufflons sur les braises sans dramatiser, pensons encore au passé.

Le pinard des poilus, quelques explications empiriques.

L’origine du mot « pinard » viendrait de pinot… Argot pileux.

« Le pinard c’est de la vinasse. Ça réchauffe là oùsque ça passe. Vas-y, Bidasse, remplis mon quart. Vive le pinard, vive le pinard ! »

À l’instar de ces drogues de synthèses utilisées dans nos guerres modernes, le vin suait au front en grande quantité pour que la bleusaille parte guillerette, la baïonnette pointant l’ennemi buveur de schnaps.
Dès octobre 1914, on se dit que la guerre sera longue et afin d’améliorer le moral dans les tranchées, chaque soldat se voit octroyer un quart de litre par jour.
1916… On double !
Les derniers instants de la « der des ders » offrent à nos bons poilus trois quart de litre, c’est à dire, si vous suivez bien, 0,75 cl, que l’on nomme, inspiration du moment, un canon !
Il faut quand même bien avouer que le vin n’est pas une drogue de guerre, drôle de guet même, d’attendre le fusil en main, chancelant en chantant des airs paillards !
Si une armée de pochtrons nous attaquait, je saurais me défendre, et une joyeuse bacchanale ferait office de chant de bataille.

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Fin.

Je n’achèterai jamais du Gérard Bertrand, pour des raisons personnelles, surtout qu’il m’a été impossible de savoir l’origine de ces vins, le commercial en face de moi faisant planer le mystère…

À plusieurs centaines d’euros la bouteille, aurait-il des choses à cacher ?

Mais je dois dire que faire descendre dans ma trachée ce vin de tranchées ne me donna pas envie de cracher…

Moi mon tonton, c’est sûrement ça que je préfère !

 

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