Montagne enneigée

Petit rappel géographique :

« Montagne enneigée » ou plutôt « chaîne de montagnes enneigées », plus connue sous le patronyme ibérique de « Sierra Nevada », est située dans le Sud-Est andalou.
Fière mamelle méridionale avec, comme un enfant entre les jambes de sa mère, une ville majestueuse qui se dore contre ses flans : Grenade.
Mais retournons à notre chaînon.

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Sans oublier quelques nécessités absolues – prendre des chaussures de marche, de la crème à raser, des slips propres, des couvertures de survie et, le plus important, rapporter dans un flacon un peu de sang de cette terre – mon frère, fameux voyageur, en compagnie de sa douce moitié polyglotte, partit à la conquête de ces monts arides et hostiles…

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Lassés ou conquis par mes sempiternelles envolées gastronautiques, mes digressions viniques ou encore mes jubilations amphoriques, ils s’enquirent de cette tâche avec la même passion qu’éprouve un nouveau-né à têter frénétiquement le sein de sa mère.
Euh…
Enfin, bref.
Continué-je, quelle fut ma surprise quand, trônant sur la cheminée au repos, un mystérieux flacon chiné ça et là chez un apothicaire andalou m’interpella familièrement… Hey cabrón !

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Je dois dire que je suis assez ignare en matière de vin espagnol, j’ai bu, comme beaucoup, d’affreux cava qui m’ont laissé que de vagues souvenirs brumeux, quelques picrates grossiers sans intérêts et de mauvais Rioja sur-boisés totalement déracinés que je n’utiliserais pas même pour une daube !
Evidemment, étant curieux, lucide et ouvert, je sais bien qu’une foule pléthorique de pépites prospèrent un peu partout en Espagne.
IMG_3756En voilà donc une, qui après quelques milliers de bornes, serrée dans une soute ou secouée sur les routes, se livra sans chichis, sans mauvaise caricature.
Elle avait tout ce dont on peut imaginer de beau au pays de la charcuterie…
Le menton en avant, fière, rouge à exciter les taureaux, droite dans le verre, les gosiers comme des éviers n’en ont malheureusement fait qu’une bouchée.

Sur l’étiquette, quelques informations nous confirment son identité andalouse, au nord de la Sierra Nevada, à Cortes y Graena, petite commune non loin de Grenade.
Est-ce le tempranillo, cépage espagnol, qui donne à ce vin autant d’épices et de nerf ?
Ou un subtil assemblage des notoires merlot, cabernet-sauvignon et syrah chatouillés par le soleil méditerranéen ?
Peut-être, sinon, est-ce la patte sudiste d’un certain pinot noir, planté ici bien loin de ces cousins bourguignons ?
Je ne sais pas, car même sur son sitela Bodega Cauzón ne mentionne pas ce vin et son nez me déroute…
Il s’agirait, apparemment, d’une cuvée de potes, les deux tronches démoniaques sur l’étiquette.
D’ailleurs le nom de ce nectar est le fruit d’une fusion artistique entre un jeu de mots bachique, une délicate insulte espagnole et une petite dose d’ecclésiastique…
Le vin issu d’une macération carbonique, d’un cabrooonnn avec l’accent et d’une fin en « us » pour la soutane diabolicus !
Carbonique, cabron-ique, CABRONICUS !

Une charcuterie qui s’enthousiasmerait de ce vin de messe ?
Morcilla Achorizada, sorte de boudin noir relevé à dévorer cru…

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P.S : Est-il besoin de rappeler que ce vin est tout naturel, les traces de merdicides observées à l’intérieur seront à cause des vents, des pluies et surtout, des cons.

P.S.2 : Quelques vins de ce domaine peuvent être trouvés, me semble-t-il, au vin en tête, caves parisiennes pointues et exigeantes…

P.S.3 : Recuerdos de la Alhambra

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