Oeufs en meurette

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Tendre fut mon enfance, régulièrement bercée par le roucoulement aoûtien de gros « columba palumbus », quand l’été dans le jardin je sirotais avec innocence des diabolos à la crème de cassis bourguignonne avant d’aller, secondant mon grand frère et à l’aide d’une pompe à vélo, créer des éruptions volcaniques dans la poussière de la grange.
Puis je partais gaiement en automobile avec mes oncles et mon père dévaliser quelques caves dans le vignoble Auxerrois, pèlerinage obligatoire et initiatique, ils rentraient heureux et vacillant de leur course, il m’arrivait d’éprouver le même genre de sensation…

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UnknownEn moi se fabriquaient des souvenirs pagnolesques, j’imaginais les coteaux d’Irancy comme la garrigue et avec mon vieil ami, sorte de Lili des bellons rouennais, nous faisions des investigations poussées dans la grande maison qui nous hébergeait, à la recherche de vieux objets rouillés, flingues ou masques à gaz, la bâtisse ayant été occupée par les Allemands pendant la guerre.

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Où veut-il en venir vous dites-vous ?

Eh bien ma mère nous servait déjà à cette époque ses fameux oeufs en meurette, plaisir infini et délicat, tartine salée et lustrée comme si le dîner se transformait en goûter, chose qui, pour les jeunes enfants que nous étions, était un artifice génial nous prodiguant un appétit ogresque et un sommeil équivalent… Est-ce un truc de grand-mère pour faire manger les enfants ? Peut-être…

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13019_345_300_FSImage_0_76La recette est simple si l’on maîtrise l’élaboration de l’oeuf poché, à la seule différence près que l’eau est du vin, donnant à cette île flottante bachique une teinte violacée plutôt intrigante… Ma mère achetait chez la boulangère du gros pain de mie et y découpait d’épaisses tranches qu’elle toastait rapidement, l’oeuf déposé ensuite était recouvert de l’onctueuse sauce réalisée avec le bouillon de vin, des gros lardons grillés et quelques ingrédients secrets…
L’accord parfait ne sera pas à la con cette fois ci, un bourgogne supérieur à celui ayant servi pour la sauce, des côtes d’Auxerre au mâconnais, vous avez l’embarras du choix, je pencherai par exemple pour un Rully rouge de chez Vincent Dureuil-Janthial ou un Pommard de chez Maréchal mais bon ce ne sont que des propositions…

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2 opinions sur “Oeufs en meurette

  1. mieux que le pinard ou la bonne chair, c’est ici un bon vent de désuétude qui nous envahit totalement de la tête au cœur en passant par les papilles.
    merci Professeur Pinard.

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