Oiseaux sauvages

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Ah ! Les jus de Vallès, véritable volière où des volatiles aqueux circonvolent au-dessus des cris du peuple.
Des plumes trempées dans une encre qui, d’échines en filets, tracent à coup d’anthocyanes des peintures rupestres sur les murs du palais.
Les contreforts des Cévennes comme théâtre de jeu, on y sent la garrigue et la chaleur de l’été.
Un envol a-t-il juste pour plaisir que le regard de celui en embuscade dans un talus qui l’observe au petit matin ?
La gloire de mon verre est d’être le nid de quelques oiseaux rares, réserve ornithologique dont seul mon nez joufflu a le droit d’y mettre les pieds.
La chasse est ouverte, la langue à la fois le fusil et le chien, le four et le plat, le cuisinier et le gourmet.
On y croque ces oiseaux confits, suaves et sapides, avec la délectation de Tonton glissant une bouche tremblante sous sa serviette blanche, petit linceul couvrant l’or pétillant, les fines fesses d’un ortolan.
Les jours en matière de découvertes gustatives sont assez avares et il est important de prendre le temps de savourer lorsqu’au détour d’une lampée, on se retrouve transporté au milieu d’un paysage insolite.
À mettre son oreille contre un coquillage nous murmure la mer, celle au dessus de ces jus fait chanter le Rollier, le Cardinal ou bien encore le Lundi…

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Cui-cui voluptueux, parade amoureuse, véritable chant de sirènes qui nous plongent facilement dans des rêveries imbibées, le balancier de l’horloge en devient feignant et les heures s’étirent.
Il est de ces liquides qui nous invitent à de grandes promenades, il faut le dire le plus souvent accompagnées, où l’on s’amuse à décrire des chemins pris à l’aveugle, le temps d’une gorgée ou celui d’un baiser.
D’un blanc pudique, qui ne dévoile ces formes rondelettes qu’après l’avoir doucement déshabillé, on se régale ensuite. L’exhibant çà et là aux amateurs, comme un tableau dont la beauté n’est point due à d’intenses et délicates couleurs ou quelques traits lâchés par une main leste, mais à avoir réussi à peindre la lumière.
Une lumière qui révèle, grâce à un coup d’œil éphémère, la naissance d’un mamelon, le début d’une fesse ou la frêle cavité d’un nombril dont on aimerait découvrir, et les secrets cachés, et le reste.
Sans véritablement se rhabiller, l’autre chante dans des tons turquoises, choucas de carnaval aux litres chaloupés, la chute de rein en cascade, et moi buvant dans son eau.

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Séant incandescent à la ficelle, on écope, cas banal, la bouteille à la bouche.
Il arrive à l’ouverture perlant, une fine mousse qui ravive les papilles, un petit plein de sucre pour le cervelet.
On sent son corps, qu’au bas du dos remue une appétissante croupe, et l’on écoute crépiter l’été de sa naissance sous les résineux en bataille.
De légères syncopes ponctuent la dégustation, donnant à la matière des saveurs qui disputent tantôt à l’amer, tantôt à l’acide, une place convoitée.
Et c’est là qu’est le plaisir, quand on ne sait plus où nous mènent toutes ces bouteilles en vidange, mais que l’on suit, aveugle, l’odeur des petites gouttes laissées sur le chemin.
Le petit poux que je suis sait qu’à la fin, tout finira poussière, et que jamais à ne se mettre du poids dans la tête est la solution.
Alors, et de ces vins il est question, il faut que chaque gorgée bue soit un voyage, une passerelle, un pont ou même, un tunnel vers une destination excitante, celle de l’exaltation.

L’ivresse est une compagne dont il est difficile de résister, le soir charnelle, érotique et fiévreuse, le matin, sévère et roide à l’instar de ces hivers glacials, pluvieux et sans neige.

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