On va déguster

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Alors que j’exécutais avec le professeur Pinard un petit footing matinal, lui me racontant comment la menthe poivrée pouvait apaiser l’esprit les lendemains difficiles, nous aperçûmes au loin un type à la tronche étoilée.
Il trimballait une glacière tout en se dirigeant vers la maison de la radio.
Nous le suivîmes, discrètement.
Promenant nos nez dans les méandres de la déserte bâtisse, on pista le mec.
D’ascenseurs en escaliers, nous nous retrouvâmes à l’intérieur même d’un aquarium.
Les boissons rouges y tournaient déjà en rond.
Pommettes rosées et babines gonflées, une chaise pour nos fesses, on s’assit, sages, dans un coin.
Un bouquet de micros fleurissait la table.
Le ballet de mots commença.
Notre bonhomme était là, au milieu d’autre, sa glacière déballée.
Ça parlait 17ème siècle, festins, ripailles, Vatel, Versailles, vin, vie et même « vit végétal ».
Enfin, disons plutôt asperge…

Pour une fois ma bouche resta close, excepté pour recevoir, ravi ; vin, vie et même vit, végétal… euh, asperge.

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Croquantes, craquantes même, toutes droites et tout droit sorties du jardin françois, nous les moussâmes d’une sorte de sabayon…

De quoi asperger ces vigoureuses plantes dont la ressemblance avec des pinceaux nous donna envie de les tremper directement dans le verre ?

Peut-être que de temps en temps, avoir recours à un accord mets-vins peu commun, peut faire mouche… Les poils imbibés, voici ce qui se déroula réellement ce dimanche vingt-deux mai, en lettre de sang de cailloux.

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Un certain chroniqueur manchot avait ramené de sa Normandie une gueule de bois si monumentale que la sécurité prit d’abord sa tête pour un tonneau.
Il fallut pousser de toutes nos forces le personnage pour réussir à le faire rouler dans l’ascenseur.
Quelques algues accrochées derrière son falsard attestaient d’une nuit tourmentée.
Son sac tintait, des traces de côt dans le cou, les bouteilles avaient vraisemblablement été ouvertes la veille…
Le mot « pétanque » jaillissant de sa bouche devait selon ses dires nous éclairer.

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Après une partie d’escrime avec le professeur Pinard, les végétaux comme des fleurets, il s’attabla gaiement, des tire-bouchons à la place des doigts.
Confondant d’ailleurs ceux-ci avec les asperges, il suçait tantôt l’un, tantôt l’autre, le Cahors comme médiateur.
Il faut dire que le jus sudiste, d’un naturel absolu, « eau de raisin », s’arrangea une place de choix, délivrant une amertume et une acidité qui finalement se marièrent avec surprise avec « l’ivoire à manger ».
Pas con.

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Et puis, tout s’accéléra, de sablés en abricots, de pimprenelles en citrons, d’informations en chansons, l’émission arrivait à son terme.
Le grand gourou, légèrement hirsute en ce jour de pleine lune, animait avec passion tout ce petit monde tel un chef d’orchestre, une oreille bloquée dans le casque, l’autre attentive aux burps du professeur qui sifflait tout le stock de malbec s’étant échoué à ses pieds…

Avant de sortir, nous mâchâmes (deux accents circonflexes ce n’est pas rien aujourd’hui) du maxillaire gauche dans une grotte qui avait du chien.

Une cuvée bien particulière dont le gêne de la vendange 2014 trempa dans un jus un peu oublié de 2004… Le tout fut élevé pendant dix-huit mois en fût, chacun s’apprivoisant pour finir dans les gosiers de citadins en mal de campagnes ou d’instants sauvages.

Vieux procédé pour donner au vieux un peu de jeune, sorte d’élixir de jouvence.
Le professeur et moi-même remercions toute l’équipe d’on va déguster qui nous laissa pénétrer dans ce sanctuaire qu’est un plateau de radio, nous ne vous écouterons plus jamais comme avant, poil au dent.

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