Ormiale

IMG_1164
Sur le bordereau on aborde un Bordeaux, distingué, teintant les molaires en anagramme.
L’Ormiale jute et nous rappelle que les girondins ont aussi des terroirs…
Merlot enchanteur, Cabernet Franc du collier, une petite quantité produite à savourer sur un dodu gibier, les plumes entre les dents.
Un beau grain, tanné, les crocs dans la chair… J’veux du cuir.
Bronzage naturel, les UV et la carotène au placard.

Car ils ne sont pas tous en scaphandre à fendre les embruns « pesticidés » au milieu d’une tempête de vignes.
Ils ne sont pas tous, non plus, excités par de gras jus vanillés où quelques notes perdues de cannelle évoquent les ringards marchés de Noël.
Et puis pas tous, encore, à rechercher une fausse aristocratie en buvant des cuvées aux prix exorbitants, un ascenseur social pinardesque qui les feraient monter au volant d’une grosse cylindrée histoire d’épater les copains.

D’aucuns sont encore là à défendre ces notoires Carmenets dont on a oublié les saveurs tant ils ont été maltraités, honteusement musclés alors que leur premières prétentions n’étaient que cette finalité, devenir du vin.

Extraits du carnet de bord du professeur Pinard:

« J’avais roulé toute la nuit et l’ennui de l’autoroute m’avait fait prendre une autre route.
Entre deux mets sur une aire, alors que les cousines des carménères depuis longtemps orphelines de leur foudre se baignaient dans du verre, un coup de tonnerre me propulsa près de la Dordogne.

La filant alors, il était l’un de ces doux matins de printemps et je regardais se dandiner en clapotant les petites vaguelettes dessinées par les lamproies. Un mascaret de bien-être envahit mon cœur aux pulsations adolescentes au moment même où au bord de l’eau, arborant un trois pièces rouge bordeaux, je sortais de l’onde une de ces grosses sangsues, l’hiver dans le dos et l’été à l’horizon…

Il fallait que je mijote la bête, au fond du sang, je sus où aller.

Marchant quelques kilomètres, j’allais ma proie en main prendre un bain de vignes pour me mettre en appétit.

Les herbes poussaient en bataille, les papillons faisaient des voltes et les petits lézards me narguaient de leurs queues amputées par les enfants des champs.
Les bourgeons gonflaient le torse, sortant de leur gangue, un petit duvet sur les joues, marque d’une inconsciente et prétentieuse jeunesse.

Je m’allongeais là, les couleurs de l’azur reflétées par mes yeux finirent par m’hypnotiser.

Un gros coup de pompe dans les reins m’installa sur les pattes et je tombais face à un grand type barbu, poivre et sel, qui me demanda ce que je foutais là, avec mon poisson autour du cou…

Mais à la vue de mon tarin rubicond, il s’apaisa et m’offrit en guise de gourde, une magnifique bouteille dont le bout rouge rivalisait avec le mien.

C’est à ce moment précis, prenant la cire pour un mamelon, que je me mis à téter le goulot avec passion.

Entre deux mères, à quel sein allais-je me vouer ?

Sevré depuis longtemps, je succombais au fin amer que la finale me tatouait au fond de la langue.
Je pus compter, sur mes noueux doigts de mains et de pieds, la ribambelle de caudalies, véritable défilé de canons qui résonnait dans les tréfonds de mon cervelet.
À chaque gorgée aspirée avec avidité, je sentais mes entrailles se réchauffer et faisait rouler contre mes gencives les tanins patinés, artistiques, ma bouche un théâtre où se jouait une pièce majeure.
Ah, l’excès m’excite, un accès de folie m’axa sur le carton où se prélassaient les frangines.
Une rixe avec les bouchons, conquis par la première, je ne pris pas de risque.
Quand les cadavres jonchant le champ de bataille ne nous permirent plus de marcher, mon hôte me remercia gentiment, et je repris mon chemin pour croitre, vers de nouvelles ablutions.

Fussé-je comblé par ce moment ? Je n’en ai aujourd’hui encore aucun doute… « 

À la lecture de cet extrait, le professeur a paraît-il posé ses valises sur une petite île, une croupe gironde comme observatoire ou il guette sans relâche les caravanes chargées de ces bouteilles sortir des chais, pour aller les dévaliser, jusqu’à s’affaler, déchet, contre de gros ceps rondouillets.

IMG_1163
À Fabrice et ses magnifiques vins.

www.ormiale.com

Une opinion sur “Ormiale

  1. Que dire Marius?
    D’autres ont la plume dans le cul, toi elle est aux quatre vents.
    Duveteuse et légère.
    Acérée aussi; comme le coutelas du fils des âges farouches. Pointant les routes et les travers, dessinant son destin.
    Merci pour Ormiale.
    La bise.
    Fabrice

Laisser un commentaire