Os à moi

ragout
De mon râtelier osanore, je suce dans la moelle.
L’autre, édenté, peut toutefois satisfaire entre les trous béants laissés par ses molaires, son appétit.

Un osso buco à la paille.

Dans le bouillon où chaque bulle explose en libérant parfums d’épices, d’agrumes et de tomates, mon jarret se fait tendre.
Que j’aime à voir cher indolent de ton corps si veau se moirer les os.
Ah ! Un cuisinier me voyant cuisiner s’arracherait sûrement les cheveux tant je cède à l’empirisme devant un piano.

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Surtout, ne faîtes point cette mine de dégoût devant l’aspect « ragoût » de mon œuvre.
L’important, c’est le goût… Ça me rappelle un slogan pourri entendu ça et là sur les ondes…

Donnant la part belle au mijoté, je dois dire que même si les bouts se délitent, la viande fond dans la bouche.
Si j’étais chien, je croquerais les os.

Mais pourquoi cet aparté transalpin de cheval ?

Pour évidemment introduire un dur à cuire qui surfe sur la sauce, enrobe la chair et dilate les narines avec dextérité.

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Si tu veux me faire plaisir, donne-moi du Piémont.

Mon dernier vestige du temps où sévissait Rita, prêtresse sarde vous confessant dans sa boutique de l’avenue Parmentier… Quel gâchis de ne plus pouvoir passer de bons moments à déguster dans ce religieux lieu où le vin d’Italie dégoulinait jusque sur les trottoirs de la rue Oberkampf !

Oui, tout ceci est très 11ème…

Où vais-je maintenant déguster sur le pouce, Barolo, Barbaresco, Brunello et Vino Nobile de Montepulciano ?

Évidemment, il reste de beaux endroits dans la capitale mais disons que je voulais rendre hommage à Rita qui, toutes ces années durant, répandit la belle parole de son fief « parmentiersien ».
Les samedis tu passais et paf, on te collait un grand verre dans la main qui se remplissait comme par magie de Corvina, de Sagrantino, de Malvasia, de Negro-Amaro, de Sangiovese ou encore, de Nebbiolo.

Tu demandais quelques précisions que l’on t’offrait sur un plateau, tu repartais en titubant, guilleret, manquant de te faire renverser par scooter.
Ton sac faisait gling-gling et, dans le bus, on te prenait pour un pochtron, le bon temps quoi.

C’était bien, mais c’est fini…

Les temps changent.

Merci chère Rita.

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