Liqueur grenadine

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Juillet se profile et une question se pose :

Que téter cet été ?

Semblant de réponse à la sanguine…

Un beau gris qui a du chien
13 degrés en plein cagnard comme un angliche sur la côte
Je macère dans mes espadrilles
Massage de bile 
Un songe enivré

J’ai liqueur grenadine
Soleil sur beurot, peau mandarine
La bouteille donne la même couleur aux gens
Et la nuit, tous les pinots sont gris

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Notice :

À servir froid mais pas glacé,
Oubliez les glaçons, c’est pour apaiser les bleus
Un sorbet lui siéra
Une ratatouille aussi

Du poisson, quelques crevettes
Sur une terrasse, flânant, rose
Encore vierge de carotène
Alors que les petites cigales fourmillent déjà…

En attendant,

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L’été où est-il ?

Domaine Rietsch,
32, rue Principale
67140 Mittelbergheim
Tél. 03 88 08 00 64 

Causeries, Belle-Poule

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Monsieur Sébastien Gandubert,

J’ai souhaité, en mon âme et conscience, vous adresser cette lettre que vous lirez peut-être.

Sentir la chair de poule.

Comment vous remercier alors n’ayant à peine échangé trois mots que vous nous offrîtes cette rouge Belle-Poule.
Le bidon tourmenté du volatile, vous nous aviez prévenu, eut besoin d’un léger dégazage mais après…
Chaque gorgée nous emmenait faire un tour de barque sur les bonnes eaux du Layon.
Tels des ragondins, nos corps se frottaient à cette poule, mouillés par l’émotion.
Une pierre dans une mare toute coquette sous ses lentilles d’eau, voilà la sensation que put éprouver le citoyen que je suis ; et citer Gracq en ce pays qu’est le vôtre n’est pas anodin.

Le moût me monte encore au nez.

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Dans la Loire, un poulailler.

Alors, oui, je viendrai chez vous, vous qui m’invitâtes et nous trinquerons à ce Thouarcé gagnant.
On s’amusera de vins et nous naviguerons sur les eaux étroites.
On se délectera de vos blancs aux reflets dorés où le sucre, pourtant bien présent, n’est jamais un imposant et tempétueux convive.
On se posera cette chatouilleuse question, littéraires que nous sommes, Grange meurt-il à la fin ?
Et puis, on mangera de la poule au pot, en bouillon, farcie, faisane et même, car il faut bien s’hydrater, de la poule d’eau.
Peut-être nos poules seront présentes, amenant un peu de grain à la conversation ; car une basse-cour composée que de mâles peut facilement virer au combat de coq !
On essayera aussi de ne pas se faire contrôler par les poulets lorsque nous nous amuserons à faire des dérapages avec votre tracteur, le bleu se doit de rester dans le verre.
Pour finir, en forme de pied de nez et non de poule, nul besoin d’appellation contrôlée quand juste à coup de narines on devine l’origine du jus reniflé.

Loué soit le raisin.

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On va déguster

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Alors que j’exécutais avec le professeur Pinard un petit footing matinal, lui me racontant comment la menthe poivrée pouvait apaiser l’esprit les lendemains difficiles, nous aperçûmes au loin un type à la tronche étoilée.
Il trimballait une glacière tout en se dirigeant vers la maison de la radio.
Nous le suivîmes, discrètement.
Promenant nos nez dans les méandres de la déserte bâtisse, on pista le mec.
D’ascenseurs en escaliers, nous nous retrouvâmes à l’intérieur même d’un aquarium.
Les boissons rouges y tournaient déjà en rond.
Pommettes rosées et babines gonflées, une chaise pour nos fesses, on s’assit, sages, dans un coin.
Un bouquet de micros fleurissait la table.
Le ballet de mots commença.
Notre bonhomme était là, au milieu d’autre, sa glacière déballée.
Ça parlait 17ème siècle, festins, ripailles, Vatel, Versailles, vin, vie et même « vit végétal ».
Enfin, disons plutôt asperge…

Pour une fois ma bouche resta close, excepté pour recevoir, ravi ; vin, vie et même vit, végétal… euh, asperge.

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Croquantes, craquantes même, toutes droites et tout droit sorties du jardin françois, nous les moussâmes d’une sorte de sabayon…

De quoi asperger ces vigoureuses plantes dont la ressemblance avec des pinceaux nous donna envie de les tremper directement dans le verre ?

Peut-être que de temps en temps, avoir recours à un accord mets-vins peu commun, peut faire mouche… Les poils imbibés, voici ce qui se déroula réellement ce dimanche vingt-deux mai, en lettre de sang de cailloux.

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Un certain chroniqueur manchot avait ramené de sa Normandie une gueule de bois si monumentale que la sécurité prit d’abord sa tête pour un tonneau.
Il fallut pousser de toutes nos forces le personnage pour réussir à le faire rouler dans l’ascenseur.
Quelques algues accrochées derrière son falsard attestaient d’une nuit tourmentée.
Son sac tintait, des traces de côt dans le cou, les bouteilles avaient vraisemblablement été ouvertes la veille…
Le mot « pétanque » jaillissant de sa bouche devait selon ses dires nous éclairer.

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Après une partie d’escrime avec le professeur Pinard, les végétaux comme des fleurets, il s’attabla gaiement, des tire-bouchons à la place des doigts.
Confondant d’ailleurs ceux-ci avec les asperges, il suçait tantôt l’un, tantôt l’autre, le Cahors comme médiateur.
Il faut dire que le jus sudiste, d’un naturel absolu, « eau de raisin », s’arrangea une place de choix, délivrant une amertume et une acidité qui finalement se marièrent avec surprise avec « l’ivoire à manger ».
Pas con.

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Et puis, tout s’accéléra, de sablés en abricots, de pimprenelles en citrons, d’informations en chansons, l’émission arrivait à son terme.
Le grand gourou, légèrement hirsute en ce jour de pleine lune, animait avec passion tout ce petit monde tel un chef d’orchestre, une oreille bloquée dans le casque, l’autre attentive aux burps du professeur qui sifflait tout le stock de malbec s’étant échoué à ses pieds…

Avant de sortir, nous mâchâmes (deux accents circonflexes ce n’est pas rien aujourd’hui) du maxillaire gauche dans une grotte qui avait du chien.

Une cuvée bien particulière dont le gêne de la vendange 2014 trempa dans un jus un peu oublié de 2004… Le tout fut élevé pendant dix-huit mois en fût, chacun s’apprivoisant pour finir dans les gosiers de citadins en mal de campagnes ou d’instants sauvages.

Vieux procédé pour donner au vieux un peu de jeune, sorte d’élixir de jouvence.
Le professeur et moi-même remercions toute l’équipe d’on va déguster qui nous laissa pénétrer dans ce sanctuaire qu’est un plateau de radio, nous ne vous écouterons plus jamais comme avant, poil au dent.

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Monsieur Henri

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Anonyme : « C’est qui le chauve ? »
Professeur Pinard : « N’est pas chauve qui peut… »
A : « Hein ?
C’est quoi Monsieur Henri ? »
P.P : « Ah ! Mais vous n’allez pas me dire que vous n’avez jamais entendu parler de Monsieur Henri ?
Laissez-moi en rire.
Monsieur Henri, c’est avant tout la tanière d’un type, une espèce rare.
C’est un lieu où l’on boit, un lieu de vie.
Un terroir en quelque sorte…. »
A : « Pourriez-vous m’en dire plus ? »
P.P : « Oui mon p’tit, ouvre bien tes esgourdes et ferme-la »

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D’abord, tu rentres et tu fais gaffe à la porte, elle est branlante.
Tu dis bonjour, avec le sourire.
Pis tu t’essuies les pompes, l’aime pas quand son sol est dégueulasse.
Ensuite, tu t’assieds et tu vas pas t’foutre tout au fond, c’est chiant les cachoteries.
Tu r’gardes l’ardoise mais le mieux, c’est qu’tu dises c’que t’aimes, y’aura.
Après, t’apprécies les loupiotes qui donnent au jus de beaux reflets, et tu prends l’temps d’sentir, c’est pas les canons d’la rue de Bretagne ici.
Tu peux faire du bruit en buvant, l’est pas emmerdant là d’ssus.

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Ça t’gratte la gorge, bon signe, commande une quille.
Tu zieutes le mur, il en est plein, comme toi bientôt d’ailleurs.
Un p’tit ch’nin, t’as raison, suce don’ l’tuffeau !
Avec ça, prends du from’ton, vient pas d’chez Métro, ça t’apprendra à être con.
Si la planche te paraît p’tite, c’est que t’achètes jamais d’lait cru.
Bah oui, tu croyais qu’on était des pigeons ?
Allez, passe au rouge, on t’en veut pas.

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Trempe tes dents dedans, maquille-toi un coup et r’mue bien le liquide histoire de n’pas perdre les arômes les plus lourds.
T’occupe pas de la bande de gonzesses à ta droite, c’est pas pour toi, c’est le chaud-biz…
Au fond, y’a plein de cartons, c’est pas qu’on déménage, juste de nouveaux arrivages pour que des mecs comme toi puissent se sentir en sécurité…
La peur de manquer, on connaît, t’inquiète.
Prend un peu de salade, ça t’évitera d’en raconter.
Laisse aussi traîner tes gros doigts dans la bidoche, c’est d’la bonne.
Mange le gras, il est noble, c’est pas pour les cochons.

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Bon, ça commence à t’plaire ?
Parfait, remets-toi un coup de pif, genre étranger, ça te changera de ta piquette habituelle.
Bah oui les autrichiens savent faire du vin, même si en la matière, sans être chauvin, la France reste la reine des pinards.
Allez, lève le coude t’es tout vert.
L’état d’urgence ça creuse.
Pour nous la nuit debout, c’est tous les soirs.

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Tu croyais qu’on allait t’laisser partir comme ça ?
Choisis, là c’est Monsieur qui régale.
Il est comme ça, faut toujours qu’avant que tu t’barres, qu’il t’en recolle un dans la tronche, et gratos.
C’est son côté méditerranéen.
Il a un autre côté, Picard… non pas Ricard face d’genou !
Mais c’lui-là, vaut mieux que tu l’connaisses pas…
T’es content ?

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Allez, pour finir, j’te donne un tuyau…
De temps en temps, tu peux t’faire servir par le professeur Pinard.
L’est pas belle la vie ?

Monsieur Henri.
8 Rue de Picardie
75003 Paris

« Fiume tue »

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Samedi 30 avril, Salon Rue89.

4ème Édition.
« Soûlez-vous, les pavés avinent »

« Mise à mort du Parmesan »

Quarante kilos soulevés par deux gros bras transalpins, la bête est belle.
Des grands coups dans les flans et se fissure l’épaisse carapace.
La foule fait des grands « Ah » et tous ses yeux brillent, comme fanatisée par le massacre.
Les copeaux volent, le picador se fend de grosses veines sur le front et son derme se teinte.
On dirait un jambon de Parme.
Découpée sur place, nous plongeons nos mains fébriles dans les boyaux de l’animal et avalons, hyènes sur une charogne, sans laisser la place aux nouveaux arrivants.
Le temps que les doigts se graissent et nous filons à l’étage, où la sueur gagne le cou pour ne plus l’abandonner.

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« Le vin est un long fleuve tranquille »

Fricando, vin blond.
Amphore des Danaïdes, je te boirais jusqu’à plus soif.
Si je devais emmener un vin sur une île déserte, ce serait peut-être celui-ci.
À peine versé, on a l’impression que le verre s’enflamme, tremblantes, les mains peinent à l’amener à la bouche.
Faites-moi couler cet or dans le gosier, supplice d’aztèques.
Un entonnoir s’il-vous-plaît !
Je suis prêt pour la torture.

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« Je me sens vachement rital en ce moment »

Il y a tellement à raconter ou à vivre dans ce salon que je laisserais la place à d’autres, histoire de lire maintes histoires et saliver, tel un bon chien chien.
Je veux juste rendre hommage aux italiens.
Je n’en ai goûté que des bons ces derniers temps et, ce samedi, cerise sur le panettone…
« Al di là del fiume » m’a tué, encore une fois…

Non pas que vos vins soient les meilleurs du monde, les plus insolites ou encore les plus rares, juste parce que ça faisait longtemps que mon palais n’avait pas éprouvé cette sensation qui m’avait définitivement converti au culte du pinard.

J’aime vos pifs, j’en suis amoureux, et comme l’amour est rare en ce monde, je souhaitais vous le dire.

Je vous décerne le césar du meilleur jus du salon (oui, j’ai une influence considérable).

Merci.

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« À ma zone »

Après avoir descendu le stock de bolognaise en amphore, un tour chez les indiens d’Amériques.
Jus de terre, où comment boire un fleuve à Paris sans devenir tout jaune.
La trachée, sorte d’anaconda urbain, engloutit le breuvage brésilien.
Le nez du professeur, d’habitude de rouge vêtu, passa au vert.

L’impression de relire l’oreille cassée.

En revanche, ça ne bourre pas la gueule, je le sais car, les trois kilos de poudre avalés, sniffés ou encore injectés en intra-veineuse m’ont laissé de marbre.

Je retourne au pinard.

Enfin, comme clin d’œil à la « Slow Food », je suis allé me boire un « Slow Wine », du genre Slovène

Merci maître Iommi et tout ton crew, l’année prochaine, je squatterais le salon jusqu’à ce qu’on me vire, histoire de voir si le vin naturel à des limites…

Santé !

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Clash amical

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Gargouille vivante.
La peau sur les os.
À tâtons, le chaton imberbe se meut entre les serpents et les bizarreries en bocal.
Le voir s’approcher de moi m’effraye.
Lorsque nos deux yeux nez à nez se croisent, un soubresaut l’anime.
Les pupilles pleines de questions, le minou semble reluquer le duvet jalonnant mon crâne…
Clash amical, le voilà qui me prend pour un de ses congénères.
Chauve qui peut !

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Les amoureux de vins nus apprécient-ils aussi les chats nus ?

Tout en bullant ma grappe, je m’essaye à le gratouiller.
« Oh ! C’est mou… » M’exclamé-je en postillonnant mon moût sur l’animal.
On dirait un poulet plumé.
Sans les bulles, celles-ci sont dans le verre.

Manifestement, il aime le Jura.

L’onde câline de son miaou, rauque comme la grosse basse dans London Calling, me déroute.
Un appel à la caresse.
Dégoûtant.

Pourtant, l’animal est d’une empathie maternelle.

Son propriétaire, monarque de la patate croustillante, m’assure de ses bonnes intentions à mon égard et je commence à m’habituer au fauve transformiste.  Mais, sur mes genoux, les ronrons de ce jambon animé m’inquiètent un peu. Ses épaules flétries, j’ai l’impression de masser une grand-mère.

Il aurait pu s’habiller.

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Écorché vif dont les attributs s’exposent à nous, sans gène.

Exhib’ ?

Le pire est sa queue, qui l’éloigne du monde des chats.
Une chauve-souris sans aile, un cochon en forme de sphinx.
D’ailleurs, c’est pour ça que nous le transformons en grassouillette saucisse !
Je dois ajouter qu’à l’instar de ces bœufs de Kobe, nous l’avons préalablement massé au crémant.

La bestiole se pavanait en écoutant Mozart…

Finalement, quel sympathique chachat.

Le p’tit rouquin

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« Son peigne d’ambre divisa la masse soyeuse en longs filets orange pareils aux sillons que le gai laboureur trace à l’aide d’une fourchette dans de la confiture d’abricots »

Colin ? Un p’tit rouquin.

L’écume rouge, toujours, à force de tourner la farce liquide qui finira par nous rendre dinde.

Chanson pour Lemasson, est-ce que ma salade plaît à ta façade ?

Gamay jeté, sous les dents les pavés, par ici les mets, mais… La révolte des soixante-huitards se patine, il faut bien bouffer.

Le roux n’est qu’un rouge qui se tuile, Toulouse, une ville rouquine ?

Nougat rouge bonbon.

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Tempête de bord de mer, la voie s’enroue de toutes ces vagues qu’elle racle au fond de sa gorge.
La route côtière, de Cherbourg à Barfleur, une trachée glaireuse où les pneus se griffent sur les aspérités. Dans le coffre, les bouteilles de rouquin tintent, vertes car atteintes de cinépathie. Le paysage file, tourmenté, rythmé par les essuie-glaces qui décident des meilleurs plans. À peine sortis, la portière nous fouette la gueule. La maison, une bouée de sauvetage. La buée sur les vitres, on passera à table quand le feu nous aura réchauffé. Le pinard, ça se mérite et la paix, sur une toile cirée, des rognons fumants.

Le p’tit rouquin, un rouge pétant comme un feu dans la nuit.

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Litron amphibie

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Tandis que le père compose une nature mourante, dont chaque coup de pinceaux trempé dans un jus tourbé à l’accent saxon lui redonne vie, je me gratte le melon.
Je pense aux moustaches de Jo Landron : Deux grosses éponges huilées de Muscadet pour tracer des couleurs dans un verre sans teint.

De grandes bacchantes poussent-elles aux bacchanales ?
Le fait d’être chauve me contraint toujours à raser mon philtrum car du Choron, je peux me rapprocher dangereusement…
Sûrement une manière de me brider.

Mais, venons-en au fait.
Je mange à nouveau des huîtres et ce, depuis si peu qu’il m’arrive à croire n’en avoir jamais englouties.

Une huître, c’est un peu une fille moche qui se prélasserait dans des draps en soie.

Et dire qu’une lointaine cousine, perdue dans mon estomac en février 2014, me provoqua des maux qui m’obligèrent à dormir près de la grande bouche en émail dans la salle de bain de notre refuge manchot…

Brutalité conchylicole.

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Ah ! Tout ceci pour vous témoigner de ma gratitude cher Jo.

Sans vous, je n’aurais jamais à nouveau nacré mon pif, tel un violon, ma palissandre réclamait le minéral.
L’amphibolite, bien connue des amateurs, litron amphibie à boire les pieds dans l’eau, une huître à la main.

J’enfile des litres de cette perle.

Merci monsieur Landron.

Ceint d’amour

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Cher Gustave,

Sache que je m’adresse à toi car je sais que tu diras aux autres combien je les estime, même le gros.

Est-ce d’ailleurs ton côté breton et donc, sûrement marin, qui t’a projeté l’autre soir en véritable figure de proue, essuyant les avis de chacun ?

De cette blonde velue de poils vêtue qui imprimait sur son verre l’empreinte de ses lèvres en tempêtant que ça manquait d’effets spéciaux et de boules de feu à ce vieux monsieur dont la peau traduisait une véritable passion pour les rayons UV trouvant que « le belge était moins drôle que d’habitude », en passant par les yeux de biche de cette jeune demoiselle visiblement amusée qui se plissaient et habillaient son visage d’une tendresse qui, pour toi mon cher Gustave, témoignait un amour secret – te demandant d’ailleurs tout en rougissant si « c’était son vrai zizi qui dépassait de son slip » – Ah ! je me doute que toutes ces pertinentes questions durent te fatiguer à la longue.

Mais mon cher, c’est la rançon de la gloire comme disait l’autre…

D’ailleurs, tu ne t’en es pas plaint à une seule seconde.

©RogerArpajou
©RogerArpajou

Le fessard confortablement massé dans les fauteuil du club 13, dont un seul d’entre eux peut rivaliser avec la taille de mon appartement, quelques notes de Tellier nous décrassèrent les oreilles en nous plongeant dans le salon de l’agriculture où deux bouseux se bourraient la gueule, Cène pathétique.

Buvez, ceci est mon stand.

Saint-Amour n’est pas un film sur le Beaujolais ni sur le vin en général, Saint-Amour est un film du cru.
Benoît Poelvoorde est impeccable dans son rôle d’agriculteur alcoolique dépressif et son père, Gérard Depardieu, dont les cheveux rivalisent ici avec les plus belles moumoutes de la rue des Dames, bon comme un gros charolais.

Une sorte de « Bonheur est dans le pré » en plus sombre, plus crade, plus vineux…

Comme un joli petit miroir tendu devant nos faces verdâtres et stressées, on se balade dans une France grisonnante et pluvieuse jusqu’à ce que les pinards bus nous écœurent.
Ne vous attendez pas à de délicates dégustations dans des caves propres comme des trous de hobbits mais plutôt à des beuveries aux réveils douloureux les yeux en trous de …

La fin m’a laissé sur la mienne, j’aurais aimé plus qu’une chute, un effondrement total mais en ces temps troublés peut-être est-ce mieux de se raccrocher à quelques douces rêveries…

Nous sommes tous des culs terreux.

©RogerArpajou
©RogerArpajou

Pour conclure en beauté, le générique agissant comme du sel sur nos papilles, un bataillon de vignerons nous attendait dans un coin du club, magnum à la main.

Cernés avant l’heure, pas moins de douze crus cupidonesques aéraient leurs aisselles sur les tables.

Mon professeur que je n’avais pas vu de la soirée surgit de derrière l’un d’eux, le tricot de peau du film tel un turban sur le crâne et le pif comme un gros cœur de Neufchâtel qu’on aurait trempé dans un crachoir.
« J’ai bu le film jusqu’à la fin » m’expliqua-t’il, sourire en coin, la voix en proie à la mue.

Ah, que nous fûmes ceint d’amour pendant ces quelques heures !

Merci chère Corinne Koszczanski, le Cru Saint-AmourLe Pacte et mon cher cousin (grand compositeur bipède devant l’éternel) pour cette soirée pré-valentine où tous les vins coulaient, où tous les cœurs s’ouvraient tel un grand festin.

©RogerArpajou
©RogerArpajou

Georgia on my mind

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Nose contact, le pif dans l’ambre.

Gemme liquide.

Le professeur Pinard et son ami Piotr – motard pratiquant la langue de Liège – partent ce mardi 26 janvier 2016 bras dessus, bardes souls, goûter à l’Histoire.

Bercés par les divins nectars de nez nés dans le berceau du vin, les langues se délient et de lies, d’ailleurs, on parle.

Cave sur le Caucase, à flairs calés.

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Les jus cuivrés tourbillonnent.

Un enchanteur ce Puzelat ! Les bouteilles comme des baguettes magiques, il vous verse ces sortilèges après avoir fait résonner le liège dans la petite cave bondée.

Troubles têtes pour la plupart, ces vins d’amphores se dévorent crus et le monde qui inonde la salle force – mais est-ce un mal  ? – à se servir de sa gorge comme crachoir.

Paf, les bouquets explosent dans les tarins ! Champ de ripailles, ne manque plus que quelques saucisses.

Iago Bitarishvili, dont la production confidentielle fait que peu de gens peuvent se vanter d’avoir dégusté ses vins, est un véritable orfèvre.

Son blanc est dément, un pif enragé et une bouche voluptueuse, véritable danseuse dans le ventre, font que je serais prêt à y laisser mes maigres économies pour jouir à nouveau d’une de ses quilles.

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Malheureusement, nos chers vignerons du pays de Tamar venus allumer quelques cierges en compagnie de bouffeur de cuisses de grenouilles sont en retard ! L’avion les transportant se pique de tourisme à Istanbul puis vient grossir le rang des taxis grévistes aux abords des pistes…

Seule digne représentante de ce congrès bachique, Mariam Iosebidze, qui nous fait goûter son premier millésime tout simplement somptueux…

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Orgie rouge.

Le nom de cet autochtone cépage nous laisse rêveur, « seins de jument »…

Fort de mon quatrième galop, j’avoue avoir une sensibilité équine tout à fait prononcée et ce jus me rappelle mes premières expériences dans le box quand Bécassine (une jument raffinée) m’autorisait à lui gratouiller les aisselles en signe d’amitié.

Ah, comme le vin peut-être une machine à remonter le temps !

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Abrutis par la foule, on s’extrait de ce temps fort, deux amphores rougies et gibbeuses, pour aller se peigner à coup de Rateau chez le Daron, en face…

Merci à Thierry Puzelat, Le Cave, John Wurdeman (Pheasant’s Tears), Ramaz Nikoladze (Tsitska), Iago Bitarishvili (Iago’s Wine), John Okro (Okro’s Wines), Mariam Iosebidze, Niki Antadze, Giorgi Natenadze et mon cher Piotr pour cette dégustation comme une croisière au pays de la mer noire.