« Parce que je le vaux bien »

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Étonnant que l’Oréal n’ait point encore sollicité la taille svelte et élancée de cette délicate côte de Vaux pour représenter sa marque.
Peut-être parce qu’étant trop naturelle, les vieilles douairières botoxées, liftées ou trop maquillées verraient en elle une mauvaise blague.
Pourtant, ses formes girondines en dérouteraient plus d’une.
Je cite le commentaire de monsieur T*** ayant assisté à l’intrusion de ladite bouteille dans un salon des beaux quartiers parisiens :

« Émoustillées, de leur nez retapé avec soin pour le rendre plus mignon qu’un beau chien-chien, ces dames reniflèrent le goulot de la bouteille au galbe médocain.
« Quel merveilleux Bordeaux, vif et fin comme on les aime ! » s’empressa d’annoncer goulument la cour aux lèvres légèrement rougies par la délicieuse ambroisie.
La victime fut essorée jusqu’à la dernière goutte ; faute de ne plus jamais s’occuper de linge, voilà ces vieilles bourgeoises torchant les couches géologiques de notre gamayléon…
« Quoi, c’est du Beaujolais ? » s’exclama une grosse femme, manucurée jusqu’au rubis, alors que le pauvre cadavre gisait au milieu de la pièce, tari. Ayant chaussé les quadruples foyers qui lui servaient de lunettes, elle venait de porter à ses yeux l’étiquette.
Mouvement de panique, des perruques furent arrachées, des déambulatoires brisés et des colliers de perles éparpillés.
Personne depuis le général de Gaulle n’avait osé introduire un « beaujo » dans les boudoirs modernes et mondains…
Abasourdies, nos précieuses se sentaient trahies »

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Ah ! L’habit ne fait pas le moine !
Le profil girond des cousines abandonné et la majorité des gens dégustant avec les yeux voire les pieds fit que pour un instant ce nectar dynamita le classement de 1855.
Mais, quand enfin l’acte de naissance fut mis à jour, un ouragan de poncifs et de lieux communs vint arroser l’assemblée.
Pouvons nous parler d’un racisme anti-Beaujolais ?

manifDisons que pour les nostalgiques des colonies et les fans de Michel Sardou, le Beaujolais n’est ni plus ni moins qu’un vulgaire jus de banane.
Peut-être est-ce dû à la proximité du « rayon fruits » dans les supermarchés qu’ils fréquentent (vous ne trouverez fort heureusement pas cette bouteille dans ces débits de poison).
Christine Boutin, personnalité se reproduisant en famille, sorte de sélection clonale maison, aurait déclarée : « Je trouve ça scandaleux de mettre des photos de femmes enceintes sur les étiquettes de Beaujolais nouveau », citant à nouveau une de ses sources les plus sûres, le Gorafi.
Les partisans de la « manif’ pour tous », grand mouvement humaniste et fédérateur, le boycotteraient depuis longtemps.
Du gamay noir au goût de banane, quel exemple pour nos enfants…
Éric Zemmour lui préfèrerait la Vichy-Célestins, une « Pétain » de boisson aurait-il l’habitude de dire avec un petit rictus au coin des lèvres dans les couloirs d’une célèbre chaîne de télévision.
Quelques-uns de mes amis peuvent faire preuve de rigidité à la vue d’un beau cru du 69, et c’est peut-être la chose qui me peine le plus.
Alors, après tous ces vilains maux, je pense que nous pouvons effectivement parler de racisme anti-Beaujolais, et pourtant…

profete

Idiot serait celui qui refuserait un verre de la terre de Clochemerle, qui plus est, d’un jus issu de racines qui peuvent réellement témoigner des excellents terroirs qu’a le Beaujolais, et aussi, ne l’oublions pas, de la présence des dinosaures et autres pluri-pèdes ancestraux remettant en question les théories bidons des créationnistes.
Idiot encore, serait celui qui bouderait une si belle étiquette, rappelant un peu les vieilles affiches où un clébard colle sa truffe dans le pavillon en inox d’un gramophone.
Idiot enfin, serait celui n’ayant pas la curiosité de goûter le vin d’un homme à la tronche sortie tout droit d’une B.D. de Coyote, Jérôme Balmet, aux allures de pro-fête.
Nous voilà donc en présence d’une côte de Vaux à titiller au couteau, d’un sirop qui marche aussi contre la toux, qui sent bon la terre et la roche, un vrai panier de fruits et d’épices à accorder avec presque tout, du ciflard au caviar, de la crevette à la langouste, de la grande réception au dîner en tête à tête – de veau.
D’ailleurs, rien ne vaut le Vaux disent même certains Suédois amateurs de voitures gourmandes en kérosène, qui, au passage, a comme différence avec le gasoil d’être exempt de souffre, euh, ça n’a rien à voir…
Bref, la côte de Vaux en miss Beaujolais, sans le bandeau tricolore et la jeune vierge de Fontenay, est une bouteille qu’il faut avoir bue au moins douze fois par an dans sa vie.
Pourquoi ?

Parce qu’elle le Vaux bien.

3 opinions sur “« Parce que je le vaux bien »

  1. Une bonne tranche de rigolade! Merci Marius et bien sur merci Jérôme pour tes bons canons! Continuons comme cela, et nous serons bientôt a « bout de soufre »!
    PS: si ça intéresse, pour l’étiquette, création du Collectif HyperCute, a Vaux en Beaujolais. (porte en face du cuvage de Jérôme…)

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