Pardon Charles

Extrait:

Du vin et du Haschich
 ( les paradis artificiels )

baud1« Un homme très célèbre, qui était en même temps un grand sot, choses qui vont très bien ensemble, à ce qu’il paraît, ainsi que j’aurai plus d’une fois sans doute le douloureux plaisir de le démontrer, a osé, dans un livre sur la Table, composé au double point de vue de l’hygiène et du plaisir, écrire ce qui suit à l’article VIN : «Le patriarche Noé passe pour être l’inventeur du vin ; c’est une liqueur qui se fait avec le fruit de la vigne.» Et après ? Après, rien : c’est tout. Vous aurez beau feuilleter le volume, le retourner dans tous les sens, le lire à rebours, à l’envers, de droite à gauche et de gauche à droite, vous ne trouverez pas autre chose sur le vin dans la Physiologie du goût du très illustre et très respecté Brillat-Savarin : «Le patriarche Noé…» et «C‘est une liqueur…». »

Je m’excuse donc, cher Charles, de citer ce vieux Brillat-Savarin un peu plus bas, non loin d’un de vos merveilleux hommages bachiques.
Pourtant j’apprécie lire la physiologie du goût, j’y trouve des passages amusants comme dans les privations par exemple.
Mais il est vrai que je me pose cette question : comment un mec qui se réclamait être un marquis de la saucisse, un prince de la choucroute, un empereur de la poularde truffée, comment ce mec là pouvait faire l’impasse sur le vin ? en France qui plus est ?
Et moi, innocent, comment ai-je pu être berné de la sorte…
Je me rappelle avoir cherché dans ce livre quelques avis pinardesques de jeannot et être à chaque fois revenu bredouille, il est des moments où, aveuglé par quelques artifices, pirouettes verbales et autres, on se laisse prendre délicatement par les écrits amusants de ce goulu glouton.
Un vieux pote m’avait fait cadeau de cet ouvrage incomplet, et je suis sûr qu’après avoir été mis au courant de l’infamie, il sera de l’avis de Charles, et donc du mien. (car je prends pour chose sacrée chaque écrit du poète)
Nous irons alors corriger ensemble le fantôme de ce monsieur insolent à grands coups de canons.
J’aime le vin.
Baudhaschich-1844

Encore quelques délicats mots dédicacés du dandy à l’encontre du dodu:

« Ah ! chers amis, ne lisez pas Brillat-Savarin. Dieu préserve ceux qu’il chérit des lectures inutiles »
« espèce de brioche insipide dont le moindre défaut est de servir de prétexte à une dégoisade de maximes niaisement pédantesques tirées du fameux chef-d’oeuvre. »

Je rajouterai, comme une cerise sur le Savarin, sorte de baba au rhum, selon son célèbre dicton  » seul l’homme d’esprit sait manger  » et bien, l’homme d’esprit sait-il boire ?

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