Paris mai

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Soûl, épave, l’aviné dans la ville franchi avec peine en ce lundi 4 mai 2015 la porte de la Bellevilloise.
Petit rapporteur du genre Rintintin au pays du pinard, l’appareil au poing, un récit façon journalisme de garage, le seul bois est dans la gueule.
Brèves éthyliques.
Qui a dit que le vin naturel n’occasionnait aucunes hémicrânies pulsatiles ?
Réponse de Théophile Milan : « ce n’est pas le vin naturel qui est en cause Marius, c’est l’alcool. »
Fou que je suis, et dire que j’ignorais ceci…
Ma céphalée pour les nuls à présent comprise, la voilà qui m’accompagne tout au long de la journée. Chacun un verre à la main, on est bien.
Dégustation.

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Tonique Taras Boulba pour se mettre la bouche en jambe.
Apérobic matinal mâtiné de malt et d’amour, mes pores en tremblent.
Une tartine de bière à 4,5%, pour le petit déjeuner du professeur Pinard, sorte de Yul Brynner des crachoirs, et l’immersion dans le salon se trouve totale.
Je ne viendrais plus jamais pas rasé.
Le ton est donné.
Au suivant.

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Du champagne de Georges Laval, le bien nommé.
À grandes gorgées les cuvées s’avalent, dévalent dans l’évier que forme maintenant ce qui me sert d’habitude à communiquer, voire pire. Des vins de Cumières qui valent largement le beurre, l’argent du beurre et le… Euh, reprenons. Foulés par les pieds de jeunes champenoises en petite tenue (information glanée ça et là au détour de quelques bulles), le rosé, de la couleur d’une délicieuse peau un peu frottée, sent le doux mollet fraichement découvert, comme une invitation à la caresse. Celui que l’on croque à pleines dents en bavant tout en dissertant sur… Hum… Ça commence à sentir le hors-sujet, passons.

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À ce stade de la progression saloonesque, la concentration vacille.
Auriez-vous l’esprit ailleurs cher professeur ?
S&X, des grenaches noirs bien mûrs, une vendange sur-maturée, un écoulage en barrique…
Mais est-ce pour autant que cette cuvée tannique est amère ? Non, bien évidemment.
Une MILF amatrice de pif, qui courait entre les cierges, m’a même confiée qu’elle donnait une deuxième vie à ces bouteilles, la douce mélopée de Mélanie m’envahie.
Brassens n’est jamais bien loin.
À boire à la bougie dans une ambiance boudoir, style Donatien Alphonse François.

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Mais peut-on évoquer tout cela sans parler de vit, euh, de Vie ?
Le fruit est aqueux mais la matière est là, un accord spongieux ? Un gâteau au yaourt.
Il m’est arrivé de rencontrer des ex-soixante-huitards, légèrement mystiques, qui buvaient ces bouteilles de manière très personnelle.
Il masse « hot » ce vin, confiait une très ancienne amie qui tient un petit salon de bien-être dans le coin de Belleville où j’ai mes habitudes, à mes esgourdes imberbes mais attentives.
Ne passez pas à côté de votre Vie.

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El Bandito.
On attend là un jeux de mots à donner quelques maux surtout après ce road-trip porn-wine outrancier.
Que nenni ! Tournant radical, la deuxième partie, la digestion aidant, n’est plus sous le signe « dépravé ».
Sous les pavés, la vigne.
Voyageons tel des pigeons parisiens.
El Bandito, macération pelliculaire à faire frémir les plus talentueux vendeurs de shampooings.
Sur les Chenins africains, des blancs métisses, vous avez dit bizarre ?
Pour les amateurs de reflets verts, peut-être.
Méditons sur cette phrase :
La bouteille donne la même couleur aux gens (Laurent Bouzy).

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Aparté à l’heure du vin.
Pendant ce temps, un étrange personnage, Ze son of ze pritcheur wine, harangue la foule.
Non, pas monsieur Bongiraud, bourguignon serbe et apothicaire talentueux que l’on aperçoit au premier plan dans sa belle chemisette rosé de saignée en train d’imiter Fabrice Lucchini lors de ces lectures de Céline.
Au passage, sous les yeux de sa femme, monsieur se permettait de vendre ses vins à de débutantes œnologues sans aucuns Screwpull (blague en forme de queue de cochon).
Non je vous parle du BOSS de la rée-soi, Antonin Iommi-Amunategui.
Blogueur pénitent et dégustateur vertébré, un mec qui trempe ses bras dans le jus.

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Tout ce beau monde naturel ne serait pas ici sans lui et je me dois de lui tirer mon bouchon en forme de chapeau de liège pour cette remarquable prestation, Quel talent ! Amenez moi le cirage s’il vous plaît.
Son âme habite le salon, il suffit de voir les bruyantes olas qui lui sont dédiées à chacun de ses passages pour s’en rendre compte.

Si vous êtes arrivé(e)s jusqu’ici, permettez moi de vous offrir un amuse-bulle, ça fait mousser.

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La bouche lavée, ragaillardi, je plonge dans la foule tel un jean-marc Barr dans le petit bleu.
Mon museau s’arrête quand je tombe nez à nez avec un fabriquant de potion magique d’obédience « METAAAALLL » ! Moi qui n’écoute en boucle que l’invention N°4 de Johann Sebastian Bach interprétée par Glenn Gould, le choc est titanesque.
La Bòria, à boire en tenant le verre avec l’index et l’auriculaire comme sur la photo ci-dessous.
Imaginez le verre…

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Après moult discussions sur l’héritage des Bettencourt et la place du petit pois dans la grande cuisine, un hug chaleureux en signe de « au revoir » me rend à mon statut d’orphelin des allées.
À nouveau seul, j’erre.
Mon regard se pose sur une jolie quille qui se prélasse dans un bain de glaçon, le goulot à l’air.
Je lui fais du gringue.

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Bébé boit mes paroles.
L’heure de l’apéro s’approche…
Le bus 96 en verlan, sorte de carton à bouteille géant, s’apprête à ramener ma bouille teigne dans mes appartements.
Un p’tit coup d’Perraud ?

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Enfin, il faut bien finir.
Comment cela se peut-il, m’interrogé-je…
Je ne pourrais pas goûter à tous ces vins en une seule journée ?
La petite chaise vert-pomme où je méditai sous le soleil de midi va rester orpheline de mes fesses pour au moins une année ?
Le parquet qui grince sous les pas de mes modèles R.Dumas que j’arrose abondamment – le vin naturel est excellent pour le cuir – couinera-t’il encore ?
Les journalistes de la RVF, embusqués de toute part, resteront-ils immortalisés dans les pellicules numériques de mon reflex ?
En attendant, vive le vin divers !

Les grilles se referment, il est temps d’ouvrir les vins.
Mai, mai, mai, Paris, mai, mai, mai, mai, Pariiiiiiiis.

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