Petit poème matinal

Je prends des morceaux de vils pains, rassis et gris dans le toasteur, j’attends qu’ils se mettent à rôtir pour les tremper du bout des doigts.

Quand ils s’imbibent du gras liquide, qu’ils enflent, gonflent et deviennent mous, que le jus monte jusqu’à la croûte, alors je les porte à ma bouche.

Donc les voilà pris! et dans un torrent de salive, ils s’enfoncent dans ma gorge, poussés par un flot crémeux et chaud.

On dirait qu’ils roulent, qu’ils se courent après dans mon oesophage, leur nouveau terrain de jeux qu’ils peinent à quitter.

Je reprends donc une lampée de cette bergamote laiteuse qui, telle une vague scélérate, aura raison de ces mies, les envoyant au niveau inférieur…

Plus de rire! plus de jeux! Broyés, bouillis, écrabouillés, ils ont l’air malin à présent!

Transformé par mon corps, machine superbement huilée, homogénéisés, compactés, frappés d’uniformisation, je les contemplerai plus tard, idiots,

dans leur trou…

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