Qui a Béru, boira

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Reconstitution.

Un singe enivré erre ; du Chablis contre des verres d’eau vile, le calcaire comme fil conducteur.
La cohue dans le bourg, rivière dense de touristes, d’air a besoin notre héros.
Après avoir toréé un gros charolais, se chablant à chaque passage de la bête, le professeur file sur la route de Tonnerre. Dans son pyjama en peau de veau retournée, chevauchant son sympathique cochon, il sifflote. Au sortir d’un bois sur une crête, un petit panneau lui fait prendre un chemin sur la droite qu’il empruntera souvent dans le futur mais ça, il ne le sait pas encore…
Au loin se niche un village au milieu des vignes dans le fond de la vallée.
Béru !

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Le portail du château se dresse devant notre cavalier qui, mettant un pied à terre, sonne le tocsin. La comtesse en personne vient ouvrir. Direction les écuries pour abreuver le professeur et faire déguster son cochon. Bucolique lieu à présent vierge de chevaux où l’on s’assied volontiers, une auge de verre en main, sirotant une infusion de craie aux doux accents régionaux.
Rappelons-nous les mots du docteur Jaja : « La mer ayant recouvert cette région il y a fort longtemps, les petites huîtres parfument encore le bouquet. Maintenant la mer c’est la vigne. Des vagues vertes dévalent les côteaux, se projettent dans les gorges comme des criques, l’écume est blanche, elle est du vin. »
Glou-glou.

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Les tonneaux ayant été dévalisés par des cars d’excursionnistes passionnés de Jean-Pierre Pernaut qui aurait indiqué que Béru faisait à présent partie des plus jolis villages de France ; il ne reste plus qu’une seule cuvée à renifler…
Tremblant, dérouté, prêt à s’enfuir, notre prof hésite un instant à transformer sa monture en boudin.
Le malaise vagal n’est plus loin, on lui sert un verre de vin.
Les effluves se faufilent alors entre les fanes de son tarin et, comme des milliers de petits krills rassasiant une grosse baleine, un bond de satisfaction le projète en l’air.

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Le clos de Béru.
Ceint de mur et foulé par le train d’un gros trait au labour.
« Jus de roche ! » se met à hurler notre diplômé déplumé.
Et, jonglant entre les millésimes présentés, une avalanche de description aromatique dévale sa langue.
Accents subtils de pinna nobilis, délicates notes d’ambre gris, fins arômes d’Échinioïdes marins et plus surprenant encore, mais ce n’est sans compter l’acharnement de notre grande tringle dégarnie :
« résidus de bave de Fanfan. »
Fanfan s’avère être le massif braque du comté.
Aimant lécher le « caillouteux » et le « rocailleux » de ce bon clos, le professeur ne pouvait se tromper.

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Les bouteilles à présent vides, une visite du chai s’impose.
Après quelques vives discussions avec les murs, escaliers et autres linteaux en pierre autochtone, le professeur atterrit sur un tonneau. Scrutant de ses yeux de nyctalope tous les recoins de ce lieu saint, son regard s’arrête sur une curiosité locale.
Des amphores !
Ayant un patronyme romain, la joie qui l’emplie est telle qu’il se rue sur l’une d’elle lui promettant de l’aimer toute sa vie. Pourrais-je y tremper mes moustaches glabres un jour ? Souhaite-t-il comme un enfant.
Un morceau de jambon entre les dents, il repart à pied, heureux.

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