RAP

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Notre-Dame-de-Lorette, ancien quartier des Porcherons.
L’angle affûté de la rencontre entre la rue Fléchier et celle du Faubourg Montmartre est comme une figure de proue qui lorgne sur la rue des Martyrs. Ces affluents de la rue Saint-Lazare furent arpentés par mes guiboles maintes fois et dans à peu près tous les états. À l’époque, une boutique vendant des bondieuseries trônait là, sans jamais éveiller en moi un quelconque intérêt.
De la binouze trappiste se chahutait avec quelques bibles et autres bibelots.
Même s’il m’arrive d’arborer la coupe monacale, je dois dire que mon dédain pour la bigoterie fit que je ne franchis jamais le seuil de cette porte.
Ai-je eu tort ?
Dieu seul le sait.

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Quand au détour de salons et autres mondanités gastronomiques, je rencontrai Alessandra Pierini, je dois dire que je fus surpris de savoir, ayant quitté le quartier depuis un bail, que fi de calotins ingrédients, notre enseigne s’était métamorphosée en épicerie fine.
Un matin de mai, chaussant mes chaussons, curieux, je partis donc à la rencontre de cette péninsule qui frotte un peu son nez dans le giron de la Nouvelle Athènes.

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Une haie d’honneur de charcuterie m’accueillie avec en guise de cadeau de bienvenu, colliers de saucisson à porter autour du cou et « effeuillades » de Pancetta comme un dahlia dans les cheveux.
Intronisé, me mouvoir en ce lieu où chaque produit peut-être renversé, sachant l’autonomie totale de mes bras, fut un défi. Mais, comme ces plongeurs fouinant dans des épaves depuis longtemps englouties, je tâtonnais délicatement entre les étagères. De mon pinceau j’époussetais les étiquettes et les datais au carbone 14 de manière frénétique. J’avais l’impression d’être un archéologue découvrant un tombeau encore vierge.
Laisse moi tes mets !

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Cette mystérieuse petit fiole éveilla quelque peu l’attention du professeur.
Minuscule amphore transparente comme scellée à la cire, le liquide questionnait…
Colatura di alici, issu d’une fermentation d’anchois dans de petites barriques, est tiré un jus couleur « miel de bruyère », salin et sapide, servant à assaisonner de nombreux plats méditerranéens.
Condiment rarissime et quasi-intouvable en France, notre bon professeur, n’ayant pas saisi l’unicité du moment, s’enfila au goulot trois de ces fioles sous le regard ébahi des autres membres de l’expédition.
Les sens aiguisés par ces précieux nectars, il ne lui fallut pas longtemps pour découvrir le petit escalier en colimaçon qui menait presque tout droit à la cave en guise de cale…

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Bouche bée que nous fûmes devant toutes ces bouteilles, bien assises dans leurs lièges, à discourir telles des douairières au milieu de ce boudoir de pierre.
Avais-je auparavant vu autant de crus italiens en la capitale ? Rarement, et d’aussi beaux ? Jamais.
Le professeur ronflait déjà dans un coin, une bouteille de « La Tipica » de Giulia Gonella bercée entre ses bras, que je commençais à apercevoir l’étendue de mon ignorance en matière de vins transalpins.
Sur les étagères couraient noms et noms inconnus, appellations mystérieuses et cépages imprononçables.
Je feintais avec un talent incroyable en acquiesçant à chaque énumération d’Alessandra.
« Tu connais évidemment les vins de Matteo Ceracchi, qui sera là samedi prochain pour une dégustation à ne sûrement pas rater pour rien au monde ? » Me dit-elle, tout sourire.
« Évidemment que je connais ! » Répondis-je, n’ayant jamais entendu parler de ce jeune homme…

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Heureusement que quelques tronches jalonnaient ça et là les planches…
Pacina me vint en aide, ainsi que La Stoppa, deux domaines que j’avais dégustés grâce à résistance naturelle, de Jonathan Nossiter, film à boire et à re-boire.
L’exploration dura encore quelques temps, au milieu des citrons que l’on trouve un peu partout, tache de couleur jaune et note d’agrume pour rafraîchir l’atmosphère ?
Nostalgie méditerranéenne ?
J’ai laissé le professeur là-bas car il se sentait bien, je passerai prendre de ses nouvelles de temps en temps. Il me racontera tout de ce vignoble italien qui, d’ici peu, n’aura presque plus de secrets pour moi.

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RAP épicerie,
4 Rue Flechier, 75009 Paris
01 42 80 09 91

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