Sauvage

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Ne donnez pas à manger aux animaux.
Dans cette réserve de vins sauvages, les fiasques en liberté ronronnent à l’ombre des clayettes, s’épouillent en famille ou encore migrent tels des troupeaux enjambant la rue du cherche-midi, sans se soucier des crocodiles qui les guettent.
Crossing de choix.
Le gardien du parc n’est pas Gérard, figure slave emblématique de cette veine qui prend racine au pied des bijoux de famille d’un centaure « césarisé », mais Sébastien Leroy, réservé et naturel, dont le regard pourrait rappeler un certain Anthony Hopkins.
Visitons la tanière de cet Hannibal pinardier…

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Camouflé derrière un feuillage carné, brise-bise de saucissons, j’observe la faune.
Chasser le naturel, le pister au goulot.
Safari gastronautique.
Quelques gras « Grenache » noirs, cheptel meuglant nourri à la bouse de gnou fermentée dans des cornes de buffles, broutent placidement. D’autres solitaires « Bouschet » se font les griffes sur des fromages en guise de baobabs, attendant avec impatience l’arrivée de leurs proies. De pacifiques « Gamay », vins de prairie, se relaient pour guetter les vautours quand de grosses « Syrah » barrissent dans le cosmos.

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Soudain, le guide pose une main sur mon épaule et d’un signe m’invite à ne plus faire de bruit. Dans le silence, voilà que se dessine au loin la silhouette d’un spécimen assez rare…
Châlonnais sombre… Je vise de mon tire-bouchon la bête.
Paf ! En plein raisin.
Scalpel en main, le liège souffre et coule le jus.
Tiens, voilà du boudin.

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Après m’être délecté du sang de cet animal, offrande au lieu, je continue mon aventure machette en main. Tranchant à tour de bras les saucisses sèches pour me frayer un chemin, une étonnante surprise force le corps expéditionnaire à faire étape.
Au coeur des ténèbres.
Une Grosse Miche dodue et savoureuse étalée là.
Entrave exquise, sacre de printemps.
Comme des picadors, les autochtones tournent autour d’elle, l’achevant de leurs armes, terribles couteaux à pain.
Un étrange personnage orchestre la mise à mort de la bête.

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Se tournant vers moi, le crâne dégarni et le profil légèrement prognathe, je reconnais ce Marlon Brando des bacs à sable.
Professeur Pinard !
L’affreux m’ayant laissé depuis quelques jours, feintant une cure réparatrice dans des thermes hongrois à laquelle je ne croyais guère, s’est en fait improvisé chaman.
Ah ! Pauvre cas d’hypnose.
Peut-être sont-ce les litrons déversés comme du napalm qui ont fait de lui un meneur en ces contrées sauvages ?

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Un Grain
Devenu fou, l’amour de ses fidèles le grisant plus que le vin, peu de choix me reste.
Les quelques trophées glanés ça et là me permettent de l’appâter.
Une fois hors du champ de bataille, je lui administre un remède de zèbre.
Assaut vache, reconnais-je, les verres sauvages emmagasinés dans ce pauvre corps lui font l’effet de piment oiseaux sur un touriste cauchois.
Finalement, la couperose re-déborde et les petits vaisseaux affleurent. Le teint de notre ami retrouvé, les derniers jus le désaltèrent.
Le vague à l’âme nous gagne lorsque nous quittons ce petit pays.
Saudade

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Sauvage,
60 Rue du Cherche-Midi,
75006 Paris

06 88 88 48 23

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