Une vigne

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« Une vie charmante et libre commença pour Jeanne. »

Voici les premiers mots du deuxième chapitre d’une vie de Maupassant.
Jeanne qui se baigne à poil, le corps nappé par les eaux normandes. Elle flotte, s’enlace de ses bras, plante son regard dans le ciel…
Les algues de sa chevelure ondulent à la surface, ses mamelons émergent tels de menus rochers au milieu du clapot et sa bouche expulse de petits jets.
Mademoiselle laisse couler le temps.
Et puis, candide, le sable pour témoin, elle sort du bain, compte ses pas qui caressent le sol.
Le soleil la dore, ses cheveux gouttent le long de son dos.
Elle sourit, parce qu’il fait beau.
La jeunesse, c’est s’amuser d’un rien.

À l’ouverture de cette bouteille, on éprouve le même genre de sensations, un vin affable, libre, léger et perlant, un adolescent joyeux qui coure naïvement après son ombre, une chasse aux papillons.
On s’imagine, le cul rafraîchit par le Gardon, posé à l’ombre de ces témoignages du passé, à regarder des piafs guillerets circonvoler au-dessus de nos têtes.
De temps à autre, du haut de notre perchoir, on crache sur les ribambelles de touristes dans leur embouteillage de kayaks.
On se pose cette question : pourquoi tous ces cons ont toujours besoin de se balader en troupeau ?

À croire que la solitude les effraie…

Passons, le vin est un portail vers d’autres mondes…

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Bouille de pif.

Un lion comme blason, comme s’il avait déposé un peu de Normandie dans sa bouteille, histoire de mêler aux racines de ces ceps celles normandes de ses veines.
On trouve d’ailleurs à ce jus un côté nordiste, une fraîcheur venue de là-haut.
Un mourvèdre aérien, désaltérant, quand les étés un peu trop gras s’allongent sur les doigts de pieds des Cévennes.
Un liquide aux joues rosies qui, à l’instar des carottes, vous colorera délicatement le postérieur.
Une douce fessée printanière, un amour estival, une brève rencontre dont on garde le souvenir gourmand comme une lettre qu’on lit et relit sans se lasser.

Une lettre qui fait rougir, avec des mots pinçant, mais pas que…
Le vin, c’est souvent une histoire de cul.
Ma bouteille et moi, émoi.

À l’instar d’un ivre Klein, je te repeindrai, chérie, te trempant dans ce rouge.
Je ferai de toi un tableau à la sanguine, en te racontant les épices.
Épicée partout, tu seras aux parfums de garrigue, un bouquet fameux.
Alors, tes seins, vallons de thym, et le reste, avalé, j’en déboucherai une autre pour t’en asperger.
Puis je me coucherai, repu de ce cru.

Burps.

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