Vivre livre

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À défaut d’avoir été un couillon puéril, ce dimanche ligérien me vit en sot mûr.
Retour en arrière, sur les pavés, des pages. Un salon ivre où ma peau lardée de soleil réclame aujourd’hui des attentions nouvelles, crèmes et onguents sur le derme rubicond.

Journal de bord :
Après avoir embarqué en gare Montparnasse dans le train numéro 8471 vers les 8h22, je me retrouve à la place numéro 16 en face de la délicieuse et bavarde Anne-Marie Wimmer accompagnée de ce cher Alexandre Zahnbrecher avec qui nous dissertons sur l’Alsace, De Vinci et les furets abandonnés.
À 8h46 notre train se meut tel un gros serpent vers l’ouest, Paris n’est plus qu’un souvenir.
Au niveau du château de Chamerolles et de son fameux concours de trompe, le rythme de la conversation s’accélère. Vient alors sur le tapis de la voiture 17 l’histoire de la secrétaire de Jean Moulin, Laure Diebold-Mutschler, racontée avec panache par notre captivante strasbourgeoise.
Arrivé à Saint-Pierre-des-Corps, nous apprenons qu’un petit encas sera servi en car, décor de colo pour alcoolos lettrés.
Je roupille un peu.
Le château de Saumur se dresse enfin devant moi et une promenade maritime avant de rejoindre les écuries du Cadre Noir nous emmène sur la Loire.
On y déguste quelques crémants…
Le grammage est léger.

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Une fanfare de gentilles personnes accueille à coup de coulisses et autres vents le paisible troupeau.
On assiste à une scène croustillante où Gonzague de Sauvignon de Saint-Bris agite son caleçon de bain comme un lanceur de lasso et arrose généreusement notre notoire présentatrice aimée de tous. Il vient d’infuser dans le fleuve et, généreux, nous en fait profiter. Une façon cavalière d’hydrater l’assemblée.
Un fou-rire m’empêche de mitrailler la scène, vous n’aurez le droit qu’à Françoise se grattant le pif.
Ah ! Les prunes comptent pas pour des burnes.

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Au loin se dessine à la craie micacée à grain fin un cadre doré ; les écuries.
Je me prends un instant pour un cheval, comment ne pas être ému dans ces conditions ?
Un visage familier et prometteur, une moue accentuée par le mordillement satisfait d’un cure-ratiche, voilà mon cher Gautier Battistella. À jeun, ce promeneur, dans le chant de marche que nous servent les cuivres, m’attend le bidon gargouillant. D’ici une petite heure il recevra le prix Jean-Claude Brialy.
Vous reprendrez bien des escargots ? Saumur en était garni…
On remarquera que Gonzague est sec alors que PPDA s’est encore échappé du musée Grévin.
Ah ! Le soleil angevin.
Le grammage monte.

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La tablée rit.
Rite des journées du livre et du vin, une tripotée de mollusques bivalves bavent dans un dodu plat.
Et ça fait des grands slurps…
De terrines en asperges, je découvre moult accointances avec mon voisin de tribord, à commencer par sa crinière toute aussi flamboyante que la mienne.
Mais aussi son goût prononcé pour le jus de tuffeau d’un vieux Chenin dont j’ai, ah ! horreur impardonnable, oublié le nom… nous lie à jamais pour la journée.
Philippe Di Folco, voilà son blase.
Napolitain cristolien et hédoniste convaincu venu signer des autographes criminels aux angevines qui bouquinent.

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Sandra Reinflet nous parle de ses hommes et de Prévert en décimant minutieusement une famille entière d’huîtres… Quelle avanie, et Françoise ? Elle a disparue.
Quand, soudain, comme monté sur des bottes de sept lieues, hirsute et vraisemblablement bougon ; Gérard.
Il s’assied, enfile la joue de boeuf mijotée, le gratin dauphinois et boit du vin pour faire couler.
En vingt minutes c’est plié, il est déjà reparti… Et moi qui voulait trinquer avec lui.
Il faut dire qu’une cohorte d’appareils photos bien plus gros que le mien ne laisse aucune place pour l’aborder. Le seul cliché que j’ai de lui, c’est le dos de papas rassis qui voulaient à coup sûr prendre son cap, que dis-je, sa péninsule en macro…

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La suivante vient d’un autre mec.
Plus protocolaire mais le sujet est mieux cadré, il faut le reconnaître.
On voit bien que Saint-Nectaire, derrière, se met sur la pointe des pieds.
« Gonzague, tu te prends pour Balzac ! » hurle notre baryton indrien.
Après d’autres compliments plus développés sur le style de notre amateur d’ablutions fluviales au patronyme canonique, voilà maintenant Gargantua qui livre à la ville enivrée en guise de conclusion ces mots doux :
« Buvez et bourrez-vous la gueule ! »
Superbe.

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Revenons à nos moutons, en attendant un moment plus propice à lever le coude avec Gégé, je vais me balader dans un Saumur aux allures estivales. Un vieux papy sur un banc qui regarde les gens déambuler dans sa ville me conseille le chapeau, j’aurais dû l’écouter.
Non loin de la manifestation littéraire se tient une différente assemblée.
Plutôt paisible si ce n’est qu’ils écoutent une musique répétitive dans leurs engins, vitres fermées et caisson de basse exploité à son maximum.
Utilisant les mêmes sens que nos chers lecteurs, ils rougissent devant des véhicules rutilants aux couleurs chamarrées qui ressemblent à des skis neufs. Les textes sur les ailes ou les vitres sont d’un genre pamphlétaire.

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Nouvelle excursion près de la fanfare. Dans l’enceinte de la mairie nos joyeux drilles s’époumonent encore. Des heures qu’ils jouent sous le cagnard et aucun signe de fatigue n’est décelable.
Ce sont de futurs médecins, habitués à des terribles orgies arrosées de mauvais whisky et de véritable coca-cola, voici certainement l’explication à cette endurance olympique.
Je leur tire donc mon chapeau imaginaire.
Plus tard, vous me soignerez petits troubadours.

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Puis, passant sous le porche de la mairie, je tourne à gauche et m’engage dans l’escalier protégé par un physionomiste moustachu fort sympathique et lourdement armé. Après mon vingt-deuxième passage, il se rappelle enfin de moi, quel chic type !
Au beau milieu du salon VIP trône une petite fée à robinette extrêmement dangereuse lors de ce genre de manifestation. Je renifle l’affaire histoire d’honorer le sage amnésique l’ayant oubliée là.
« Rien à inhaler monsieur l’agent ? » Demande une personne ( bien trop connue pour que je prenne le risque de la citer ) à notre maton mateur. Rires bruyants qui ricochent sur le parquet et sur les tableaux représentant des vèneries princières. Travesti en professeur Pinard, j’en profite pour m’enfuir.

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Comme une journée passe vite…
Et ce bleu bus qui galope vers Angers, nous comme des petits tonneaux brinquebalés à l’intérieur, passent les vignes en revue dehors et le soleil s’éteint doucement. Le train résonne des histoires d’une incroyable drôlerie du professeur Pinard, peinard dans son siège. Un peu de Quincy jaune en son verre, dixit le napolitain grand imitateur de Marielle devant l’éternel, lui rafraîchit la glotte.
Une visite des compartiments voisins permet, pour finir, d’apprécier l’ancien mobilier de la SNCF.
Une datation au carbone 14 révèle le millésime, 1969.
Arrivée à Montparnasse, 22h et pas mal de brouettes.
Je remonte avec le professeur Pinard la rue de Rennes, il est intenable.
Obligé de lui enlever ses chaussures, il se réveillera tout habillé.
Qui boit du mur-sau ne vit ni ne meurt sot ( MC Solaar ).

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Merci à Corinne GIESSINGER et Jean-Maurice Belayche d’organiser cet incroyable évènement, vive le livre et vive le vin.

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